Publié le 9 Jul 2026 - 14:01
RIZ LOCAL – AUTOSUFFISANCE  

Le grand paradoxe    

 

Grand consommateur de riz, le Sénégal peine à absorber une production pourtant largement en deçà des besoins. Les producteurs, qui font face à la concurrence déloyale du riz importé, crient leur ras-le-bol.

 

Le paradoxe est saisissant. Grand consommateur de riz, le Sénégal peine encore à accompagner ses riziculteurs à écouler leurs productions pourtant largement en deçà des besoins de la population. Depuis 2025, ces derniers cumulent les méventes des campagnes successives. Cette semaine, ils sont massivement sortis dans les rues au niveau de la vallée pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un échec de la politique rizicole.

Sur les facteurs explicatifs de ces méventes, Les témoignages sont unanimes. Les acteurs indexent les subventions de l’État sur le riz importé au détriment de la production locale. “Ce que nous avons enduré ces deux dernières années, nous ne l’avons jamais connu auparavant. Non seulement la LBA (La banque agricole) ne finance presque plus, mais quand on se débrouille pour produire, nous sommes dans le pétrin parce que nous ne parvenons pas à écouler nos productions. Le marché étant inondé de riz importé”, fulmine Cheikh Wade, président de l’Union local de Diawar.  

Sur les stocks en souffrance dans les hangars, les versions varient d’une organisation à l’autre. Pour Cheikh Kane, producteur et propriétaire d’une usine de transformation à Ross Béthio, les quantités recensées tournent autour de 37 000 tonnes. “Ce chiffre ne tient compte que des méventes des usines membres de notre association qui porte actuellement le combat. C’est compte non tenu des productions en souffrance chez les producteurs”, a-t-il précisé.

Problème de compétitivité

De l’avis de cet importateur qui a préféré garder l’anonymat, le problème est à chercher dans la compétitivité même du riz local. “Il faut se poser deux questions à mon avis. Est-ce que les prix sont compétitifs ? Est-ce que la qualité est au rendez-vous ? Ce sont deux facteurs à vérifier, parce que c’est ce qui est important pour le consommateur”, soutient-il.

Pour lui, les commerçants ont juste bon dos. Mais le véritable travail, c’est avec le consommateur. “Comment faire pour que le consommateur achète le riz local ? C’est là le problème. Si le commerçant est assuré de pouvoir vendre sans problème le riz local, il n’y a pas de raison pour qu’il ne l’achète pas. Nous n’irons pas jusqu’en Inde pour chercher du riz, alors qu’on a ici du riz qu’on peut facilement écouler”, renchérit-il non sans inviter l’État et les acteurs à mettre le curseur à ce niveau.

À entendre les producteurs et transformateurs, il y a aussi un problème de concurrence déloyale qui rend le riz local moins compétitif. “Le problème de compétitivité que l’on nous oppose est nouveau. Les années précédentes on n’avait pas ce problème. Nous avions même du mal à satisfaire certaines commandes. Au niveau de Ross Béthio, il était difficile de voir du riz importé. Aujourd’hui, il y en a à gogo. Le problème est donc ailleurs”, rétorque Cheikh Kane.

De la concurrence déloyale du riz importé subventionné par l’État

Cette version est plutôt confirmée par ce cadre du ministère en charge du Commerce. Le problème, selon lui, ce n’est pas la surproduction ni la capacité d’absorption du marché. “C’est le déséquilibre qui a été créé par les baisses successives du prix du riz brisé importé. Le kilogramme du riz local avoisine les 375, 400 francs, alors qu’avec 300 francs, le consommateur peut avoir le riz importé. Il est difficile de vendre dans ces conditions”, explique le fonctionnaire.

Selon lui, le fait d’imposer aux commerçants d’acheter le riz de la vallée ne saurait résoudre le problème. “S’ils n’arrivent pas à écouler les quantités achetées, ils ne vont pas retourner sur la vallée. Or, c’est cette rotation qui permet d’épuiser les stocks”, indique notre interlocuteur.

Une inadéquation de l’offre

L’autre grand problème, selon lui, c’est l’inadéquation de l’offre. Certes, des efforts importants ont été faits sur la qualité, mais on fait essentiellement du riz entier. “Or, les Sénégalais consomment du riz brisé pour l’essentiel. C’est aussi un autre enjeu.”

Par ailleurs, il y a de sérieux doutes sur les statistiques annoncées urbi et orbi. En effet, alors que le gouvernement et les acteurs ne cessent de vanter des productions record -ce qui aurait dû créer un effet de substitution- les importations n’ont presque jamais faibli. Chaque année, ce sont des milliers et des milliers de tonnes qui sont achetées des pays asiatiques, en particulier de l’Inde.

L’importateur confirme : “Je peux confirmer que nous importons chaque année plus, parce que la population augmente. La production locale pour le moment n’influe pas beaucoup sur les importations.”

Alors que l’Etat vante des record, les importations progressent

Il faut noter que le Sénégal achète par mois jusqu’à plus de 90 000 tonnes de riz brisé. “La production locale ne couvre même pas 5% de cette demande”, avertit le fonctionnaire, qui doute sérieusement des statistiques. “Si les chiffres étaient exacts, normalement, les importations devaient baisser de manière significatives… Mais on observe le contraire, les importations continuent de progresser année après année”, fait-il remarquer.

L’importateur se pose la même question sur le niveau réel des productions. À l’en croire, il y a effectivement des magouilles sur les chiffres. “L’État se fie aux déclarations du producteur qui va annoncer par exemple 100 ha emblavés. Sur cette base, il va obtenir des intrants et de l’engrais, alors qu’en réalité, il a fait 25 ha…. Il est difficile d’avoir des statistiques fiables”, souligne l’importateur.

Pour aider les producteurs, le gouvernement a décidé de subventionner les prix à hauteur de 50 francs CFA, en sus du prix de vente fixé à 280 francs CFA.

MOR AMAR

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