La FSF doit tirer les conséquences de ses manquements

L’échec de l’équipe nationale à la Coupe du monde 2026 n’a pas fini de dévoiler tous ses contours. Au-delà de la responsabilité du sélectionneur national, qui a été sacrifié sur l’autel de la clameur publique, les dirigeants de la Fédération sénégalaise de football doivent également répondre de leurs fautes. Cela, même au prix de leurs postes.
Il ressort des déclarations des fédéraux que la responsabilité collective est établie dans l’échec de l’équipe nationale à la Coupe du monde 2026. Hier encore, c’était au tour du président de la Fédération sénégalaise de football de reconnaître une responsabilité partagée dans cette affaire. « Le Comité exécutif a reconnu à l’unanimité que les résultats sportifs obtenus sont malheureusement en deçà des ambitions légitimes de notre football et des attentes de notre public. Cette analyse lucide a mis en lumière plusieurs insuffisances d’ordre sportif, organisationnel et technique. Tirant les conséquences de cette campagne, et s’inscrivant dans une démarche de haute responsabilité et d’amélioration continue, la Fédération sénégalaise de football a décidé de mettre fin à la collaboration avec le sélectionneur national Pape Bouna Thiaw, ainsi qu’avec l’ensemble des membres de son staff technique », a indiqué Abdoulaye Fall face à la presse.
Il semble que Pape Thiaw soit le seul à porter la responsabilité de la déroute des Lions en Amérique du Nord. Dans leur démarche, les dirigeants ont choisi de sanctionner le technicien en espérant que cela suffise à calmer la clameur publique pour passer à autre chose, comme toujours. En réalité, ce calmant ne saurait régler totalement le problème. Il est temps de crever l’abcès si l’on veut sauver notre football de l’infection qui le ronge de l’intérieur. Dans son propos, le président a parlé de dysfonctionnements d’ordre « organisationnel ». Si Pape Thiaw a payé de son poste ses errements tactiques, qu’en sera-t-il des responsables des couacs relevés dans l’organisation ? Entre le contrat tardivement renouvelé du sélectionneur national, les primes de qualification des joueurs impayées et les défaillances logistiques, les nombreux manquements ont été largement relayés dans les médias.
Le secrétaire général, « principal responsable »
Au-delà de ces faits survenus durant la campagne aux États-Unis, c’est la gouvernance même de la nouvelle équipe fédérale qui est décriée. Au sein même du Comité exécutif, des critiques contre la gestion du président de la FSF, jugée « clanique, exclusive et opaque », ont été formulées lors des réunions du Comex. Parmi les impairs relevés dans le fonctionnement de la FSF, le volet administratif revient très souvent dans les critiques. Selon le président de la Commission communication, les derniers résultats obtenus par les différentes sélections nationales masquent les anomalies qui subsistent au sein de l’instance dirigeante du football sénégalais.
Au cœur des reproches, un nom revient régulièrement : Abdoulaye Seydou Sow. Le secrétaire général de la FSF est désigné comme le principal responsable de ces blocages. D’ailleurs, dans une résolution qu’il a finalement retirée, le président de la Commission communication, Bacary Cissé, avait demandé le départ de M. Sow. Dans l’émission Infos Matin de la TFM, le président de la Ligue de Ziguinchor de football a soutenu, avec conviction, que le principal responsable de l’échec de la FSF au Mondial est le secrétaire général. « On revient de la Coupe du monde. Il ne faudrait pas trouver un bouc émissaire pour cet échec. On doit situer les responsabilités. Et je pense que le responsable, c’est le secrétaire général, qui était au cœur du système. » Si tel est le cas, alors pourquoi la FSF ne tire-t-elle pas les conséquences de cette faillite en sanctionnant son secrétaire général comme elle l’a fait pour Pape Thiaw ? Le président de la FSF n’ira sans doute pas jusque-là. Le principal concerné doit alors prendre ses responsabilités et démissionner de son poste.
Purger la FSF
Le licenciement de Pape Thiaw était attendu par de nombreux Sénégalais, compte tenu de ses erreurs techniques durant toute la compétition. Mais de nombreux observateurs attendent des mesures plus drastiques. Certains réclament même le départ du président de l’instance dirigeante et de son équipe. C’est dans ce sens qu’abonde l’ancien candidat à la présidence de la FSF, Me Moustapha Kamara. Le président du Coton Club de Tambacounda estime que la Fédération sénégalaise de football porte « la plus grande part de responsabilité » dans l’échec des Lions à la Coupe du monde. « On parle des joueurs, de l’entraîneur, mais le principal responsable, c’est la Fédération », affirme Me Kamara. L’avocat au barreau de Marseille estime que la crise est trop profonde pour se limiter au seul départ de l’entraîneur. Selon lui, il faudrait tout simplement procéder à une purge au sein de la Fédération.
Dans son analyse, le spécialiste du droit du sport considère que le football sénégalais traverse une crise à la fois « sportive » et « de gouvernance ». Il recommande ainsi un renouvellement des dirigeants de la FSF ainsi qu’un changement du mode de gouvernance. « Aujourd’hui, la crise est plus profonde. On devrait changer la Fédération, l’entraîneur et certains joueurs. » Pour réussir ce processus de transformation, qui implique de « se relever et de se réinventer », il faudrait s’inspirer des grandes fédérations. Prenant les exemples du Maroc et de la France, Me Kamara identifie quatre critères indispensables pour produire des résultats probants : une bonne gouvernance, des ressources humaines compétentes dans plusieurs domaines, une culture de la performance et une vision à dix ou quinze ans.
Selon lui, l’actuelle Fédération sénégalaise de football ne coche aucune de ces cases. « On a un vrai problème de leadership dans notre Fédération. Aujourd’hui, même s’il y a eu des élections, on a du mal à savoir qui dirige réellement la Fédération. On constate qu’on n’a pas un président libre de choisir son équipe, mais aussi qu’il existe des clans au sein du Comité exécutif. Aujourd’hui, à la limite, il y a deux présidents dans la Fédération », a-t-il regretté. Pour corriger cette situation, Me Moustapha Kamara suggère également de réformer les textes de la Fédération qui, explique-t-il, ne sont pas compatibles avec le modèle des grandes fédérations, où les élections se déroulent sur la base de listes. « Le président élu, c’est lui qui choisit les personnes avec lesquelles il va travailler. Chez nous, quand tu es élu président, on t’impose tous tes vice-présidents. C’est pareil pour le Comité exécutif, dont tous les membres sont imposés. Aucun n’est choisi par le président, pas plus que les présidents des commissions. »
LOUIS GEORGES DIATTA






