Publié le 12 Jun 2026 - 17:02
POLITIQUE

Suspicions généralisées au sommet de l’État

 

Malgré la volonté affichée de faire baisser la tension, un climat de méfiance et de suspicion règne aussi bien à l’Assemblée nationale qu’à la Présidence de la République.

 

C’est un climat de méfiance presque généralisé. Une tension palpable dans presque toutes les institutions de la République. Jusque-là, c’était des bruits de couloir, des accusations et contre accusations de militants surtout à travers les réseaux sociaux. Mais hier, des déclarations du proche de Ousmane Sonko, le député Mayabé Mbaye en ont rajouté une nouvelle couche.

Dans un extrait video largement relayé, le responsable de Maggi Pastef (l’entité qui regroupe les sages du parti) déclare : “Moi je dirais que nous sommes aujourd’hui 119 au lieu de 130 députés. Il y en a 11 qui sont soupçonnés d’être encore dans le groupe, mais sans être réellement avec nous….” Monsieur Mbaye a précisé toutefois que pour le moment, ce ne sont que des soupçons et ils n’ont aucune preuve.

Joint par téléphone, le député s’est montré plutôt surpris par les proportions prises par ses déclarations. Pour lui, ces propos ont été sortis de leurs contextes. “J’ai juste dit qu’il y a des gens qui sont soupçonnés…, j’ai bien précisé que ce sont des soupçons. Vous me permettez donc de le souligner. Et ce n’est même pas moi qui les soupçonne, des gens sont venus m’en parler. Je ne comprends donc pas ce traitement qui en a été fait”, soutient le parlementaire, beaucoup plus nuancé.

Un climat nauséabond

D’après Mayabé, il ne faut pas s’alarmer outre mesure puisque pour le moment, les faits démontrent plutôt le contraire. “Ces gens continuent de montrer leur engagement, ils travaillent normalement et mieux, pour l’élection du président Ousmane Sonko, tous les 130 députés ont voté favorable. On peut donc avoir des doutes, mais j’ai juste voulu faire part de soupçons dont on parle”, s’est-il justifié.  

Ce climat de méfiance ne se limite pas à l’Assemblée nationale. Il est partout. Parfois à des niveaux insoupçonnés. Journaliste analyste politique, Ayoba Faye confirme et donne un exemple : “Le jour où on a limogé Ousmane Sonko, il y a un ministre qui était là-bas, dans son salon. Il a traité Diomaye de tous les noms. Dix jours après, on a découvert qu’il est resté dans le gouvernement. Ce sont des exemples qui font que personne ne fait plus confiance à personne.”

De l’avis du journaliste de Walf, ce serait une grosse erreur de croire que Pastef en a fini avec les défections. La saignée risque d’être beaucoup plus importante chez directeurs généraux et autres dirigeants. “Certains responsables que je vois ne sont pas prêts de retourner dans l’opposition. Les dégâts risquent d’être bien plus importants”, prévient-il, avant d’ajouter : “Certains ne veulent juste pas sortir immédiatement, parce qu’ils ont peur des attaques et autres accusations des militants. Chez les députés également, on parle de nombreux dégâts, mais je n’en connais pas l’ampleur.”

Les serpents dans la bergerie

Le problème, ce n’est pas seulement une question de choix d’un bloc contre l’autre. C’est surtout  de devoir vivre avec un serpent dans la bergerie. Et cela ne concerne pas seulement le camp de Sonko, le camp Diomaye n’est pas non plus épargné, avec des personnes qui travaillent dans l’environnement proche du Président, sans être avec lui politiquement. Le désormais ex directeur de cabinet adjoint, Sidy Alpha Ndiaye, a eu le courage de tirer, pour sa part, de tirer les conséquences de son désaccord avec le président.

Certaines interrogations tournent désormais autour de certains profils comme Bentaleb Sow qui ne cachent pas leur ancrage dans Pastef, tout en continuant de servir à la Présidence en tant que Conseiller spécial du président de la République. Ils sont nombreux dans les rouages de l’Exécutif les éléments soupçonnés d’être plus loyaux envers le président de l’Assemblée nationale qu’envers président de la République. Si la situation persiste, ils vont devoir soit suivre les pas de Sidy Alpha (démission), soit ceux de Ousseynou Ly (limogeage).

Vers un nettoyage des écuries d’Augias

Pour l’Assemblée nationale, les choses sont plus complexes. En effet, les députés soupçonnés d’être pro-Diomaye conservent une certaine garantie. En principe, on ne sautait les exclure de l’Assemblée, sauf s’ils démissionnent du parti Pastef qui leur a permis d’avoir ce siège.

Une chose est sûre. Dans ces manœuvres aux allures d’un mortal combat, le président de la République pourra compter sur Aldiouma Sow, un des rares compagnons à assumer pleinement son parti pris à ses côtés. Beaucoup plus mesuré, le chef de cabinet Ousmane Abdoulaye Barro semble lui aussi plus proche du camp du président. D’ailleurs, ils sont nombreux les observateurs à attendre un vaste nettoyage des écuries d’Augias.

Pour Pastef qui est déjà entrer en préparation de 2029, ça pourrait être une mauvaise affaire de perdre tous ses pions dans l’administration, dès maintenant. Le parti semble l’avoir parfaitement compris et tente de jouer la montre. Dans ses différentes sorties, le leader Ousmane Sonko ne cesse de brandir le drapeau blanc comme pour éviter toute escalade.

D’habitude très virulent, le directeur du Port autonome de Dakar symbolise à lui seul cette stratégie de ne pas en rajouter à la polémique déjà assez vive. Non seulement, il limite les attaques, mais il ne rate plus une occasion pour sensibiliser. “Ousmane Sonko a demandé qu’on se recentre sur l’essentiel, en évitant de vider nos chargeurs sur des détails qui exposent inutilement les patriotes. L’intelligence stratégique doit prendre le pas sur les réactions spontanées et épidermiques. On mène largement au score, ne nous ruons pas à l’attaque…”, soulignait-il sur ses plateformes.

Pour Ayoba Faye, les dés sont loin d’être jetés.  Les gens sont peut-être bien loin de leurs surprises. À son avis, il ne faut rien exclure dans la situation actuelle. “Même parmi les ministres qui ont quitté avec le PM, il y en a qui peuvent retourner leur veste. C’est peut-être juste le contexte qui n’était pas favorable”, analyse le journaliste.

PAR MOR AMAR

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