Publié le 19 May 2026 - 17:06
ESCROQUERIE À SAINT-LOUIS

Derrière les faux visas, des milliards en faux billets

 

Ce qui ressemblait au départ à une simple affaire d’escroquerie au visa a finalement conduit les enquêteurs vers un dossier beaucoup plus lourd. À Saint-Louis, les éléments de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées (DNLT) ont découvert, au fil de leurs investigations, une présumée affaire de faux monnayage portant sur des billets évalués à plus de deux milliards de francs CFA.

 

Trois personnes, identifiées sous les initiales M. Kane alias B. M. Kane, C. H. Diémé et M. Sané, ont été déférées vendredi dernier devant le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Saint-Louis pour association de malfaiteurs, escroquerie au visa, faux monnayage et complicité.

L’affaire démarre le 12 du mois courant avec la plainte d’un ressortissant gambien nommé E. Sarr. Selon ses déclarations, il aurait été escroqué de 4,14 millions FCFA par M. Kane, qui lui aurait promis de lui obtenir un visa Schengen pour la France.

Le plaignant explique avoir fait la connaissance de M. Kane dans un restaurant en Gambie. Désireux de voyager en Europe, il lui aurait fait part de son projet avant d’être mis en relation avec deux autres individus identifiés comme M. Diagne et un certain « Joe ».

Convaincu par leurs promesses, E. Sarr se rend alors au Sénégal pour effectuer ce qu’il croit être une procédure de demande de visa. Selon son récit, il est conduit devant le centre VFS Global à Dakar où il rencontre les deux hommes. Prétextant avoir oublié son passeport, M. Diagne aurait ensuite laissé « Joe » prendre le relais.

Le plaignant affirme avoir été conduit dans un multiservice voisin du centre VFS où il a été photographié avant qu’un prétendu récépissé de l’ambassade de France ne lui soit remis. « Joe » lui aurait alors expliqué disposer d’un contact à l’intérieur du centre capable de faciliter l’obtention rapide du visa.

Mis en confiance, E. Sarr retourne en Gambie en attendant la délivrance du document promis. Quelques semaines plus tard, il est rappelé au Sénégal par M. Kane qui lui annonce que son visa est prêt.

À son arrivée à Dakar, il est conduit devant le centre VFS où les mêmes individus l’attendent dans un véhicule blanc. À l’intérieur de la voiture, « Joe » lui montre un passeport portant, selon lui, un visa Schengen établi à son nom. Il lui réclame alors le reliquat de la somme convenue, soit trois millions FCFA, tout en lui interdisant de photographier le document.

Le plaignant affirme avoir finalement transféré 2,9 millions FCFA à M. Kane depuis son compte bancaire basé en Gambie. Peu après ce transfert, il est informé que son passeport aurait été volé, compromettant ainsi son voyage.

Les investigations ouvertes par la DNLT aboutissent rapidement à l’interpellation de M. Kane. Selon les enquêteurs, ce dernier aurait reconnu les faits d’escroquerie tout en tentant de rejeter la responsabilité principale sur ses supposés complices.

Mais l’enquête va prendre une autre tournure après l’exploitation de son téléphone portable. Les policiers y découvrent plusieurs discussions WhatsApp contenant des images de valises remplies de billets de banque.

Interrogé sur ces contenus, M. Kane aurait déclaré qu’il s’agissait de faux billets. Il affirme notamment avoir reçu des liasses de faux billets de 5 000 dollars d’un individu nommé Bacary avant de les remettre à M. Sané qu’il présente comme leur propriétaire.

Concernant les valises contenant des billets en francs CFA, il évoque un montant total estimé à deux milliards FCFA. Selon ses déclarations, ces images lui auraient été envoyées par un ressortissant gambien. Il soutient toutefois ne pas être le détenteur direct de cet argent.

Au fil des auditions, les noms de C. H. Diémé et M. Sané apparaissent également dans ce projet présumé de partage des faux billets. Les deux hommes seront ensuite interpellés à leur tour avant d’être conduits dans les locaux de la DNLT.

Face aux enquêteurs, C. H. Diémé reconnaît avoir remis quatre millions FCFA à M. Kane, mais affirme dans un premier temps que cette somme devait servir à l’achat de « mercure » destiné à des pratiques mystiques censées les enrichir.

Confronté aux éléments techniques extraits du téléphone portable de M. Kane, il finit toutefois par reconnaître son implication dans le projet portant sur les deux milliards FCFA, tout en niant savoir qu’il s’agissait de faux billets.

De son côté, M. Sané nie avoir reçu physiquement les faux billets évoqués dans le dossier et garde le silence sur plusieurs points soulevés par les enquêteurs.

L’exploitation des données numériques semble cependant avoir renforcé les soupçons des policiers. Selon les investigations, une vidéo retrouvée dans le téléphone de M. Kane le montrerait tenant neuf liasses de 10 000 dollars chacune, qu’il présente lui-même comme de faux billets.

Pressé de révéler l’emplacement de l’argent incriminé, M. Kane aurait finalement déclaré que les faux billets seraient entre les mains d’un certain Fofana, présenté comme un ressortissant malien ayant quitté précipitamment une cité religieuse où il résidait.

L’enquête se poursuit pour tenter de localiser les faux billets et identifier l’ensemble des personnes impliquées dans ce réseau présumé mêlant escroquerie au visa et faux monnayage.

Cheikh Thiam

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