Publié le 19 Sep 2025 - 12:44
Abdou Diouf, la RTS et la mémoire nationale

Encore une occasion manquée

 

Pour célébrer les 90 ans du président Abdou Diouf, la RTS avait entre les mains une matière historique d’une richesse exceptionnelle. Pourtant, le résultat ressemble davantage à un montage hâtif de témoignages sur fonds de photos d’archives qu’à un véritable film documentaire.

Pas une seule image des campagnes électorales de Diouf, aucune séquence de ses prestations de serment en 1981 ou en 1988. Plus grave encore : le choix de ne pas donner la parole aux opposants de l’époque, pourtant encore bien présents – à l’image du professeur Abdoulaye Bathily ou de figures du PDS. Comment prétendre rendre hommage à un homme d’État sans restituer la diversité des voix et la pluralité des regards qui ont accompagné son parcours ?

Les années Diouf ne peuvent être racontées sans évoquer des moments charnières : les tensions électorales de 1988, l’assassinat de Me Babacar Sèye, la démission de Kéba Mbaye, ou encore les relations heurtées avec la Mauritanie. Ces épisodes douloureux mais essentiels font partie de notre mémoire collective. Les ignorer, c’est trahir la complexité de l’histoire.

Un documentaire digne de ce nom aurait permis de dépasser la simple célébration pour livrer un récit équilibré, documenté et utile à la postérité. Mais une fois encore, la RTS s’enferme dans ses travers : récits partiels, absence de profondeur, manque d’ambition. Comme si l’audiovisuel public refusait toute collaboration avec les cinéastes et documentaristes de ce pays.

Il est pourtant évident qu’un documentaire ne s’improvise pas. Il ne s’agit pas d’un reportage enrichi d’images d’archives, mais d’une œuvre de mémoire, nécessitant rigueur, temps, méthode et vision artistique. Un journaliste n’est pas nécessairement un réalisateur.

Le Sénégal regorge de talents formés, compétents et passionnés, capables de porter ces récits avec exigence et force. Pourquoi ne pas s’appuyer sur eux ? Pourquoi continuer à priver les Sénégalais de productions audiovisuelles à la hauteur de leur histoire ?

L’audiovisuel sénégalais doit impérativement faire sa mue. Il doit s’ouvrir, faire confiance à l’expertise nationale et investir dans des productions ambitieuses. Car ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la mémoire d’un ancien président : c’est le rapport que nous entretenons avec notre histoire, notre culture et notre identité collective.

Nous avons déjà perdu assez de temps.

Maky Madiba Sylla cinéaste et acteur culturel

Section: 
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE. Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne
LE CHEMIN DE L’ESPOIR : Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée
TURBO-RÉVOLUTION FINANCIÈRE AU SÉNÉGAL Entre orthodoxie du FMI, défi de la dette et explosion des alternatives endogènes
LE DESTIN DU PRÉSIDENT DIOMAYE : Entre démission et cohabitation forcée
LETTRE OUVERTE : À Son Excellence le Président de la République,
PROPOSITIONS DE RÉFORME-DIVORCE : Mettez juste un trait d’union
Saisine du conseil constitutionnel et dispersion de la classe politique
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin