Comment l’Etat compte faire face

Face aux grèves cycliques dans les transports routiers, le Chef de l’Etat a demandé, hier, à son gouvernement d’accélérer la mise en œuvre des programmes de renouvellement des véhicules de transport et d’améliorer l’efficacité du système de transport collectif. Le Premier ministre a présenté un projet de restructuration globale du réseau de transport en Commun.
Les Sénégalais, d’une manière générale, et les usagers de la route, en particulier, subissent de plein fouet le diktat des syndicats de transporteurs routiers qui sont en grève depuis plusieurs jours. Hier, la question a été débattue en conseil des ministres. Après avoir réitéré son attachement à la bonne gouvernance des transports routiers, le Chef de l’Etat a demandé au Premier Ministre de veiller, avec le Ministre chargé des Transports terrestres, à l’application effective et inclusive des recommandations des états généraux des Transports. Bassirou Diomaye Faye a ensuite souligné l’impératif d’assurer un contrôle routier optimal et de veiller au respect scrupuleux du Code de la Route et de la réglementation de la circulation des différentes catégories de véhicules de transport public.
Pour juguler ces grèves cycliques qui entravent la circulation des personnes et des biens et freinent les activités économiques, il a rappelé au Gouvernement l’urgence d’accélérer la mise en œuvre des programmes de renouvellement des véhicules de transport et d’améliorer l’efficacité du système de transport collectif. Ainsi, le président Faye demande le renforcement des parcs de la société « Dakar Dem Dikk » et du Bus Rapid Transit (BRT), de même que ceux détenus par les associations et opérateurs privés agréés.
Dans le même ordre d’idées, le chef de l’Etat a demandé au Gouvernement de veiller au fonctionnement per formant du TER, des Chemins de Fer du Sénégal (CFS) et des Grands Trains du Sénégal (GTS), dans une perspective de développement optimal du transport urbain et interurbain multimodal. Ce faisant, il a donné instruction au Ministre des Transports terrestres de lui présenter, avant la fin du mois d’avril 2026, un rapport exhaustif sur les contraintes et les perspectives de transformation inclusive des transports routiers au Sénégal, intégrant un calendrier précis.
En attendant, le Président de la République a rappelé l’impératif de cultiver l’écoute, le dialogue et le sens élevé des responsabilités dans le respect des lois et règlements. C’est pourquoi, il a relevé l’urgence de renforcer le dialogue social entre l’Etat et les acteurs des transports routiers, en vue de bâtir un pacte durable pour le retour immédiat au fonctionnement normal et intégral des transports routiers.
Projet de restructuration globale du réseau de transport en Commun
Dans la même veine, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté au conseil le projet de restructuration globale du réseau de transport en Commun. Doté d’une enveloppe de 267 milliards de FCFA, il est piloté par le Conseil exécutif des Transports urbains durables de Dakar (CETUD). Ce projet est présenté comme une initiative structurante pour la mobilité urbaine de la capitale. « Il permettra de réorganiser le réseau de bus pour mieux connecter les usagers aux transports de masse, d’améliorer la desserte des zones périphériques et de déployer des bus à faible émission », informe le communiqué du conseil des ministres.
Il prévoit également le déploiement d’infrastructures modernes, l’acquisition d’un matériel roulant de qualité ainsi que la professionnalisation des opérateurs du secteur. Ce qui fait dire au Premier Ministre que sa mise en œuvre exige une impulsion décisive pour lever les derniers obstacles. Ainsi, « après avoir identifié les blocages opérationnels qui freinent son démarrage effectif, le Premier Ministre a donné instruction au Ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération et au Ministre des Finances et du Budget, de prendre, sans délai, toutes les dispositions nécessaires pour lever ces obstacles et permettre le démarrage effectif du projet », informe-t-on.
Nouvelle doctrine du secteur informel
Au Sénégal, le constat est que la Stratégie nationale intégrée de Formalisation de l’Économie informelle (SNIFEI 2022-2026) n’a pas produit l’ensemble des résultats escomptés. Ce faisant, informe le communiqué du conseil des ministres, le Premier Ministre a ordonné une évaluation indépendante rigoureuse de cette stratégie, devant conduire à une stratégie rénovée, reposant sur une nouvelle doctrine incitant fortement à la formalisation et sanctionnant les situations de fraude organisée.
Ousmane Sonko, dit-on, ne veut plus que la formalisation soit une contrainte, mais plutôt un levier de compétitivité, de création d’emplois décents et de transformation structurelle de notre économie. Ainsi, souligne le document, « le Premier Ministre a procédé à la typologie de l’informel en quatre (04) catégories, à savoir l’informel de survie, l’informel de transition, l’informel d’optimisation et l’informel illicite. Il a retenu l’alignement des dispositifs d’appui et l’approche interministérielle ainsi que des arbitrages stratégiques notamment l’opérationnalisation effective du statut de l’entreprenant, l’immatriculation comme condition d’accès aux avantages publics, une protection sociale visible et accessible et, enfin, une lutte renforcée contre la fraude organisée ».
Dans ce sens, après avoir rappelé que l’économie informelle est une fragilité structurelle de notre modèle de développement, il a demandé au Ministre, Secrétaire général du Gouvernement, de lui soumettre, dans un délai de quinze (15) jours, une proposition d’organisation d’un Conseil interministériel dédié à la formalisation. Cette rencontre devra permettre l’adoption d’une stratégie nationale rénovée, assortie d’une feuille de route opérationnelle, d’objectifs chiffrés par ministère et d’arbitrages budgétaires et réglementaires clairs.
Réforme de l’Ecole nationale d’administration (ENA)
Hier, le Premier Ministre a également présenté le projet de réforme de l’École nationale d’Administration. « Ce projet contribuera à la formation des ressources humaines, hautement qualifiées, susceptibles de conduire efficacement les politiques publiques arrimées à la Vision 2050 et à préserver la crédibilité de cette institution, véritable ascenseur social et levier de cohésion nationale et de démocratisation de l’accès aux hautes fonctions de l’État. Face aux limites du décret n°2011-1704 du 06 octobre 2011 portant création de l’ENA et fixant ses règles d’organisation et de fonctionnement et aux impératifs de transformation systémique consistant à réinventer le profil adéquat du manager public, le Premier Ministre a proposé une réforme selon une approche globale, anticipative, inclusive et intégrée, favorisant une synergie d’actions pour des objectifs de modernité et de performance », renseigne le communiqué.
Il est ainsi annoncé la mise en place d’un Comité de pilotage, placé sous la supervision du Ministre, Secrétaire général du Gouvernement, intégrant les acteurs clés, pour conduire ladite réforme. Ce Comité, cadre permanent de concertation, élargi à l’ensemble des acteurs concernés, aura pour mandat d’engager des concertations et de formuler des propositions alignées aux politiques publiques des différents secteurs.
On apprend donc que le Premier Ministre a donné des indications non seulement relatives aux réformes juridiques et institutionnelles, mais également aux réformes pédagogiques et scientifiques, notamment l’élaboration d’un projet de décret abrogeant et remplaçant le décret régissant l’ENA, la modernisation des outils de gestion, l’augmentation des ressources financières et leur rationalisation, la nouvelle configuration des sections, la modernisation du matériel d’enseignement permettant de mettre le numérique au centre des enseignements, la mise en place de l’Institut de Formation à Distance (IFD) ainsi que l’adaptation au système LMD et l’ouverture d’un parcours doctoral.
Tournée économique dans la région de Kolda
Par ailleurs, le Chef de l’Etat a levé un coin du voile de son programme des jours à venir. Il a informé le Conseil qu’il présidera, le jeudi 09 avril 2026, la Rentrée solennelle du Barreau, avant d’effectuer une tournée économique dans la Région de Kolda du 12 au 14 avril 2026. En ce qui le concerne, le Premier ministres a demandé au Ministre des Infrastructures, au Ministre des Transports terrestres et aériens, au Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du Territoire et au Ministre des Forces armées, après concertation, de lui présenter un avis sur la faisabilité du Stade de Ouakam sur le site de l’Ancienne Piste.
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GRÈVE DES TRANSPORTEURS-DAAKA Medina Gounass plaide pour une trêve Le Cadre d’Échanges et d’Organisation des Disciples de Thierno Mouhamadou Saïdou Ba (CEOD/TMS) exprime sa vive préoccupation face à la grève nationale des transporteurs. Cette affecte actuellement le fonctionnement normal du pays, à quelques jours seulement de l’ouverture du Daakaa de Médina Gounass, prévue du 18 au 27 avril 2026, fait constater la structure. “Le Daaka est une retraite spirituelle d’envergure internationale, organisée en pleine brousse, à une dizaine de kilomètres de la ville sainte de Médina Gounass. Chaque année, cet événement religieux majeur mobilise des centaines de milliers de fidèles venus du Sénégal et d’ailleurs. À ce stade des préparatifs, cette grève constitue un frein majeur”, prévient le Cercle. Le communiqué précise que l’impact commence déjà à se faire sentir. “Les équipes techniques, les émissaires ainsi que les acteurs logistiques sont actuellement bloqués dans plusieurs gares routières, retardant considérablement le démarrage des travaux essentiels”, souligne l’organisation, qui relève un certain nombre de lenteurs relatives à la sécurisation du site avec le désherbage et la mise en place de pare-feu indispensables contre les feux de brousse ; l’installation des infrastructures telles que les tentes, les espaces d’accueil et les équipements nécessaires à l’hébergement des pèlerins… “Le CEOD/TMS tient à rappeler que les transporteurs jouent un rôle central et irremplaçable dans l’organisation et la réussite du Daakaa. Leur engagement, leur disponibilité et leur contribution logistique permettent chaque année l’acheminement sécurisé des fidèles, des marchandises et du matériel vers le site. Ils constituent ainsi un maillon essentiel de cette chaîne d’organisation”, informe la source, qui interpelle l’État et les syndicalistes. “Le CEOD/TMS invite les deux parties à privilégier le dialogue, la concertation et l’esprit de responsabilité, afin de parvenir rapidement à un consensus dans l’intérêt supérieur de la Nation. Dans cet esprit, le CEOD/TMS exhorte les transporteurs à envisager une suspension temporaire de leur mot d’ordre, afin de permettre le bon déroulement des préparatifs et le transport des fidèles vers le site du Daakaa, dans la paix, la sécurité et la sérénité”, plaide l’organisation. |
AMADOU FALL







