Publié le 6 Aug 2013 - 12:00
POSITIONNEMENT POLITIQUE

 Tanor, l'anti-Niasse

 

Il n'est pas visible sur la scène. Hormis les réunions internes de son parti, Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du Parti socialiste (Ps), reste très discret. Mais il demeure très influent au sein du pouvoir, surtout auprès du Président Macky Sall. La survie de l'alliance politique qui a porté Macky Sall au pouvoir ne serait pas possible sans son intervention... discrète. Pourtant, pas une seule fois, son nom n'a été cité lors de la dernière grande sortie du Président Sall, alors qu'il recevait une centaine de journalistes de la presse sénégalaise.

 

 Sa personnalité reste assez renfermée pour ne pas permettre une intrusion non voulue. Le Secrétaire général du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng (OTD) est un numéro assez particulier de la scène politique. ''On ne le voit plus nulle part'', mais il reste, paradoxalement, un des hommes les plus présents de la scène. Loin des projecteurs, OTD tisse sa toile. Et tirerait les ficelles. Vrai ou faux, on lui prête aujourd'hui bien des pouvoirs, jusqu'à la nomination de Diagna Ndiaye, un de ses proches, comme ministre-conseiller de Macky Sall. Ce qui est clair, c'est que les trois ministres qu'il a  proposés au gouvernement (Serigne Mbaye Thiam à l'Education nationale, Aminata Mbengue Ndiaye à l'Elevage et Ali Haïdar à l'Environnement) restent encore sur la terre ferme. Aucune menace ne semble penser  sur eux. Le mystère qui entoure sa personne est tel que beaucoup ont du mal à faire le distinguo entre ce qui relève de la réalité et la part de fiction. Curiosités ? Hormis Idrissa Seck qui est en réalité dans l'opposition, c'est le seul responsable de parti allié de Bennoo Bokk Yaakaar (BBY) à ne pas occuper un poste-clé, du moins officiel, dans le nouvel appareil mis en place par le Président Macky Sall après la chute de Me Abdoulaye Wade.

 

Homme de l'ombre...

 

En vérité, Ousmane Tanor Dieng se plaît dans les coulisses. ''Il  est enfant de l'ombre'', lâche un de ses adversaires qui l'a pratiqué. Un Salazar sénégalais ?

Depuis 1976, après l'Ecole nationale d'administration (Ena), il est dans les allées du pouvoir. Ses adversaires lui collent l'étiquette d'un des hommes les mieux renseignés du Sénégal. S'il n'est pas d'ailleurs le plus renseigné. Depuis près de 40 ans qu'il est dans le arcanes de l'administration sénégalaise, il a su se tisser une toile. Le socialiste occupe successivement les fonctions de conseiller chargé des affaires internationales au ministère des Affaires étrangères (1976-78), conseiller diplomatique auprès du président Léopold Sédar Senghor (1978-81), puis du président Abdou Diouf (1981-88). En 1988, il est nommé directeur de cabinet, et ensuite ministre-directeur de cabinet auprès du même Diouf. Poste que Tanor occupera jusqu'en 1993, année où il est nommé ministre d’État, ministre des Services et des Affaires présidentiels. C'est la bonne vieille époque pour le dauphin en vue, qui en profitera pour s'aménager un réseau solide aussi bien au plan national qu'international.

Passé l'épisode Wade au cours duquel il a suivi, impuissant, le ballet des transhumants... en direct à la Télévision nationale, dans les premières années de l'alternance, le Parti socialiste (Ps) s'est tant bien que mal restructuré. Classé quatrième à la dernière élection présidentielle avec 13,56 % des voix au premier tour, ses camarades de parti pensent qu'il aurait pu mieux faire. Et surtout qu'il est temps pour lui de laisser la place pour un ou une...autre. Mais entre son ancien directeur de campagne et maire de Dakar Khalifa Sall et Aïssata Tall Sall, maire de Podor, le choix n'est pas facile pour l'enfant de Nguéniène qui tient ferme les cordes. Signe qu'il est bien loin de la retraite et qu'il garde intacte sa capacité d'influence, la maire de Podor, pourtant bien appréciée du Président Macky Sall, n'a pu se faire nommer ministre. Et même à l'Assemblée nationale, aucune marge de manœuvre ou statut particulier ne lui est octroyé. La patte de Tanor ? En tout cas, entre la part de réalité et de fiction, il y a toujours une parcelle de vérité dans les rumeurs qui l'encerclent.

L'anti-Niasse...

Et s'il n'est plus considéré à l'Alliance des forces de progrès (Afp) comme l'homme à abattre, depuis la défaite partielle de 2012, au profit de Macky Sall, il reste quand même très surveillé. Mais le grand paradoxe, c'est qu'après les empoignades à Bennoo Siggil Senegaal (BSS), Ousmane Tanor Dieng ne semble plus avoir autre ambition que celle d'avoir du pouvoir sans en donner l'air. Lorsque  Moustapha Niasse se faisait attaquer par Moustapha Cissé Lô et d'autres responsables de l'Alliance pour la République (Apr), il était entre deux vols, à déjeuner ou dîner avec Martin Aubry, Ségolène Royal ou...François Hollande, loin des projecteurs de la presse. Le style est bien différent. Ce qui est sûr, c'est qu'il va compter parmi les prochaines joutes électorales. Si  en effet au niveau de son parti, des ambitions se font jour, il ne sera pas facile de faire sans un Tanor qui a étendu ses tentacules dans tout l'appareil du Parti socialiste, sans en donner l'air. Arrivera un moment où il faudra négocier avec lui. L'actuel maire de Dakar, présenté comme un potentiel adversaire de Macky Sall, le sait plus que tout le monde. Et sans doute prendra-t-il en compte cette donne bien personnelle de l'homme dans tous les actes qu'il posera. En faisant bien sûr attention aux  peaux de bananes...  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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