Publié le 4 Jan 2013 - 09:45
DISCOURS DE NOUVEL AN

 Réponse au message du Président de la République

 

 

Monsieur le Président, en cette nouvelle année 2013, c’est avec  toute la solennité qui a marqué votre adresse à la nation que nous vous présentons nos vœux de santé, de réussite et de courage  dont vous avez tant besoin pour engager la rupture attendue  par les sénégalais, 8 mois après votre élection comme 4ème président du Sénégal. 

 

Après Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade,  vous voilà au pied du mur, face à la redoutable responsabilité de devoir traduire en actes vos promesses. Vous voilà au pied du mur face au chômage des jeunes, face à un système éducatif en crise perpétuelle, face à un système de sante malade, face à un système de justice en  doute, face à un environnement des affaires morose.

 

Monsieur le Président, alors que le budget de votre programme politique vient d’être voté par l’assemblée nationale, vous avez dans votre adresse du 31 janvier, posé les jalons que vous estimez être les mesures clés vers sa mise en œuvre. En ce qui nous concerne, notre devoir est de mettre en exergue ce qui nous semble être un chemin d’illusions pavé de  bonnes intentions. En effet,  Monsieur le Président, personne ne peut contester votre bonne foi ni même votre intérêt propre à réussir votre programme. Les sénégalais reconnaissent en vous un homme sobre mais sincère, distant mais juste. Et c’est pourquoi, nous savons que si vous vous inscrivez dans l’erreur, c’est bien  en toute sincérité. Nous sommes tous gardiens  les uns des autres, alors il nous semble naturel de vous rappeler à l’ordre lorsque cela  relève de l’utilité et du bien-être commun. Président de la République ne fait pas de vous un homme savant de toutes choses, ni un visionnaire capable de voir plus loin que tous les citoyens, ni l’homme exceptionnel pour engager les ruptures nécessaires. Mais, pour réussir, vous devez devenir un peu de tout cela. Et c’est pourquoi nous vous disons bonne chance.

 

Monsieur le Président,  les jeunes du Sénégal  attendent beaucoup de vous. Ils sont 200 000 à arriver sur le marché de l’emploi chaque année. Pour toute mesure de réponse, vous avez maintenu les mêmes instruments inefficaces que constituent le FNPJ, l’ANEJ et l’OFEJBAN (que vous avez transformé en ANEJ pour étendre son action dans toutes les régions du Sénégal). Pendant 12 ans, ces instruments, n’ont pas su faire face au problème des jeunes.  Dans votre  budget de 2013, vous allouez seulement allouez 25 millions à l’ANEJ, 359 millions à l’AJEB soit 25 millions par région et rien de nouveau au FNPJ. Il faut penser que ces montants négligeables s’expliquent par le choix  du FONGIP ou même du FONSIS comme source de financement des jeunes. Mais là aussi, c’est une surprise de constater que le FONGIP ne dispose que de 5 milliards destinés aux femmes, à l’équipement rural, aux PME et aux jeunes. Ce n’est donc pas un instrument dédié aux jeunes.  Au demeurant, financer 30 000 projets de jeunes par an comme vous l’avez déclaré, soit plus de 100 projets par jour pendant 4 ans est tout simplement  hors de votre portée. A cela s’ajoute le manque de stratégie tout court en matière d’emploi des jeunes.

 

Monsieur le Président, ce qui est aussi hors de votre portée de souverain, c’est l’ambition du FONSIS. Taxer le secteur privé pour l’alimenter n’est pas opportun au moment où ce même secteur privé a vu son taux d’imposition hausser et que vous attendez qu’il investisse encore plus pour la création d’emplois. Demander aux partenaires extérieurs de  constituer ce fonds, c’est certainement lui enlever son caractère souverain, puisque ces financements seront naturellement conditionnés et porteurs d’intérêts qui vont alourdir nos charges publiques. Car, comme vous le savez Monsieur le Président, l’intérêt annuel sur la dette, rien que pour cette année c’est 175 milliards avec un service total de la dette de 440 milliards. Vous nous proposez de  nous endetter encore plus pour une stratégie d’investissement qui n’est pas encore définie, puisque tel est l’objectif  du FONSIS. A cet égard, il est aussi bon de rappeler que l’Etat du Sénégal a toujours été un mauvais investisseur des ressources publiques. C’est vrai pour le secteur de l’Education dont les chercheurs de ce pays ont déjà établi qu’il n’est pas rentable malgré les milliards dépensés. C’est aussi vrai pour le système de santé.

 

Monsieur le Président, il vous échoit d’avoir une stratégie d’abord avant de préconiser la mise en place d’un tel fonds. Le financement de l’économie dans des pays comme les nôtres requiert des stratégies novatrices et non uniquement la main tendue à nos partenaires extérieurs, encore moins du mimétisme venant de pays à ressources excédentaires.

 

Monsieur le Président, c’est aussi la main tendue que vous proposez aux sénégalais les plus pauvres. Votre programme de bourses familiales de 100 000 francs Cfa par an et famille, c’est 8000 francs par semaine, ou tout simplement 300 francs par jour. C’est encore vers ces pauvres que va votre programme CAPSU  dont l’appellation d’assurance universelle fait sourire plus d’un. Elle n’a rien d’universel. Elle n’est même pas générale. Elle est tout simplement un plan sésame ciblé sur les pauvres. Mais tous s’accordent que ce programme  n’ira pas loin. Ses objectifs restent en tout cas loin de l’objectif d’une assurance universelle. Alors pourquoi ce terme qui ne porte qu’une illusion. L’Etat doit rester une chose sérieuse. Convaincus que l’emploi et la protection sociale sont des piliers essentiels à la cohésion sociale, nous refusons cependant  que les citoyens soient leurrés dans la capacité du gouvernement de répondre à ces problèmes par des instruments sans fondement durable et efficace.  Les promesses électorales, c’est une chose, la réalité c’est autre chose. Vous devez rectifier cette maladresse.

 

A suivre....

 

Amadou Guèye

Nouvelle République

 

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