Publié le 27 Feb 2013 - 09:38
AFFAIRE DES BIENS MAL ACQUIS

 A propos de la décision de la Cour de Justice de la Cedeao

Il y comme qui dirait de l'amateurisme dans le déroulement des poursuites et enquêtes dans le cadre de la traque des biens mal acquis. Sinon, il n'y aurait pas eu cette décision de la Cour de Justice de la Cedeao qui en apparence, nous disons en apparence seulement, semble donner raison aux Karim Wade et compagnie. Parce que plus que le fondement de la mesure, c'est la forme ou un processus, qui aurait été sanctionné.

 

Nous indiquions en mai 2012 qu'il fallait mettre à jour la Loi sur la Cour de répression de l'enrichissement illicite. Nous en appelions à une nouvelle loi sur la répression des crimes économiques et financiers qui peut très bien prévoir des mécanismes et des gardes fous qui, sans porter atteinte à la présomption d'innocence ou à la garantie des droits de la défense, permettront de sauvegarder les intérêts de la République en permettant notamment la prise de mesures provisoires de sauvegarde des intérêts de l'Etat en frappant les avoirs des personnes poursuivies dans l'attente de l'issue des procès et en les privant de sortie du territoire.

 

Cela n'a pas été fait. On a préféré simplement doter l'institution datant des années 80 de personnel pour la faire fonctionner sans procéder à un toilettage des textes. Et voilà le résultat : Karim Wade et consorts pensent, après cette décision "levant" l'interdiction de sortie, qu'ils peuvent sortir du territoire et s'enfuir et organiser de manière plus efficace leur défense et peut-être faire disparaître des traces et pièces compromettantes.

 

Cependant, nous pensons que la décision de la cour de Justice de la Cedeao appelle simplement au respect des règles de forme qui doivent présider à une mesure d'interdiction de sortie du territoire . Cette cour qui ne s'est jamais prononcée curieusement (saisie ou non) sur les nombreuses violations des droits de l'homme sous le régime de Wade ne peut pas empêcher la justice sénégalaise (malgré les erreurs manifestes d'appréciation, de comportement et de procédures que l'on peut mettre sur le dos des autorités judiciaires) de mettre en œuvre les instruments appropriés pour rechercher, poursuivre et juger effectivement les criminels économiques. Parmi ceux là figure l'interdiction de sortie du territoire qui est une mesure provisoire de sauvegarde des intérêts de la justice et partant de la Nation spoliée dans ses biens.

 

«En finir avec les enquêtes préliminaires interminables»

 

Nous pensons donc que les autorités judiciaires doivent pouvoir continuer à interdire de sortie du territoire mais en passant véritablement à la vitesse supérieure et en en finissant avec les enquêtes préliminaires interminables, les personnes soupçonnées d'avoir détourné les deniers publics sans que cela constitue une atteinte à la présomption d'innocence que les mêmes personnes se sont d'ailleurs bien gardées de respecter lorsqu'elles étaient aux affaires.

 

Les mêmes personnes ne s'arrêteront pas de saisir la Cour de la Cedeao pour prétexter de la violation d'autres droits fondamentaux tels que la présomption d'innocence et faire du dilatoire. Parce qu'une lecture littérale de la loi peut laisser penser qu'elle viole certains droits fondamentaux de l'homme. C'est pourquoi nous pensons qu'il est toujours temps de mettre à jour la loi portant répression de l'enrichissement illicite pour éviter de vicier les procédures et les futurs procès qui ne manqueront pas de s'ouvrir. Une simple modification rédactionnelle proposée par amendement en marge de l'examen d'une loi prochaine pourrait faire l'affaire. Il vaut mieux tard que jamais...

 

Ibrahima Ndiaye

Mouvement pour le Socialisme et la République

 

 

Section: 
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS
L’ÉCONOMIE DES SOINS : Une condition d’autonomisation économique des femmes et de prospérité partagée au Sénégal
SÉNÉGAL–FMI Entre souveraineté proclamée et dépendance réelle
SONKO–DIOMAYE : Pourquoi la coopération vaut mieux que la rivalité
UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT INDÉFENDABLE Pourquoi le Tribunal Arbitral du Sport annulera le forfait infligé au Sénégal
Qui dirige le Sénégal ?
NOS RESSOURCES NE DOIVENT PLUS ENRICHIR LES AUTRES. “L’Afrique doit servir d’abord les Africains”
DIOMAYE–SONKO ET LA TECTONIQUE DU POUVOIR : Quand les fissures du sommet traversent l’État
LA PAGE DE “L’AFFAIRE SOFTCARE” TOURNÉE : Les consommatrices soulagées
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions