Publié le 24 Jun 2024 - 12:29
REMOUS AU SEIN DE L’ALLIANCE POUR LA RÉPUBLIQUE (APR) - MACKY SALL VS AMADOU BA

Guerre de leadership au sommet des Républicains

 

L’ancien Premier ministre sénégalais et candidat malheureux à la présidentielle, Amadou Ba, est sorti de son silence pour tenter de s'affirmer comme le chef de l’opposition à Bassirou Diomaye Faye. Cette volonté de s’imposer dans le camp de l’opposition risque de se heurter à la volonté des caciques de l’APR de barrer la route à l’ancien patron des Finances publiques.

 

Le parti APR connaît de nombreux remous. L’ancien candidat de la coalition présidentielle Benno Bokk Yaakaar (BBY), Amadou Ba, a indiqué vendredi dernier dans une tribune publiée qu'il souhaite lancer un « nouveau cadre porteur d’une nouvelle dynamique et d’une nouvelle orientation politique », se positionnant donc pour devenir le chef de l’opposition. Ce positionnement semble marquer une rupture avec l’ancien parti présidentiel APR qui l’avait investi comme candidat.

Cette sortie fait suite à celle de l’ancien ministre de l’Éducation, Cheikh Oumar Hann, qui avait indiqué que l’ancien président Macky Sall ne fait plus partie de l’APR. Une déclaration qui étonne et détonne dans le landerneau aperiste, surtout que le maire de Ndioum, grand soutien d’Amadou Ba, n’avait jamais manqué de rappeler sa fidélité à Macky Sall. Bocar Ndiongue, un responsable de l’APR aux Parcelles Assainies, a demandé l’exclusion d’Amadou Ba du parti pour « haute trahison ».

L’ex parti présidentiel fait face à une scission entre la tendance légitimiste autour de l'ex-président Macky Sall et une volonté de rupture incarnée par l'ex-ministre de l’Économie et des Finances, Amadou Ba. Cette prise de distance a été encouragée par ses soutiens, comme Cheikhou Oumar Sy, ancien député, qui a demandé à ce dernier de quitter l’APR et de créer son propre parti. Selon Cheikh Oumar Sy, Amadou Ba doit disposer d’une autonomie politique pour se démarquer et séduire l’électorat, loin de l’influence écrasante de Macky Sall. « Aujourd’hui, Amadou Ba doit quitter les rangs de l’APR de Macky Sall et créer son propre parti. C’est la meilleure démarche pour lui, sinon il risque d’échouer lamentablement lors des prochaines élections. Il doit éviter de partir sous la bannière de l’Alliance pour la République », estime-t-il.

Cette volonté d’émancipation d’Amadou Ba risque d’entamer le processus de recomposition chez les Républicains, avec deux camps qui semblent vouloir aller vers la confrontation. Dans cette optique, Macky Sall, le chef du parti, entend toujours garder la main, depuis son exil marocain. Macky Sall a multiplié les appels à la remobilisation des troupes apéristes en vue des législatives, avant d’envoyer une délégation conduite par ses fidèles : Sidiki Kaba, Abdoulaye Daouda Diallo, Amadou Mame Diop, Aliou Sow, Moussa Baldé, Abdoulaye Bibi Baldé, les députés Farba Ngom et Aliou Dembourou Sow, entre autres, au Daaka de Médina Gounass. Une décision considérée comme une défiance envers Amadou Ba, à qui Macky Sall refuse de céder le contrôle du parti.

La gestion à distance de Macky Sall et le risque d’implosion

Derrière sa tribune, Amadou Ba, qui veut désormais se prévaloir du statut de chef de l’opposition au régime Diomaye-Sonko, devra faire face à la forte opposition des caciques du parti qui lui refusent toute forme de légitimité à la tête de l’APR. Le parti pourrait évoluer vers une nouvelle reconfiguration de son leadership, avec une séparation entre les cadres et les jeunes qui pourraient suivre Amadou Ba, et les anciens militants qui préfèrent le statu quo avec Macky Sall.

La perspective des prochaines élections législatives anticipées pourrait accélérer ce processus de reconfiguration des "beige-marron" avec en toile de fond la présidentielle de 2029. Cette situation fait aussi planer le spectre d’une possible candidature de Macky Sall ou d’un de ses proches. Beaucoup de spécialistes estiment que Macky Sall pourrait être tenté de faire un "comeback" à la Wade lors des élections législatives de 2017.

En effet, après l’exil forcé de Karim Wade en 2016, l’ancien président sénégalais avait pris la tête de la coalition "Wattu Sénégal" et marqué son retour tonitruant sur la scène politique sénégalaise en décrochant 19 sièges lors du scrutin du 30 juillet 2017. Macky Sall pourrait concocter des listes de fidèles qu’il tenterait de faire élire à l’Assemblée nationale, demeurant ainsi le chef de l’APR et un acteur central dans le choix du prochain candidat de l’APR en 2029.

L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise invite « tous ses amis et cadres du pays et de la diaspora » à le rejoindre. Macky Sall pourrait être tenté de suivre le syndrome d’Abdoulaye Wade, avec une direction à distance du parti et une volonté de briser toute remise en cause du statu quo aux mains de ses proches. Cette situation pourrait également engendrer d’autres fractures au sein de l’APR, avec l’affirmation de certaines ambitions politiques.

Amadou Ba joue sur la carte des alliés au détriment de l’APR

La structuration de l’APR, avec comme seule constance Macky Sall, ne permet pas de faire éclore d’autres leaders au risque de provoquer l’implosion du parti. L'ex-chef de l’État espère conjurer le fléau de la transhumance politique qui a longtemps fragilisé le PS puis le PDS après leur perte du pouvoir. Amadou Ba, dans le cadre d’une politique de vulgarisation de son destin politique, serait tenté de s’appuyer sur les partis alliés qui sont en pleine défiance contre l’APR.

Lors de la dernière réunion du Secrétariat Politique Exécutif (SPE) de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP), les progressistes ont dénoncé le traitement de leur formation politique au sein de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY) après 12 ans de compagnonnage. Les camarades de Moustapha Niasse ont indiqué avoir subi à plusieurs reprises des investitures opaques et cavalières facilitées par des dispositions du code électoral. Lors de la cérémonie d’investiture d’Amadou Ba par l’AFP, Moustapha Niasse avait exprimé sa volonté de confier l’avenir du parti à Amadou Ba.

Sans oublier l’appui des forces de gauche avec Samba Sy, le PS et la LD, qui se sont beaucoup investis dans la campagne présidentielle, contrairement à certaines forces de l’APR. Amadou Ba n’a pas encore annoncé de date concernant le lancement de son mouvement, mais la constitution d’un grand bloc libéral, sauf le PDS, pourrait élargir le spectre politique d’un prochain parti d’Amadou Ba. Beaucoup de responsables du PDS avaient appelé à voter pour Amadou Ba, arguant qu’ils se reconnaissaient dans son programme.

MAMADOU MAKHFOUSE NGOM

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