Publié le 5 Feb 2026 - 20:34
MUTATION DU TERRORISME EN AFRIQUE DE L’OUEST

La stratégie à adapter

 

Le dialogue est considéré comme la meilleure option à adopter pour faire face à la mutation du terrorisme en Afrique de l’Ouest. La stratégie doit être d’abord endogène, selon le président du Timbuktu Institute, Babacar Sy Sey.

 

Dans le cadre des activités scientifiques du 10e anniversaire du Timbuktu Institute, un séminaire régional a été organisé hier à Dakar. Il s’est tenu sous le thème de la mutation du terrorisme en Afrique de l’Ouest : Quelles stratégies pour s’adapter ? Le président du Timbuktu Institute a parlé des stratégies pour s'adapter face à la nouvelle situation, c'est-à-dire l'indigénisation de ce djihadisme avec des populations de plus en plus locales et des combattants de plus en plus locaux. « Maintenant, les stratégies doivent être le dialogue, la concertation et le fait de sortir ces jeunes de cette radicalisation », a déclaré Dr Bakary Sambe.

Il note que ce n'est pas une offensive purement militaire qui va résoudre le problème. Une Kalachnikov, dit-il, n’a jamais tué une idéologie. « Il faut une éducation à la paix, il faut de la sensibilisation. C'est dans ce sens que nous avons parlé de dialogue, de concertation. Arriver à ce moment de maturation du conflit où les groupes terroristes ne peuvent pas défaire nos armées et que les armées ne peuvent pas vaincre définitivement les groupes terroristes, il est temps qu'on en arrive à un dialogue parce que je crois que c'est très important pour la paix et la stabilité dans la région », a-t-il soutenu.

M. Sambe souligne qu’il y a l'expérience mauritanienne qui s'est faite avec les éléments salafistes partis au djihad. Il y a eu aussi des expériences au Maghreb (Maroc, Algérie, etc.) avec des réintégrations. Il y a aussi des exemples sous nos yeux lors des conflits avec la négociation avec les humanitaires pour faire passer les humanitaires avec le Croissant-Rouge du Qatar (QRCS). « Je pense qu'aujourd'hui, il y a tellement de passerelles. Celles-ci sont utiles à utiliser dans le bon sens pour que notre région puisse retrouver la stabilité. La reconnaissance des combats, l'offensive militaire ne peuvent pas être des choses éternelles. Cela ne va pas nous amener à la stabilité à laquelle nos pays sont en train de tendre. Dernière question, si vous permettez », a indiqué Bakary Sambe.

Mais il y a des effets des mutations dans le terrorisme. Les armées étaient préparées à des formes de guerre classique, où les militaires étaient massés aux frontières. Or, « il y a un phénomène qui fait que les djihadistes et les terroristes sont nés à l'intérieur de nos frontières, l’homogène terrorisme. Aujourd'hui, cette endogénéisation nous pousse à changer complètement de paradigme et à penser à des solutions endogènes, y compris le dialogue », a-t-il expliqué.

Aucun État ne peut combattre ce phénomène seul. Mais en ces périodes où l’on parle de souverainisme au sein des États ouest-africains, comment dialoguer au niveau international ? « S'il y a un mot qui est assez récurrent aujourd'hui, c'est le souverainisme… Moi, je crois qu'en matière de sécurité, il n'y a pas de souveraineté. Le Bénin ne peut pas être souverain face au Niger pour lutter contre le terrorisme dans le département de la Liborie. Le Niger ne peut pas être souverain si le Niger ne parle pas au Nigeria, on l'a vu avec la question énergétique. Le Burkina Faso n'est pas souverain en déversant des vagues de réfugiés dans la région des Cascades, aussi dans la frontière de la Côte d'Ivoire », a précisé Dr Bakary Sambe. Pour lui, il faut plutôt parler d'interdépendance positive et de collaboration constructive que de souveraineté.

Il souligne qu'aujourd'hui, il y a une forme de djihadisme économique qui vise à étouffer un État et à l'affaiblir. « Les djihadistes, naturellement, ont appris des expériences passées, notamment en Afghanistan et ailleurs, pour ne pas se mettre à des formes de gouvernance globale ou en tout cas directe. Naturellement, ils ne rejettent pas le fait d'appartenir à des gouvernements, d'avoir leur part de la gouvernance, comme ils essaient de le faire avec la Zakat, l'État universitaire. Mais je pense qu'il est arrivé le moment de comprendre que ce qu'ils demandent, c'est plutôt une forme d'inclusion. Et quand on voit la composition de ces groupes-là, ce sont des nationaux… », a-t-il dit.

L’ouvrage « Terrorisme Ouest-Africain, du présélytisme islamique au jihad armé »

Pour sa part, le fondateur d’Afrikajom Center, Alioune Tine, souligne que le rôle des partenaires est aussi important pour le dialogue. En outre, il renseigne que la stigmatisation empêche la concertation. Directeur de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), Dr Lassina Diarra est l’auteur de l’ouvrage « Terrorisme Ouest-Africain, du présélytisme islamique au jihad armé ». Il a expliqué ce qui l’a poussé à faire cet ouvrage. « Je suis parti d'un constat selon lequel, en 20 ans de lutte, on n'a pas eu de réponse adaptée. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Et quel était le réel problème ? Je me suis interrogé, et j'ai vu, effectivement, qu'on avait des termes, on avait des maximes standardisées, la fragilité, l'absence de l'État, le problème social-économique, le chômage des jeunes, etc. », a-t-il relaté.

Il s’agit pour lui des contingences. Lassina Diarra estime que ce que l’on nomme "approche historico-géopolitique de l'islamisme" correspond en réalité à l'étude du développement de ce phénomène. Il l’appelle désormais la "géopolitique de l’islamisme sahélien". L’auteur dit s'être rendu compte que, déjà en 1970, ils avaient défini la stratégie d'occupation de l'Afrique de l'Ouest. « Mais nous, nous n'avions vraiment pas connaissance de cela », a ajouté M. Diarra. « Il y a même le prince saoudien qui a reconnu littéralement, en disant : ‘nous avons foutu le bordel dans le monde’. Alors, ce bordel-là, c'était effectivement au Sahel, quand ils ont commencé à développer un certain nombre d'industries à travers la Ligue islamique mondiale, à travers d'autres leviers importants. »

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