Publié le 2 Jul 2012 - 10:23
ABSTENTION LÉGISLATIVES 2012

Echec de Benno Bokk Yakkar

 

Il est évident que la forte abstention pour les législatives témoigne de la déception du peuple qui, par-là, exprime sa profonde défiance aux politiques et en l’occurrence la coalition Benno Bokk Yakkar qui a déçu toutes les attentes, tous les espoirs et a révélé sa véritable nature opportuniste. Les Sénégalais ont du mal à comprendre comment des gens qui, ayant des visions différentes, des projets de société différents jusqu’à solliciter chacun de son côté le suffrage des citoyens, peuvent se retrouver tout suite après les élections présidentielles à s’unir autour d’une liste commune sous le sceau du président nouvellement élu. Le bon sens a du mal à comprendre le jeu des politiques et cette subite alliance a jeté plus de troubles dans la population qu’on ne l’imagine.

Autant la logique qui a prévalu au lendemain du 1er tour consistant à créer une coalition pour densifier la lutte contre le pouvoir du PDS et bouter Abdoulaye Wade dehors découlait d’une démarche stratégique, autant nous autres, avons du mal à comprendre que cette logique soit poursuivie au-delà de cet objectif. Les différentes sensibilités qui se sont exprimées lors des élections présidentielles, pour la majorité, n’adhèrent pas au projet de la coalition Macky 2012 et pour preuve, l’addition des scores de l’opposition confère un poids de 40,77% au candidat Macky. Dès lors, il apparait clairement que le vote du 2ème tour était un vote contre Wade et non pour Macky et là, l’objectif qu’on s’assignait tous, était d’alterner l’alternance. Ce fut chose faite.

Alors, le moment n’était-il venu pour chacun de retrouver ses valeurs, sa sensibilité et aller à la rencontre des militants et des sympathisants tout en restant dans une logique de majorité présidentielle une fois l’assemblée installée. Non, nos leaders ont préféré la facilité en surfant sur la victoire de Macky oubliant que celui-ci n’a pas été élu sur la base de son projet, mais par désamour à l’égard de Wade. Nous avons du mal à comprendre comment le P.S., parti historique et acteur majeur de la vie politique qui a toujours participé à toutes les élections qui ont rythmé notre vie politique, se soit dilué dans une liste commune avec des libéraux, des gens avec qui rien et absolument rien, ne leur constitue une valeur commune. Aussi, nous posons-nous les mêmes questions pour l’AFP et des partis de gauche tels la LD et le PIT…etc. Leur choix stratégique relève d’un opportunisme qui nous désole énormément.

 

On aurait aimé les voir sous leurs propres bannières, réveiller l’enthousiasme des militants et ainsi nous donner des gages de leur liberté par rapport au pouvoir en place, approuver les lois quand cela est conforme aux intérêts du peuple et sanctionner dans le cas contraire. Ils nous disent tous que leur liberté ne saurait être aliénée même s’ils sont députés d’une coalition, mais nous avons du mal à imaginer des députés d’un groupe parlementaire de majorité présidentielle déposer une motion de censure contre le gouvernement qu’ils soutiennent sans faire désordre dans l’opinion. Un groupe parlementaire autonome aurait plus de liberté et plus de pertinence.

 

En s’alliant au nouveau président, ils ont empêché à leurs militants et sympathisants d’exprimer leur pluralité, de peser sur les décisions à venir. Aussi, les ont-ils privés d’entrevoir les perspectives des batailles politiques qui se dessinent… En France, les verts gouvernent avec le Parti Socialiste et pour autant, ils sont allés en listes séparées aux élections législatives et demeurent dans la majorité présidentielle avec leur groupe parlementaire.

 

En 1981, bien qu’élaborant un programme commun de gauche, le parti socialiste français et le parti communiste sont allés séparément aux élections législatives et ont constitué des groupes parlementaires différents tout en gouvernant ensemble. Voilà des leçons de l’histoire qui devraient nous servir surtout quand on sait que la vie politique suit souvent un cours irrégulier et que la trahison n’y est qu’une question de date. Nous rappelions à la veille du second tour cette terrible phrase de François René de Chateaubriand disant « qu’il y a des moments où il faut être économe dans le mépris parce qu’il y a tellement de nécessiteux.» Nous osons espérer que l’abstention des sénégalais ne s’inscrit pas dans une forme de mépris.

 

amathguisse@yahoo.fr

 

 

 

 

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