Publié le 4 Jul 2026 - 13:57
ACTE IV DE LA DÉCENTRALISATION

L’APR fixe ses lignes rouges

 

Première réaction officielle du parti de Macky Sall après la présentation des grandes orientations de l'Acte IV de la décentralisation : sans s'opposer frontalement à la réforme voulue par les nouvelles autorités, la Chambre des élus de l'Alliance pour la République appelle à préserver les acquis de l'Acte III et met en garde contre toute remise en cause de l'autonomie des collectivités territoriales. Dans un communiqué, elle réclame également des garanties sur les futurs pôles territoriaux et les moyens financiers qui accompagneront la réforme.

 

L'Alliance pour la République (APR) entre dans le débat sur l'Acte IV de la décentralisation. Au lendemain de la rencontre présidée par le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, consacrée à la présentation des grandes orientations de cette réforme, la Chambre des élus du parti de l'ancien Président Macky Sall a livré sa lecture des annonces gouvernementales. Si elle dit prendre acte de la volonté des nouvelles autorités d'ouvrir une nouvelle étape de la décentralisation, elle pose néanmoins plusieurs conditions qu'elle juge indispensables à la réussite du projet. Le message est clair : pour les responsables de l'APR, la future réforme ne peut être pensée en rupture avec l'Acte III.

Le parti revendique le bilan de cette réforme engagée sous Macky Sall et la présente comme « la plus ambitieuse et la plus structurante de l'histoire du Sénégal ». Il rappelle qu'elle a profondément remodelé l'organisation territoriale du pays à travers la communalisation intégrale, le renforcement de la démocratie locale, la création de la fonction publique locale, la revalorisation du statut des élus territoriaux ainsi que l'augmentation des ressources transférées aux collectivités. En mettant ainsi en avant l'héritage de l'Acte III, l'APR cherche à rappeler que la réforme actuellement annoncée s'inscrit dans un chantier déjà largement engagé et que ses acquis, selon elle, ne sauraient être remis en cause.

Au-delà de la défense de son bilan, la Chambre des élus attire l'attention sur ce qu'elle considère comme un affaiblissement des instruments de développement territorial. Le communiqué évoque le ralentissement, voire la suspension, de plusieurs mécanismes mis en place sous la précédente alternance. Les élus citent notamment le non-financement du Programme d'appui aux communes et agglomérations du Sénégal (Pacasen) pour l'exercice 2024, les difficultés affectant le Fonds d'entretien routier autonome (Fera), ainsi que les retards observés dans plusieurs programmes consacrés à l'emploi et au volontariat. Selon eux, ces situations fragilisent les collectivités territoriales et pénalisent directement les populations, notamment les jeunes. Pour l'APR, toute nouvelle étape de la décentralisation devra donc être accompagnée de ressources financières durables et de garanties institutionnelles permettant aux collectivités d'exercer effectivement les compétences qui leur seront transférées.

Les pôles territoriaux au cœur des interrogations

L'un des principaux points d'attention concerne les futurs pôles territoriaux, présentés par le gouvernement comme l'un des axes majeurs de l'Acte IV. Sans rejeter le principe de cette nouvelle organisation, la Chambre des élus estime que plusieurs zones d'ombre demeurent. Elle demande que soient clairement définis le statut de ces pôles, leurs compétences, leurs ressources, leur mode de gouvernance ainsi que leur articulation avec les collectivités territoriales existantes. À défaut, prévient-elle, cette nouvelle architecture pourrait être source de conflits de compétences ou de leadership au niveau local.

Autre exigence formulée par les élus de l'APR : la méthode. Le parti considère qu'une réforme d'une telle ampleur ne peut être élaborée sans une concertation approfondie avec les maires, présidents de conseils départementaux, associations d'élus, universitaires, partenaires techniques et financiers ainsi que l'ensemble des acteurs impliqués dans la gouvernance territoriale. Pour la Chambre des élus, la qualité du texte final dépendra autant de son contenu que du processus ayant conduit à son élaboration. Profitant de cette prise de position, l'APR remet également sur la table une revendication ancienne : l'adoption d'un véritable statut de l'élu local.

La Chambre estime qu'une telle réforme doit garantir une meilleure reconnaissance des responsabilités exercées par les élus territoriaux, tout en assurant leur protection et en consolidant le principe de libre administration des collectivités consacré par la Constitution. Elle insiste aussi sur le respect d'un principe qu'elle juge fondamental : tout transfert de compétences doit être accompagné du transfert effectif des ressources humaines, financières et matérielles correspondantes.

À travers cette première réaction, l'APR ne ferme pas la porte à la réforme portée par les nouvelles autorités. La Chambre des élus affirme même sa disponibilité à contribuer, « dans un esprit républicain et constructif », à la finalisation de l'Acte IV. Mais cette ouverture s'accompagne d'une mise en garde. Le parti annonce qu'il restera « particulièrement vigilant » quant à la traduction concrète des engagements annoncés et appelle ses élus locaux à rester mobilisés pour défendre ce qu'il considère comme les principes d'une décentralisation efficace et équitable.

En filigrane, cette déclaration marque surtout le début d'un débat politique qui devrait s'intensifier dans les prochains mois autour de l'avenir de l'organisation territoriale du Sénégal. Si le consensus sur la nécessité de poursuivre la décentralisation semble largement partagé, les modalités de sa mise en œuvre apparaissent déjà comme un nouveau terrain de confrontation entre le pouvoir et l'opposition.

Fatou Ba

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