Les acteurs plaident pour une meilleure reconnaissance

À l'heure où l'accès à la culture demeure inégale pour de nombreux enfants africains, artistes, chercheurs et professionnels des arts vivants ont plaidé, mardi dernier à Dakar, pour une meilleure reconnaissance du spectacle jeune public. Réunis au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, ils ont appelé les États à considérer l'accès à l'art comme un droit fondamental.
Organisée par l'Association Djaram'Art, en partenariat avec le Grand Théâtre National et Kër Leyti – La Maison de l'Oralité et du Patrimoine, la Rencontre internationale autour du spectacle jeune public a marqué le lancement du projet régional « Vogue Africaine » ainsi que l'ouverture officielle de la 9e édition du Festival International des Arts de la Marionnette Djaram'Art (FIAMD), qui se tient du 16 au 21 juin. Pendant toute une journée, des participants venus du Sénégal, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Bénin, du Togo, de la Guinée-Bissau, de la Belgique, de la France ou encore du Danemark ont échangé sur les défis auxquels est confronté le théâtre destiné à l'enfance et à la jeunesse.
Le constat habillé est sans appel : malgré son rôle dans l'éducation, l'éveil et la construction citoyenne des enfants, le spectacle jeune public demeure marginal dans de nombreux pays africains. À travers quatre ateliers consacrés à la formation, aux réseaux de coopération, au plaidoyer et aux relations entre culture et éducation, les participants ont identifié plusieurs obstacles majeurs : insuffisance des formations spécialisées, faiblesse des financements, manque d'infrastructures adaptées, difficultés de diffusion et absence de politiques publiques ambitieuses. Pour les organisateurs, il est urgent de remplacer la culture au cœur des droits fondamentaux de l'enfant.
« Le droit à la culture doit être considéré au même titre que le droit à l'éducation ou à la santé », ont-ils défendu, estimant que chaque enfant devrait pouvoir accéder à des spectacles de qualité et évoluer dans un environnement culturel stimulant. Fondatrice de l'Association Djaram'Art et présidente du FIAMD, Mamby Mawine a présenté les ambitions du projet « Vogue africaine », soutenu par l'Union européenne et porté par le Sénégal, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire. Issu d'un appel à projets lancé par Assitej International, principal réseau mondial du théâtre pour l'enfance et la jeunesse, le programme se déploiera jusqu'en 2028.
« Nous réfléchissons à la manière de développer les réseaux de coopération entre nos pays, de renforcer la formation des artistes et d'améliorer la diffusion des œuvres destinées aux enfants », a expliqué Mme Mawine. Selon elle, le théâtre jeune public ne relève pas uniquement de l'animation culturelle. Il constitue également un outil de transmission des savoirs, de développement personnel et de structuration des industries créatives. « Nous voulons faire entendre la voix de ce théâtre auprès des décideurs afin que chaque enfant puisse avoir accès à l'art, rêver, créer et grandir dans un environnement culturel stimulant », at-elle ajouté. À travers des résidences artistiques, des formations, des coproductions et des tournées régionales, « Vogue Africaine » ambitionne de créer un véritable réseau ouest-africain dédié au spectacle jeune public.
Coordinateur régional du projet en Afrique de l'Ouest, François Fogel a insisté sur la dimension citoyenne de cette démarche. « L'enfant est au cœur de la plupart des problématiques de nos sociétés. Ce qui concerne l'enfant concerne la société toute entière », at-il déclaré. Au-delà de la création artistique, le projet vise également à générer des emplois dans les domaines de la médiation culturelle, de la scénographie, de la mise en scène ou encore de l'éducation artistique.
Présent à la rencontre, Mamoudou Lamine Ba, directeur du Centre de ressources du Grand Théâtre National, représentant le directeur général de l'institution, a réaffirmé l'engagement du Grand Théâtre en faveur du spectacle jeune public. « Beaucoup de choses restent à faire dans ce domaine », at-il reconnu, soulignant la volonté de l'institution de renforcer la visibilité des productions destinées aux enfants à travers des programmes spécifiques de diffusion et de promotion. Les recommandations issues des ateliers devraient alimenter les réflexions sur les futures politiques culturelles en faveur de l'enfance.
La rencontre marque également le coup d'envoi du FIAMD 2026. Jusqu'au 21 juin, plusieurs spectacles de marionnettes, de théâtre d'objets et de formes contemporaines seront présentés au Grand Théâtre, à l'Institut français de Dakar, à Ndayane et à Toubab Dialaw. Des compagnies venues du Sénégal, du Québec, de la Belgique et d'autres pays participent à cette édition. Au programme figurent également des actions citoyennes, notamment une campagne gratuite de santé bucco-dentaire destinée aux enfants de Ndayane ainsi que la traditionnelle course d'ânes du festival, organisée dans une démarche de sensibilisation au respect et à la protection des animaux. Au-delà des spectacles, les organisateurs espèrent faire émerger une conviction forte : l'accès à la culture n'est pas un privilège, mais un droit. Et pour les défenseurs du théâtre jeune public, ce droit doit désormais trouver toute sa place dans les politiques publiques africaines.
Fatou Ba






