Publié le 29 Oct 2026 - 22:29
COLLOQUE INTERNATIONAL “LE RIRE EST-IL LA POLITESSE DU DÉSESPOIR ?”

Boniface Mongo-Mboussa, le rire comme résistance

 

À Dakar, du 28 au 30 octobre, le colloque international « Le rire est-il la politesse du désespoir ? » réunit écrivains, chercheurs et artistes autour du pouvoir de l’humour face aux tragédies de l’histoire. Pour Boniface Mongo-Mboussa, écrivain et critique littéraire congolais, le rire permet de prendre du recul face au malheur et de préserver une forme de liberté dans l’adversité.

 

Peut-on rire du malheur sans le banaliser ? Faire de l’humour une arme contre l’oppression ? Ces interrogations traversent les rencontres littéraires internationales organisées du 28 au 30 octobre à Dakar. Intitulé « Le rire est-il la politesse du désespoir ? », le colloque explore les fonctions de l’ironie, de la satire et de la dérision dans les littératures classiques, africaines et contemporaines.

Parmi les invités figure Boniface Mongo-Mboussa, écrivain, chercheur et critique littéraire congolais. Ayant consacré une partie de ses recherches doctorales au rire, il considère ce sujet comme aussi passionnant que complexe. Derrière son apparente simplicité se rencontrent plusieurs formes d’expression, de l’ironie à la parodie, qui invitent à réfléchir à ce qui nous fait rire et à ce que le rire révèle de notre rapport au monde.

Rire pour résister au désespoir

Pour Boniface Mongo-Mboussa, le rire permet avant tout de prendre du recul face aux épreuves. Il ne supprime ni la douleur ni les injustices, mais offre la possibilité de ne pas leur céder entièrement. « C’est une capacité à prendre la distance par rapport aux douleurs, aux malheurs que nous vivons au quotidien », souligne-t-il.

Cette distance ouvre un espace de liberté : celui où l’on peut regarder autrement une situation accablante, en percevoir l’absurdité et retrouver la force de lui faire face. « À partir du moment où on rit, on se détend et on se libère », affirme le critique. Même provisoire, cette libération aide à supporter les épreuves.

La réflexion déborde ainsi le seul divertissement. En plaçant l’ironie, la satire et la dérision au centre des échanges, le colloque interroge aussi la portée sociale et politique du rire. La satire peut dénoncer les abus de pouvoir ; la dérision, bousculer les hiérarchies et les discours d’autorité. Reste la question posée par l’intitulé des rencontres : que dit ce rire du désespoir dont il procède ?

L’expérience historique des peuples noirs

Boniface Mongo-Mboussa relie cette réflexion à l’histoire des populations noires, marquée par l’esclavage, la colonisation et les bouleversements des indépendances. Il s’intéresse à la manière dont le rire et les pratiques culturelles ont pu contribuer à préserver des formes de résistance et de solidarité face à la violence historique.

« Comment le peuple noir a réussi à s’en sortir face à tout ce cataclysme qu’il a connu ? », interroge-t-il. À ses yeux, la capacité à rire, à danser et à mettre les souffrances à distance constitue une piste pour comprendre les ressources mobilisées face à l’adversité.

Dans cette lecture, le rire prend une dimension collective. Il s’inscrit dans les pratiques par lesquelles une communauté affronte les épreuves et maintient ses liens. L’écrivain invite ainsi à examiner la place des expressions culturelles dans l’histoire des résistances.

La littérature offre un terrain pour cette réflexion. À travers le comique, la satire ou l’ironie, elle permet d’interroger les mécanismes de domination et les contradictions des sociétés. Les rencontres de Dakar proposent de croiser les regards sur ces usages du rire, leurs formes et leur portée.

Dakar, un lieu de pensée et de dialogue

Le choix de Dakar comme cadre de ces échanges revêt une importance particulière pour Boniface Mongo-Mboussa. L’écrivain évoque Ousmane Sembène, Cheikh Hamidou Kane, Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop, figures dont les œuvres ont marqué la création et la pensée africaines.

« Le fait que ce colloque ait lieu à Dakar et qu’on pense à cette question à Dakar, c’est pour moi très important », confie-t-il. À cet héritage intellectuel, il associe une attente : faire de ces rencontres un espace de discussion avec le public sénégalais, notamment sur les identités et la coexistence.

« J’attends du public sénégalais qu’on puisse débattre de comment vivre ensemble, comment ne pas se figer sur les identités », explique-t-il. Il met en avant l’hospitalité du pays, la coexistence religieuse et le métissage culturel, autant d’éléments qui nourrissent, selon lui, le dialogue entre les appartenances.

Cette ouverture au public se traduit dans le choix des lieux. Les rencontres sont annoncées à l’Institut français de Dakar, dans des librairies, à l’Université Cheikh Anta Diop et dans des établissements scolaires, afin de faire circuler les échanges auprès de publics variés.

Parmi les participants figurent Mohamed Mbougar Sarr, Gaël Octavia, Bessora, Gauz’, Mabrouck Rachedi, Ken Bugul, le dessinateur de presse Odia et l’éditrice Élisabeth Dadoul. Le programme comprendra également le passage de relais entre deux promotions de « La Fabrique des mots », consacré à la transmission littéraire et à l’accompagnement de nouvelles voix.

Fatou Ba

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