Publié le 17 Jun 2021 - 21:44
REFUS DE VACCINATION CONTRE LA COVID-19 A DIOURBEL

20 560 doses redéployées à Thiès, Dakar et Kolda

 

Les populations de la région de Diourbel refusent de se faire vacciner contre la Covid-19. C’est ainsi que 20 560 doses ont été redéployées dans les régions de Thiès, Dakar et Kolda. Des stratégies seront mises en place pour amener les réticents à accepter de se vacciner, afin de bouter dehors la maladie à coronavirus.

 

Troisième région la plus touchée par la pandémie de la Covid-19, après Dakar et Thiès, Diourbel compte 1 927 cas confirmés, soit 5,25 % des cas confirmés à l’échelle nationale. Malgré ce nombre élevé de personnes atteintes de Covid-19, les populations refusent de se faire vacciner. Ce qui fait que, renseigne le docteur Mamadou Dieng, le médecin-chef de la région médicale, ‘’20 560 doses ont été redéployées à Thiès, Dakar et Kolda. Il ne fallait pas garder les vaccins, au risque qu’ils se détériorent’’, dit-il.

15 % du personnel médical et la population cible ont refusé de se faire vacciner

Mais ce qui est plus incompréhensible, c’est que 15 % du personnel médical ne se sont pas vaccinés. Le Dr Dieng de s’en émouvoir : ‘’Ce sont les personnels de santé qui étaient ciblés au début. L’Etat a sorti de l’argent pour protéger les soldats qui luttent contre la Covid-19. Mais ce qu’il faut déplorer, c’est que 15 % de ces personnels n’ont pas pris leur première dose de Sinopharm. C’est un refus qui a été constaté à ce niveau.’’

Dans la région de Diourbel, sur un total de 36 591 personnes à vacciner, seules 13 679 ont accepté de prendre leur dose. Ce qui représente un taux de 37 %. Aux yeux du médecin de la région médicale et des participants à la rencontre du comité régional de gestion des épidémies, ce taux est trop faible. ‘’Cela fait mal de retourner des vaccins, parce que les rumeurs ont impacté négativement sur la vaccination.  Il faut y trouver une solution définitive’’, lance Samba Awa Ndiaye, Président du Réseau régional des communicateurs traditionnels.

Le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké a une explication, à propos des vaccins retournés : ‘’Cela s’explique, dit-il, parce qu’il était difficile, avec le déni et le ramadan, de faire vacciner les personnes. Ce qui a fait que plusieurs personnes ne sont pas venues se faire vacciner.’’

Parmi les vaccins, les personnes avaient aussi leur préférence. Elles réclamaient plus le vaccin Sinopharm. D’ailleurs, seuls 4,4 % ont accepté de se faire vacciner avec l’Astrazeneca.

Toujours est-il que, sur les raisons de l’acceptabilité ou non de la vaccination, le Dr Diongue de l’université Alioune Diop préconise ‘’une enquête CAP (connaissances, attitudes, pratiques) basée sur des évidences, surtout qu’on se dirige vers d’autres chantiers tels que le PEV. Il faut identifier tous les déterminants par rapport à l’acceptabilité. Il serait bon d’orienter aussi l’enquête sur la pauvreté.  Sur la communication, il faut s’arrêter sur les 15 % du personnel de santé qui ont refusé de se faire vacciner’’.

Taux de létalité élevé

Cette enquête est d’autant nécessaire que la région de Diourbel se caractérise par sa létalité très élevée, pour les cas de Covid-19. Alors qu’au niveau national, elle est de 2,3 %, Diourbel pointe à 7,7 %.  Ces décès, explique-t-on, sont liés à plusieurs facteurs, à savoir les comorbidités (HTA, diabète, asthme, autres maladies), le recours tardif (automédication, autres itinéraires thérapeutiques, déni).

A ce jour, 150 décès ont été notés. Dans la région de Diourbel, l’âge moyen des cas confirmés est de 39 ans. Les districts de Touba et de Diourbel concentrent 98 % des cas confirmés. Les sujets âgés de plus de 60 ans sont plus touchés par la Covid-19. C’est ce qui explique l’inflation du nombre de cas graves et de décès. Sur un total de 1 927 cas confirmés, 1 228 cas ont été pris en charge à domicile. On dénombre 1 775 cas guéris dont 1 215 ont été suivis et déclarés guéris à domicile, soit un taux de guérison à domicile de 99 %.

Outre le nombre élevé de cas confirmés de personnes atteintes de la Covid-19, la région de Diourbel est confrontée à un problème de rapportage. Lee Dr Dieng de regretter ce manquement. ‘’Sur les 112 rapports à transmettre, seuls 38 ont été remis par les structures. Il faut améliorer ce point, parce qu’il y a une sous-notification des personnes vaccinées. Il a été déploré, par le niveau central, que Diourbel est la dernière région, parce qu’on ne capitalise pas. Même le secrétaire général du ministère avait préconisé une tournée dans la région. Il y a une limite dans la gestion des données. Pour la gestion des intrants, à ce niveau, aucun rapport n’a été transmis’’.

Afin de renverser la tendance, les autorités sanitaires pensent qu’il faut une bonne communication.  D’ailleurs, un plan de communication chiffré à 22 398 000 F CFA a été élaboré. Il s’agira, d’après Mame Bousso Amara Khouma, ‘’d’une communication digitale pour toucher une bonne partie des jeunes, d’une communication interpersonnelle, de plaidoyer, de réalisation de capsules vidéo à l’endroit des leaders religieux, d’opinion et de personnes déjà vaccinées. Il y aura aussi des communications de masse avec 300 spots au niveau des radios dont 120 dédiés aux radios de Touba. Des caravanes, des leçons de vie au niveau des établissements scolaires et une contractualisation avec les organisations communautaires de base sont prévues’’. 

Poliomyélite : des cas de paralysie notés

L’autre sujet qui a été évoqué, lors de cette réunion, est la poliomyélite.  De l’avis du médecin-chef de la région médicale, ‘’tant que l’hygiène n’est pas gérée au plan individuel et collectif, il y aura ce problème de péril fécal. Il y a aussi l’approvisionnement en eau, parce qu’il faut faire en sorte que l’eau soit disponible. Il ne faut, non plus, pas oublier la gestion des eaux usées. Dans cette région, le nombre d’enfants qui devaient être vaccinés est de 38 702. Ce qui n’est pas encore le cas’’.

Touba compte huit cas porteurs sains, des enfants qui ont le virus. Sur ces huit cas, quatre sont devenus paralysés. Diourbel compte six cas et Bambey un cas. Pour le médecin-chef de la région médicale, ‘’il y a lieu de faire une campagne de masse contre la poliomyélite. Nous sommes à l’étape du rattrapage, c’est-à-dire les enfants qu’on devait vacciner, mais qui nous ont échappé. Mais on les a recensés. La difficulté qu’on a, c’est que ces enfants n’ont pas tous voulu se faire vacciner, malgré les équipes déployées sur le terrain. Actuellement, le virus est en train de circuler et s’il tombe sur un enfant non-vacciné, il peut entrainer chez cet enfant une paralysie. D’où la nécessité de faire vite, pour éviter cette paralysie qui est une paralysie à vie, irréversible et qu’aucun médicament ne peut soigner’’.

BOUCAR ALIOU DIALLO (DIOURBEL)

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