Publié le 28 Apr 2026 - 08:39
YAKAAR-TERANGA

Les deux raisons du départ de kosmos

(cut loss de 75 milliards et discours du premier ministre)

 

A. UN PROJET OFFSHORE PROFOND EXTRÊMEMENT COÛTEUX

Le gisement Yakaar-Teranga, situé à 100 km des côtes et 3 000 mètres de profondeur, représente un défi technologique majeur. Le développement d'un tel actif nécessite des investissements initiaux dans les massifs se comptant en milliards de dollars pour le fourrage et les infrastructures sous-marines. Dans l'industrie pétrolière, la viabilité d'un tel projet repose sur le partage du risque financier. Or, le bloc n'a pas réussi à mobiliser les capitaux nécessaires auprès de nouveaux partenaires, laissant l'opérateur seul face à un fardeau financier insoutenable. Cette concentration de risques techniques et financiers sur une seule entité dépasse les capacités prudentielles de n'importe quelle majeure indépendante.

B. UN CONFLIT SUR L'ORIENTATION STRATÉGIQUE DU GAZ

Le retrait de BP en novembre 2023 a marqué un tournant décisif. Le désaccord portait sur la destination du gaz : BP privilégiait l'exportation (GNL) pour garantir une rentabilité immédiate sur les marchés mondiaux. À l'opposé, l'État sénégalais a maintenu une ligne ferme sur le "Gas-to-Power" et le "Gas-to-Industry" pour soutenir l'industrialisation nationale. Ce blocage stratégique a poussé BP à ses abandonner 60% de pièces pour se concentrer sur le projet GTA, dont le modèle économique est tourné vers l'exportation. Ce divorce illustre l'incompatibilité entre la quête de dividendes rapides des pétroliers et l'exigence de souveraineté énergétique prônée par le gouvernement.

C. L'IMPOSSIBILITÉ DE KOSMOS DE TROUVER UN TROISIÈME PARTENAIRE

Reprenant les 90% du bloc après le départ de BP, Kosmos Energy s'est retrouvée dans une position d'exposition maximale. De fin 2023 à fin 2025, les tentatives pour attirer un partenaire financier solide ont échoué. En l'absence d'un nouvel investisseur pour partager les coûts, le projet est devenu économiquement non bancable. En mars 2026, Kosmos a officialisé son retrait en rayonnant 144 millions de dollars (environ 75 milliards de FCFA) de ses comptes, préférant agir ses pertes d'exploration plutôt que de s'engager dans un développement sans financement sécurisé. La radiation massive de ces actifs marque l'épilogue d'une quête de partenariat mémorable vaine dans un contexte de resserrement du crédit international.

D. DES CONDITIONS CONTRACTUELLES RENDANT LE PROJET NON BANCABLE

La viabilité financière du projet a été définitivement compromise par l'incertitude contractuelle. En qualifiant le contrat d'« injuste » en mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a ouvert la voie à une renégociation profonde. Pour les investisseurs privés, ce risque politique transforme un projet complexe en un actif non finançable par les banques internationales. Kosmos a donc choisi la stratégie du "cut your loss" (couper ses pertes) pour stopper les dépenses et restituer la licence, entraînant ainsi des pénalités pour non-respect des engagements ou une dégradation de son image d'investisseur. L'absence de visibilité sur le futur cadre fiscal et juridique a fini par annihiler toute perspective de rentabilité pour les bailleurs de fonds.

Dr Seydou Bocoum
Économiste hétérodoxe
Certifié en pétrole et gaz (Exploration, Exploitation et Marché)

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