Publié le 13 Aug 2022 - 10:10
PROCHAIN GOUVERNEMENT

Ouvrir, resserrer puis recentrer

 
Y’a-t-il une ou des leçons à tirer des dernières législatives si ce n’est le divorce entre notre classe politique – majorité comme opposition – et la majorité de l’électorat. En effet les abstentionnistes s’imposent à l’issue du 31 Juillet comme le premier parti politique du pays.    
 
 
Malheureusement des analyses politiquement tendancieuses et souvent hâtives ne permettent pas de cerner les soubassements de ce phénomène très inquiétant pour notre jeune démocratie.  Peut-être bien l’autorisation de sondages d’opinion aurait permis de prévenir cet état de fait. En tout état de cause, le Sénégal est une démocratie mature pour les instruments et outils qui permettent une photographie fiable sans biais de la masse complexe des votants. Il est temps pour notre pays d’oser franchir ce grand pas.
 
Pour l’heure se pose dans l’urgence la formation d’un gouvernement pour remettre le pays au travail. La tâche est plutôt délicate pour le Président de la République, jamais dans notre petite histoire, la configuration de la prochaine législature n’a été aussi inédite avec une majorité relative pour la coalition présidentielle. Cette majorité qu’on peut qualifier de marginale met une fin définitive au vote mécanique en faveur du pouvoir en place. Un vote stable certes pour toute majorité mais pernicieux souvent même abusif. C’est le véritable gain du scrutin du 31 Juillet, aussi l’absentéisme parlementaire même s’en trouvera aboli de facto, dorénavant tous les votes sont précieux au sein de l’hémicycle.
 
La configuration de la 14eme législature impose au pouvoir exécutif un casting de gouvernement qui prend en compte la nouvelle donne parlementaire. Au-delà, le futur gouvernement doit gérer des nouvelles urgences socio- économiques et même conjoncturelles avec les inondations qui remettent en questions tous les aménagements dans les principaux centres urbains du pays dont DAKAR.
 
L’option d’un gouvernement d’ouverture s’impose, en effet le Sénégal ne peut plus projeter l’image d’un pays politiquement instable ou institutionnellement vulnérable. Il faut absolument un consensus minimal sur des portefeuilles stratégiques dans le prochain gouvernement et mettre en avant des personnalités politiques et même non politiques respectables auprès des nouveaux députés.  Le Président de la République garant des institutions peut piocher au-delà de sa majorité étriquée, il y’a la société civile, la diaspora, le secteur privé et même l’opposition parlementaire qui offrent des profils très intéressants.
 
Le calendrier électoral affecte la productivité globale de notre pays, la réponse tardive dans la préparation de l’hivernage que nous vivons a permis aux records de précipitations d’immerger une bonne partie des centres urbains et périurbains. Donc par respect aux populations impactées alors que l’hivernage ne fait que commencer il faut rationaliser les dépenses avec une équipe resserrée qui doit commencer le combat contre l’inflation sur les denrées, mieux coordonner la présente campagne agricole et soulager les victimes des inondations. Un gouvernement de trente- cinq ministres serait l’idéal.  Nos faibles taux de croissance depuis la survenue la covid n’autorisent même plus des gouvernements pléthoriques. Le slogan sur une gestion sobre prend tout son sens.
 
Enfin il est fondamental et urgent de recentrer l’action du gouvernement autour des urgences de l’heure qui sont la lutte contre la vie chère, l’emploi et l’insertion des jeunes, l’éducation et la santé des populations, le logement décent, et une vraie politique de restructuration urbaine en réponse aux inondations que nous vivons à travers le pays. Les votants et non-votants ont envoyé un message fort le 31 Juillet, ne ratons pas l’occasion de le décrypter pour la survie de notre nation et de sa démocratie.  
 
                                                       Moustapha DIAKHATE 
Expert en infrastructures
Ex Conseiller Spécial PM 
Ex Conseiller Spécial Présidente Cese
Section: 
Le “Projet” à l’épreuve de la session extraordinaire du Parlement
NOUVEAU CODE DU TRAVAIL : Penser l’emploi au-delà du salariat
LES INONDATIONS À DAKAR : Le Plan Jaxaay, révélateur d’incohérences politiques
DE L’IDÉAL SOUVERAINISTE AU MIRAGE POPULISTE : Sonko et l’impossible héritage
Mimi Touré, la faiseuse de destins
LE MUSÉE AFRICAIN DU FUTUR : Un patrimoine vivant au service de la création et des publics
Le mépris du peuple est aussi est un symptôme de l’aliénation systémique
L’AJUSTEMENT PROGRESSIF : La seule vraie solution économique au contexte sénégalais
DE LA DÉMISSION DE LA PENSÉE : Quand l’intellectuel se fait courtisan
RÉGULER POUR TRANSFORMER : Les sept priorités d’une ARTP au service du Sénégal numérique
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DG DE L'APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY 600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Chroniques pour un Sénégal souverain et juste N° 01 · Août 2026 De la croissance aux citoyens : Pour une transformation territoriale de la performance économique du Sénégal
Le Parti socialiste n’est pas à vendre
AGETIP : Qu’en est-il en termes de procédure ?
DISCOURS DU PR PAPA FARY SEYE : QUAND LA PAROLE ÉDUCATIVE DEVIENT UNE PENSÉE DE LA RÉPUBLIQUE Un discours pour penser l’excellence, l’école et la République
Comment mettre le savoir au service du pouvoir au Sénégal ?
LES FONDS SPÉCIAUX AU SÉNÉGAL : Une catégorie fantôme dans la République ?
MOBILISER LA DIASPORA SCIENTIFIQUE : De l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique
RECOMPOSITION POLITIQUE POST-ALTERNANCE : Le débat initié par le ministre Abdou Fall sur les mutations en cours du système partisan sénégalais, mérite désormais d'être regardé comme un véritable exercicPréparer une succession ou réinventer une espérance ?
LE GRAND MAGAL DE TOUBA : Un puissant levier de souveraineté économique pour le Sénégal