Publié le 17 Jan 2024 - 18:19

Non, le Palais de Justice de Rufisque ne doit pas être délocalisé à Diamniadio

 

Ancien port de Rufisque Palais de justice de Rufisque

LE PROJET DE DEPLACER LE PALAIS DE JUSTICE DE RUFISQUE EST  NON SEULEMENT UNE ENTORSE ADMINISTRTIVE TERRITORIALE, MAIS AUSSI ET SURTOUT, UNE ATTEINTE A LA MEMOIRE COLLECTIVE POUR UNE VILLE CHARGEE D’HISTOIRE ET DE CULTURE. Nous pouvons dire que l’histoire judiciaire du Sénégal qui remonte bien avant l’indépendance, est en partie liée  à l’histoire de la ville de Rufisque et à son palais de justice qui a connu de grands magistrats dont un des plus éminents s’appelle Mody Coumba BA.  Délocaliser  le palais de justice classé dans  le patrimoine de la ville hors de Rufisque, revient à détruire un monument historique, comme il s’agissait de déplacer l’arc de triomphe réhabilité hors de Paris. De plus, la ville de Rufisque  qui concentre toutes les institutions départementales  depuis mathusalem, est le chef-lieu  du ressort .Quelle raison fondamentale supérieure peut amener certaines autorités à vouloir délocaliser le palais de justice de Rufisque à Diamniadio ? Ce n’est certainement  pas l’attrait  du nouveau pôle urbain dont les infrastructures ont une vocation nationale.

 Située en eau profonde sur une baie unique dans la frange Sud de la presqu’ile du Cap vert, cette ville a attiré la  première puissance navale mondiale  pour en faire le premier port du Sénégal sur l’atlantique. Ce n’est pas un hasard que le nom de Rio Fresco ou la ville fraiche  devenu Rufisque, fut  donné à cette bourgade de pêcheurs par les premiers conquistadors portugais devenue commune de plein exercice déjà en 1880. Ce premier port de notre pays sur l’atlantique a fait de la ville de Rufisque la capitale économique du Sénégal pendant de nombreuses années jusqu’à son transfert à Dakar, au point que ses institutions comme le palais de justice soient devenues légendaires. Nous pouvons même dire que Rufisque a été, pendant plus d’une vingtaine d’années (1948 1968), la capitale politique du Sénégal pour avoir abrité à l’hôtel de ville ,le siège du BDS qui venait d’être créé en 1948 par le président Senghor et le président Mamadou Dia avec le ralliement du maire Maurice Gueye qui fut le premier maire des quatre communes à rejoindre cette nouvelle formation politique issue de la scission de la SFIO section sénégalaise du président Lamine Gueye.

 Rufisque est une ville quadri centenaire avec ses ports qui reviennent SENDOU, NDAYANNE), ses longues et majestueuses avenues et ses rues en damier. Faisant partie des quatre communes avec Saint Louis, Gorée et bien plus tard Dakar si l’on remonte loin dans l’histoire , la splendeur d’antan de Rufisque en tant que capitale économique du Sénégal jusqu’à tout récemment avec le transfert de son port à Dakar en 1926, est en train de revenir avec le dégagement des activités portuaires de Dakar à SENDOU ET NDAYANNE ,car , ce sont les ports qui font les villes et leur dynamisme .Chemin faisant, le port de Dakar est en train d’ étouffer au vu de la quasi saturation de ses quais avec l’accroissement du trafic maritime relevant les surestaries , le règne des camions dans Dakar plateau intra-muros pour le dépotement des navires, empêchant la mobilité urbaine  dans la capitale du Sénégal. En plus d’une ville quadri centenaire riche d’un patrimoine historique et culturel incommensurable, cette ville bien tracée, d’une beauté rare  faisant partie du top architectural des œuvres urbaines mondiales, Rufisque possède au plan immatériel une mémoire collective ancestrale lui conférant une âme vivante, à la différence des nouvelles capitales melting pot.

Ce serait véritablement un sacrilège que de délocaliser le palais de justice de Rufisque d’un lieu mythique  vers un no man’s land, d’autant que ce lieu mythique est le  chef-lieu du département très bien fréquenté par les populations environnantes.

Kadialy Gassama, Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

Section: 
Le “Projet” à l’épreuve de la session extraordinaire du Parlement
NOUVEAU CODE DU TRAVAIL : Penser l’emploi au-delà du salariat
LES INONDATIONS À DAKAR : Le Plan Jaxaay, révélateur d’incohérences politiques
DE L’IDÉAL SOUVERAINISTE AU MIRAGE POPULISTE : Sonko et l’impossible héritage
Mimi Touré, la faiseuse de destins
LE MUSÉE AFRICAIN DU FUTUR : Un patrimoine vivant au service de la création et des publics
Le mépris du peuple est aussi est un symptôme de l’aliénation systémique
L’AJUSTEMENT PROGRESSIF : La seule vraie solution économique au contexte sénégalais
DE LA DÉMISSION DE LA PENSÉE : Quand l’intellectuel se fait courtisan
RÉGULER POUR TRANSFORMER : Les sept priorités d’une ARTP au service du Sénégal numérique
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DG DE L'APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY 600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Chroniques pour un Sénégal souverain et juste N° 01 · Août 2026 De la croissance aux citoyens : Pour une transformation territoriale de la performance économique du Sénégal
Le Parti socialiste n’est pas à vendre
AGETIP : Qu’en est-il en termes de procédure ?
DISCOURS DU PR PAPA FARY SEYE : QUAND LA PAROLE ÉDUCATIVE DEVIENT UNE PENSÉE DE LA RÉPUBLIQUE Un discours pour penser l’excellence, l’école et la République
Comment mettre le savoir au service du pouvoir au Sénégal ?
LES FONDS SPÉCIAUX AU SÉNÉGAL : Une catégorie fantôme dans la République ?
MOBILISER LA DIASPORA SCIENTIFIQUE : De l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique
RECOMPOSITION POLITIQUE POST-ALTERNANCE : Le débat initié par le ministre Abdou Fall sur les mutations en cours du système partisan sénégalais, mérite désormais d'être regardé comme un véritable exercicPréparer une succession ou réinventer une espérance ?
LE GRAND MAGAL DE TOUBA : Un puissant levier de souveraineté économique pour le Sénégal