Publié le 9 Feb 2018 - 21:41
CREATION ARTISTIQUE ET MARCHE DE L’ART

Entre la poche et le cœur

 

La deuxième session du cycle de conférences initié par la Galerie nationale d’art et la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’art (Aica) s’est tenue hier à la maison de la culture Douta Seck. Une occasion pour le critique d’art Sylvain Sankalé de tenter de définir les limites entre la création artistique et les exigences du marché.

 

Faut-il créer pour plaire au public et pouvoir vendre ou faut-il le faire suivant ses convictions, sa sensibilité ? En voilà une question que se posent beaucoup d’artistes, qu’ils fussent comédiens, musiciens, danseurs, peintres, etc. ‘’L’artiste est un prestataire de services qui vit de ses clients. Il faut, des fois, s’accommoder des exigences de la clientèle’’, développe le critique d’art, par ailleurs docteur en droit et avocat Sylvain Sankalé. C’était au cours de la 2e session de conférence initiée par la Galerie nationale d’art et la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’art (Aica).

La maison de la culture Douta Seck recevait la manifestation. Ainsi présentée par M. Sankalé, la réponse paraît simple, la solution accessible. ‘’Un artiste a besoin de se nourrir’’, ajoute-t-il d’ailleurs pour étayer ses propos. Seulement, ce qui paraît au début si simple ainsi présenté, est plus que complexe. Jusqu’où doit aller le compromis entre la création et le marketing ? Pas facile d’y répondre. D’ailleurs, après son exposé, le panéliste du jour a reconnu qu’il n’a toujours pas une réponse. La question est complexe et l’est davantage, quand l’artiste commence à être célèbre. Divers pièges s’imposent à lui. Le premier est la répétition.

En effet, certains artistes quittent l’anonymat pour rentrer dans la notoriété grâce à une œuvre ou à un type d’œuvre, à une collection. S’ils n’y prennent garde, ils risquent de rester dans ce genre, dans ce qui leur a permis d’avoir du succès. Ils se complaisent dans ces artifices dont les étincelles ne dureront pas. ‘’Ces artistes sont d’ailleurs incapables de faire une rétrospective, parce que cela mettrait à nu leur incapacité à créer’’, analyse-t-il. Pis, ‘’à un moment, ils ne produisent plus, à force d’avoir fait la même chose pendant 25 ans’’, assure Sylvain Sankalé. C’est pour cela d’ailleurs, prévenant, qu’il conseille aux jeunes qui viennent de connaître la notoriété et la reconnaissance d’éviter de se complaire dans ce qui leur a permis d’avoir du succès. ‘’Si vous trouvez dans quelque chose du succès, sortez-en de suite, sinon vous n’en ressortiez jamais’’, leur conseille-t-il de manière formelle.

L’autre leurre dans lequel ne devrait pas tomber l’artiste, est de se laisser guider par la tendance. Ceux que Sylvain Sankalé appellent ‘’les artistes à la mode’’. Ils suivent souvent le vent de l’actualité, au risque d’y perdre leur âme. Cela peut sembler contradictoire, eu égard à sa première remarque qui voudrait que l’artiste exploite de nouvelles pistes, de nouveaux procédés. Seulement, cela, il ne devrait pas le faire au point de s’égarer. ‘’Chaque artiste sait dans quel domaine il a des capacités et doit suivre sa sensibilité’’, suggère-t-il. Donc, il est possible de faire des installations parce que c’est à la mode, ou des vidéos, mais ne pas oublier que son talent est dans la peinture ou la sculpture par exemple, et vice versa.

Enfin, le troisième piège serait la politique, c’est-à-dire être un artiste qui crée au bon vouloir des gouvernants. ‘’Cela peut tromper les politiques, mais pas les hommes de l’art’’, prévient-il. Ainsi, comme en politique, Sylvain Sankalé avance qu’il y a des artistes transhumants qui deviennent libéral, républicain, socialiste, etc., au gré des élections. Tout dépend de qui est au pouvoir. Et lui considère qu’un ‘’artiste qui fait de la politique dans son art n’est pas un artiste’’. Il ne met pas dans le lot ceux qui sont engagés et ont des convictions fortes.

L’essentiel, donc, c’est ‘’d’être authentique’’. Par conséquent, ‘’il devra être conscient de ce qu’il dit et ne pas traiter d’un sujet parce que tout le monde en parle. S’il a des choses à dire et la maitrise artistique pour ça, cela doit lui servir. Il faut qu’il se méfie des prisons dans lesquelles il se met lui-même, qu’il évite de vouloir plaire aux uns et aux autres’’, raisonne-t-il. D’ailleurs, il pense que ‘’l’art sur commande est forcément du mauvais art. Je n’ai jamais vu une œuvre sur commande qui n’est jamais périssable’’.

En outre, au-delà de tous ces écueils, il y a les exigences du marché intérieur et celles du marché extérieur. D’aucuns ont fait le choix de se tourner exclusivement vers celles extérieures, la mentalité étrangère. Ils ont gagné le respect et la reconnaissance du monde de l’art de ces pays-là, mais ont peu d’influence chez eux, en Afrique de manière générale. C’est la rançon de la ‘’richesse’’, puisque le marché extérieur est supérieur à celui intérieur. 

BIGUE BOB

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