Publié le 10 Mar 2026 - 16:44
CONSEIL DES MINISTRES 11 MARS

Un climat toxique !

 

Un Premier ministre qui n’arrête plus de s’en prendre aux institutions, au président de la République et à ses collaborateurs. Des ministres qui ne mettent plus de gants pour rendre les coups au PM sous le couvert du chef de l’État. Une situation économique qui ne cesse de se dégrader… C’est dans ce climat toxique et cette confusion totale que se prépare la réunion du Conseil des ministres attendu ce mercredi 11 mars 2026.

 

C’est une situation rarissime pour ne pas dire inédite. Alors que le Premier ministre ne rate pas d’occasion pour égratigner, directement ou indirectement, le président de la République ou certains de ses collègues du gouvernement, certains, agacés, commencent à le lui rendre sans gants. C’est le cas de Dr Abdourahmane Diouf qui décoche les premières flèches. À Sonko qui  taxe leurs partis politiques de cabines téléphoniques, il rétorque : « C’est vrai que nous n’avons jamais gagné nulle part parce que nous avons des cabines téléphoniques. Mais nous allons essaimer des cabines téléphoniques partout au Sénégal. Vous allez voir dans toutes les localités des cabines téléphoniques. La somme des victoires de ces cabines téléphoniques va permettre de donner une victoire éclatante au président de la République. » À Sonko qui parle d’un parti-État, Dr Diouf a opposé la prééminence de la République sur toutes les autres considérations. « Nous ne pouvons pas nous accommoder d’un parti-État ou d’un État-parti. Nous sommes la République du Sénégal. Ni parti-État ni État-parti. La République, rien que la République », charge-t-il. Pendant que Sonko s’autoproclame gardien de la révolution, lui déclare qu’il y a trop de gardiens dans ce pays : des gardiens de maison, des gardiens de voiture, des gardiens de la révolution… Mais à Diomaye président, ils ne reconnaissent que le gardien de la Constitution.

S’il y a un ministre dont on ne peut plus douter de sa prise de position très claire en faveur du président de la République, c'est Dr Diouf. Depuis plusieurs mois, il s’érige en véritable bouclier du Président face aux attaques répétées du camp d’en face. Samedi dernier, il a vidé son sac, en réitérant ce qu’il a toujours dit : « Nous ne pourrons pas nous accommoder d’une justice des vainqueurs. Nous voulons une justice juste. Oui à la justice, oui à toute la justice, mais pas à la justice des vainqueurs. » Était également présent à la cérémonie le ministre du Commerce et de l’Industrie, Serigne Gueye Diop. Jusque-là discret dans son coin, il a également affirmé sa position. Soutenir une coalition, selon lui, n’est pas seulement gagner une élection. C’est gagner des élections. « …Ces valeurs nous amènent à réaffirmer haut et fort avec clarté notre conviction dans cette coalition. Nous avons choisi de vous accompagner, avec détermination, sans aucune ambiguïté », a-t-il soutenu. Jusque-là, il n’était pas évident de voir des membres du gouvernement affirmer leur soutien au président de la République. Pour les ministres en charge de l’Environnement et du Commerce, Drs Diouf et Gueye, la question ne se pose plus. Cet observateur averti de la scène politique témoigne : « C’est être naïf que de croire que Diomaye a été surpris des discours qui ont été tenus par les responsables de la coalition et membres du gouvernement. Dans ce genre de réunions, les gens savent à peu près ce que chacun va dire. Il y a eu un briefing. Le Président ne peut pas être pris au dépourvu. »

La neutralité des technocrates et des ministres de Pastef

La question, c’est comment va se passer la réunion du Conseil des ministres ? Comment se passent les rapports entre le Premier ministre et son ministre de l’Environnement depuis qu’il l’a accusé de malversations ? Le Premier ministre qui passe son temps à attaquer le président de la République peut-il se plaindre de ses ministres qui lui portent la réplique ? Quelle posture pour les autres membres du gouvernement ? Autant de questions qui taraudent les observateurs. Hier, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la Femme à la Primature, le Premier ministre a en tout cas livré sur qui il compte le plus dans son gouvernement. « Mercredi dernier, en conseil des ministres, je faisais le tour de la table de réunion… Je me disais bizarrement que si on me demandait en qui j’ai le plus confiance dans cette salle, je dirais que c’est les quatre femmes que compte le gouvernement. Parce que je sais qu’elles ne trahiront jamais », a magnifié Sonko, qui ajoute : « Elles sont fidèles et loyales dans les relations. » Parmi les femmes en question, il y a Marie Rose Faye, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement et chargée des relations avec les institutions. Il y a également la ministre de la Justice, Yacine Fall ; la ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Fatou Diouf ; la ministre de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye. Pour le moment, ces dernières se font très discrètes dans ce contentieux opposant le PM au président de la République.

Au lendemain de l’Assemblée générale de la coalition présidentielle, Sonko a posté un message sur sa page Facebook comme pour demander à tout le monde de ne pas accorder de l’intérêt à ce qui venait de se passer et dont tout le monde parlait. Images à l’appui, il disait : « J’ai passé une excellente journée dans les champs. Il n’y a rien de plus vrai que l’agriculture. Retournons-y tous ! » On apprend par la suite que la photo a été prise dans les champs du ministre de l’Agriculture, Dr Mabouba Diagne. Et c’est le ministre lui-même qui en fait la révélation. Sous le message publié sur sa page Facebook, les partisans de Sonko n’ont pas manqué de le remercier comme s’il était avec leur leader. D’autres analystes peuvent y voir une volonté de montrer qu’il n’a rien fait en cachette. « …Cette visite dans les champs a été un moment d’échanges francs et inspirants autour des défis et des opportunités de notre agriculture. Elle a surtout permis de rappeler une conviction forte : la souveraineté alimentaire du Sénégal se construira d’abord par l’engagement concret de chacun d’entre nous », assure-t-il, comme pour écarter toute connotation politique à cette visite. Il faut noter que Dr Mabouba Diagne est un banquier, entrepreneur agricole, avec un brillant parcours. Il fait partie des technocrates du Gouvernement qui, jusque-là, n’affichent aucune posture politique dans un sens ou dans un autre. Outre Mabouba, il y a Cheikh Niang (Affaires étrangères) ; Gl Birame Diop en charge des Forces armées ; Cheikh Diba (ministre des Finances et du Budget)… Me Bamba Cissé (ministre de l’Intérieur) et, dans une moindre mesure, Dr Abdourahmane Sarr, ministre de l’Économie, qui a sa formation politique mais qui est plus connu pour son statut de technicien. Dans ce contexte de guerre interne, ils n’échappent pas aux étiquettes. Surtout pour Diba et Me Bamba Cissé qui sont respectivement estampillés Diomaye et Sonko.

Les priorités reléguées au second plan

Chez les alliés, les postures sont plus ou moins mitigées. Si Abdourahmane Diouf et Serigne Gueye Diop prennent fait et cause pour Diomaye président, Moustapha Guirassy ; Dr Cheikh Tidiane Dièye et Déthié Fall affichent, eux, la neutralité pour le moment. Idem pour la majorité des ministres de Pastef qui refusent pour le moment de s’exposer, malgré la clameur des militants. Jusque-là, Birame Souleye Diop ; Balla Moussa Fofana ; Alioune Dione ; Amadou Ba ; Maimouna Dièye ; Moustapha Sarré ne se sont exprimés ni dans un sens ni dans un autre. Les mêmes postures sont enregistrées à toutes les échelles de l’actuelle majorité présidentielle. Une situation inédite qui ne peut perdurer ad vitam aeternam, s’accordent à dire de nombreux analystes. « C’est du jamais vu. Entre Wade et Idy, la bataille a été très féroce, mais même à l’époque, cela n’avait pas pris cette tournure et cette tonalité ; c’est à la limite des enfantillages ce qui se passe », analyse un interlocuteur, estimant que cette situation est surtout de nature à entraver la recherche de solutions face aux crises que traverse le pays. « Au lieu de s’occuper de la situation économique désastreuse, on est dans des querelles de bornes-fontaines », regrette-t-il.

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