Publié le 20 Jun 2023 - 16:12
POUR AVOIR LACÉRÉ LE BRAS DE LA COÉPOUSE DE SA SŒUR

L’étudiante en droit risque deux ans de prison, dont un an ferme 

 

Étudiante en troisième année à la faculté de Droit de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Amina Kamara risque d’hypothéquer son avenir. La représentante du ministère public a requis deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme contre elle. Elle est poursuivie pour coups et blessures volontaires sur la coépouse de sa grande sœur. 

 

Pieds nus, Ndèye Amy Fall, la main ensanglantée, se dirige vers la clinique Suma Assistance. Sous un soleil ardent, la dame, la peur au ventre, raconte au médecin qui la prend en charge que ses blessures sont du fait de la sœur de sa coépouse. Grièvement blessée, un certificat médical d’une incapacité temporaire de travail de 45 jours à elle délivrée. Elle dépose une plainte contre l’auteure. 

Trois mois après les faits, cette dernière a comparu, hier, à la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar.

Née en 1998, Amina Kamara est étudiante en troisième année de droit. Face aux juges, elle a reconnu avoir blessé la plaignante, avant d’évoquer l’excuse de la provocation. À l’en croire, le jour des faits, alors qu’elle souffrait de douleurs à la gencive, elle a qu’à même réussi à monter à l’étage avec sa nièce pour manger. Les autres avaient déjà commencé. Sa nièce n’avait pas où se mettre. Elle a alors décidé de se lever pour changer de place. C’est à ce moment, dit-elle, qu’elle a reçu un violent coup de banc à la tête et s’est écroulée. La coépouse de sa grande sœur, poursuit-elle, a commencé à la rouer de coups jusqu’à lui ôter ses vêtements.

‘’C’est en slip que je suis descendue. Tous les enfants qui étaient là-bas ont vu ma nudité. Je me suis rhabillée et j’ai pris une lame, avant de remonter’’, a-t-elle soutenu. Avant d’ajouter qu’elle s’est munie de l’arme pour se défendre, car la femme de ménage de la partie civile prenait parti pour sa patronne. D’après elle, celle-ci s’est une nouvelle fois jetée sur elle, dès qu’elle l’a aperçue. Elle a usé de la lame qu’elle avait dissimulée dans sa poche et l’a blessée.

Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle est retournée à l’étage, elle a répondu que son antagoniste avait menacé de la marabouter avec les habits qu’elle avait laissés sur place. ‘’Je voulais juste récupérer mes habits. Elle a refusé de me les remettre’’, s’est-elle défendu.

La plaignante Ndèye Amy Fall a battu en brèche ses propos. ‘’Elle a l’habitude de marmonner des choses à chaque fois qu’elle monte pour manger. En dehors des mots blessants qu’elle a l’habitude de proférer en mon encontre, elle me bouscule, à chaque fois que l’occasion se présente. Ce jour-là, j’ai eu le malheur de lui demander d’arrêter ce qu’elle faisait. Très agitée, elle s’est jetée sur moi. Au préalable, elle a balancé le banc qui a atteint ma femme de ménage. Ensuite, elle a déclaré qu’elle allait me tuer. Paniquée, je suis allée me réfugier dans ma chambre’’, a narré la partie civile.

La dame d’ajouter : ‘’Quand elle est descendue, je suis ressortie pour manger. Ensuite, je l’ai entendue remonter avec hargne, disant qu’elle allait me tuer. Dès que j’ai aperçu la lame, j’ai appelé au secours, en protégeant instinctivement mon visage. Avant que les domestiques ne réagissent, elle m’avait lacéré la main. C’est sous le soleil ardent que je me suis rendue à la clinique, pieds nus.’’

Ndèye Amy souligne aussi qu’elle risque de perdre l’usage de ses doigts. Car, depuis lors, elle ne parvient plus à les bouger. D’ailleurs, son avocat a sollicité une expertise pour évaluer le pronostic fonctionnel des doigts de sa cliente et le pronostic esthétique. Ce n’est qu’après, dit-il, qu’il pourra évaluer le préjudice subi par sa cliente.

La représentante du ministère public, qui a écarté l’excuse de provocation et la légitime défense, a requis la requalification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la perte de l’usage d’un membre. Pour la peine, elle a demandé deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme.

Les avocats de la défense, favorables à un apaisement, ont sollicité une application bienveillante de la loi pénale pour leur cliente qui risque de voir ses espoirs de devenir juristes se dissiper.

L’affaire, mise en délibéré, la décision sera rendue le 26 juin prochain.

MAGUETTE NDAO

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