Des dermatologues plaident pour la décentralisation de la spécialité
Saint-Louis a été, le week-end dernier, la capitale sénégalaise de dermatologie. Une rencontre qui a vu la participation de médecins dermatologues venus de toutes les régions du Sénégal et d'éminents universitaires. Pour la 3e Journée scientifique de la société sénégalaise de dermatologie-vénéréologie, les participants ont échangé sur les infections sexuellement transmissibles.
Pour les organisateurs de la 3e Journée scientifique de la société sénégalaise de dermatologie, le choix du thème n'est pas fortuit, eu égard à l'ampleur des dégâts que causent les infections sexuellement transmissibles (IST) dans le monde. Selon certains chiffres partagés lors de la rencontre, chaque jour, plus d’un million de personnes contractent une infection sexuellement transmissible, dont 80 % vivent en zone tropicale. Une estimation qui démontre que les IST méritent une attention particulière pour leur prise en charge.
D'ailleurs en 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait à 374 millions le nombre de personnes ayant contracté l’une des quatre IST que sont la chlamydiose, la gonorrhée, la syphilis et la trichomonase. Au moment où l’on note que plus de 300 millions de personnes ont une infection à HPV, principale cause de cancer du col de l’utérus et de cancer anal chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Des chiffres alarmants qui n'ont pas laissé de marbre la Société sénégalaise de dermatologie-vénéréologie, parce que le Sénégal n'est pas épargné par l'ampleur des IST.
Pour le docteur Birame Seck, dermatologue et vénérologue à l'hôpital régional de Saint-Louis, les maladies sexuellement transmissibles constituent un problème majeur de santé publique partout dans le monde et leur prise en charge incombe à leur spécialité. “Pour cette journée scientifique, nous avons reçu d'éminents maîtres de la spécialité venus de Dakar. Elle a été un cadre d'échanges sur la prise en charge de ces infections. Les IST ont de profondes répercussions sur la sexualité et la santé reproductive des jeunes. C'est pourquoi je demande aux populations de faire très attention aux IST avec comme conséquences l’infertilité, les complications au cours de la grossesse, la naissance de bébés de faible poids, de prématurés et de mort-nés. Il faut qu’elles aient le réflexe de venir se faire consulter par un médecin-dermatologue, en cas d’IST”, a expliqué le docteur Birame Seck.
Les IST, un véritable problème de santé publique
Toutefois, le Dr Seck, enseignant-chercheur à l'UFR Santé de l'UGB déplore l'absence des ressources humaines, du personnel qualifié dans les régions. Des manquements qui affectent considérablement la bonne prise en charge des infections. “ Je lance un plaidoyer à l'endroit des autorités politiques pour la décentralisation des médecins-dermatologues et des autres spécialités dans les régions. Cela permettra de désengorger les hôpitaux de Dakar, mais également de faciliter aux populations de meilleurs soins dans leurs localités. Mais avec la participation de grandes sommités de la dermatologie à ce rendez-vous scientifique, nous sommes convaincus que le travail effectué sera d’un grand apport pour l'amélioration de la prise en charge des IST au sein des populations”, a déclaré le dermatologue de l'hôpital régional de Saint-Louis.
Des propos qui ont été réconfortés par la déclaration du président de la Société sénégalaise de dermatologie, le professeur Mame Thierno Dieng. Pour lui, pour assurer l'accès aux soins, il faut augmenter le nombre de dermatologues et les envoyer là où le besoin se fait plus sentir. “Avant 1999, dans tout le Sénégal, il n'y avait que quatre à cinq médecins-dermatologues concentrés à Dakar. Il arrivait que les populations se déplacent à Dakar pour une dermatose dont le prix du billet aller et retour du voyage pouvait payer le traitement. Mais grâce aux efforts consentis dans l’enseignement et la promotion de la dermatologie, nous sommes aujourd'hui plus de 150 spécialistes au Sénégal. Nous sommes fiers de cette avancée, puisqu’on a atteint un certain objectif, dans la mesure où dans chaque hôpital régional, il y a un dermatologue pour la prise en charge des malades. C'est bien, mais ce n'est pas suffisant, parce qu’il faut descendre jusqu'au niveau départemental pour mieux toucher les populations”, a soutenu le professeur Mame Thierno Dieng.
Cependant, l'ancien ministre de l’Environnement a salué les énormes efforts faits par l'État dans la décentralisation de la spécialité dans les régions. Avant de conclure que c’est l'ensemble de ces efforts qui ont rendu possible cette journée scientifique et son succès.
IBRAHIMA BOCAR SENE (SAINT-LOUIS)