Publié le 14 Jan 2026 - 09:01

Lettre ouverte à Monsieur Amadou BÂ, Ministre de la Culture du Sénégal

 

Monsieur le Ministre, Toutes mes tentatives pour transmettre à vos prédécesseurs du courrier par la voie hiérarchique normale s’étant avérées infructueuses, j’ai donc préféré vous adresser cette ouverte en espérant que vous en prendrez connaissance par la presse nationale.

Monsieur le Ministre, Ayant longtemps servi dans l’enseignement moyen secondaire en qualité de professeur de français j’ai été, pour employer une expression familière, « rattrapé par le virus de l’écriture » au cours de ma carrière professionnelle, ce qui m’a valu de remporter, en 1996, le « Grand prix du Président de la république pour les Lettres » grâce à mon œuvre intitulée « Le choix de l’Ori » tirée de la mythologie Yorouba. Encouragé par ce succès d’estime, j’ai par la suite écrit et publié plusieurs autres ouvrages de fiction littéraire et  remporté en 1998 le « Prix de la meilleure nouvelle de la Fondation Léopold Sédar Senghor ». En 1999 j’au obtenu du Centre National du Livre de Paris une bourse de  séjour de trois mois au Festival des francophonies de Limoges.

En 2010 l’ambassade de France au Sénégal m’a élevé au rang de Chevalier des Arts et Lettres de la république française. Enfin au mois d’Octobre 2024 l’association « Oodua Progressive Union » m’a, au nom de la communauté Yorouba du Sénégal, décerné le titre honorifique de « Babalawo of Sénégal » Je remercie vivement mes frères Nigérians pour ce geste d’une haute portée symbolique, témoignage éloquent de l’esprit de solidarité panafricain qui anime cette communauté.

Monsieur le Ministre, Loin d’une quelconque idée de me faire passer pour un collectionneur de prix littéraires, ce qui serait prétentieux de ma part, cette énumération n’a pour but que de mettre en relief la contradiction entre ce palmarès peut-être élogieux et l’existence précaire de celui qui en est le dépositaire. En effet Monsieur le Ministre, l’écrivain que je suis se trouve aujourd’hui dans une situation de précarité extrême que rien ne justifie et qu’il lui semble ne pas mériter. Les raisons de cette situation affligeantes résident, selon moi, en grande partie dans le manque d’écoute, d’empathie réelle et de solidarité qui malheureusement caractérise trop souvent les fonctionnaires et cadres supérieurs de la Culture. Ces messieurs (et dames) sont, dans une large proportion, davantage préoccupés par leurs intérêts et plans de carrière personnels que par la résolution des problèmes de personnes tierces, fussent-elles des acteurs culturels en difficulté voire dans la détresse. De telles attitudes qui relèvent de l’égoïsme sont à bannir et le « Jub, Jubal, Jubbanti » doit aussi passer par là.

Je dois avouer que j’ai été très déçu par le comportement de certains hauts fonctionnaires de la Culture qui m’ont, j’emploie un euphémisme, « fait de fausses promesses » et n’ont jamais tenu leur parole ni respecté leurs engagements après que je les eusse contacté en toute bonne foi. Je ne parle pas de l’un d’entre eux qui s’est même permis de me raccrocher au nez avec insolence , sous prétexte qu’il « n’avait pas le temps » et ce après m’avoir assuré de sa disponibilité. Il y a aussi, entre autres, le cas du président d’une grande association d’écrivains reconnue par l’état que j’ai sollicité pour une adhésion et qui n’a jamais donné suite à ma requête. Je le salue au passage. Mais le pire de tous, que je prends la responsabilité de citer nommément, est sans conteste le sieur Sulaiman Adebowale, directeur des éditions Amalion de Dakar. Profitant de mon handicap visuel qui réduit considérablement ma mobilité, sans compter le manque de moyens qui plombe mes possibilités d’action, ce triste sire refuse depuis des années de me verser mes droits d’auteur. À mon avis, ce dangereux prédateur, qui n’en est certainement pas à son premier coup, devrait être poursuivi par la justice et mis hors d’état de nuire pour escroquerie à l’édition et vol de patrimoine littéraire national.  Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter à ce tableau déjà assez sombre mais dont, grâce à Dieu, les relents n’ont en rien entamé ma foi en la culture et ma passion pour les arts et la littérature.

Monsieur le Ministre,

Je suis de ceux qui pensent que les arts, la littérature, la poésie, n’ont pas pour seuls objectifs la jouissance esthétique, le plaisir des sens et de l’esprit, mais qu’ils ont aussi un rôle d’éveil des consciences et de défense des justes causes de l’humanité. C’est dans ce sens que certains écrivains et poètes se sont engagés aux côtés du peuple Sénégalais dans son combat contre l’injustice et la corruption qui s’est soldé par une victoire éclatante et la rupture historique du 24 Mars 2024. En ce qui me concerne, je revendique mon appartenance à ce groupe et je suis fier d’avoir mis ma plume au service du changement souhaité par notre peuple. C’est pourquoi je voudrais aussi terminer cette lettre à vous adressée, par  l’extrait suivant tiré de l’un des poèmes de mon opus poétique intitulé : « La Démocratie est une force tranquille » et dédié à la mémoire des jeunes martyrs tombés au champ d’honneur lors des douloureux événements du mois de Mars 2021.                                                             

« Poètes ne soyez inspirés que par la vérité

Et destinez vos vers à la postérité

Dénoncez les imposteurs et les usurpateurs 

Aux prétentions malsaines autant que saugrenue 

Soyez des éclaireurs et des éveilleurs de conscience

Car cette nation doit renouer avec les valeurs

Que lui ont léguées ses sages et ses héros

Et qui doivent être le socle sur lequel elle repose.

Monsieur le Ministre et cher compatriote, assuré de trouver en vous un interlocuteur attentif et bienveillant, je vous prie de croire en l’expression de ma haute considération ainsi qu’en mes sentiments de fraternité patriotique.

Louis CAMARA
Écrivain, Grand prix du Président de la
république pour les lettres 

louiscamara1@gmail.com 

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