Publié le 7 Jul 2026 - 18:23
DIX-HUIT ANS APRÈS SON ÉRECTION EN DÉPARTEMENT

Guinguinéo attend toujours ses infrastructures de base

 

Érigé en département en 2008, Guinguinéo peine encore à bénéficier des infrastructures administratives et judiciaires censées accompagner son nouveau statut. Commissariat de police, tribunal, bâtiments administratifs, trésor public ou encore stade municipal : les populations dénoncent un retard de développement qui freine l'essor économique et social de la localité.

 

Dix-huit ans après son accession au rang de département, Guinguinéo peine toujours à faire décoller son développement. Les populations dénoncent un déficit criant d'infrastructures administratives, judiciaires, sécuritaires et sportives, qu'elles considèrent comme un frein majeur à l'essor de cette collectivité qui polarise une dizaine de communes. Réunies au sein du Collectif pour la défense des intérêts de Guinguinéo, elles estiment que les mesures d'accompagnement promises lors de l'érection du département, en 2008, ne se sont jamais concrétisées. « Guinguinéo n'existe comme département que de nom », regrette Cheikh Tidiane Diop, secrétaire général du collectif.

Selon lui, la plupart des services déconcentrés de l'État fonctionnent toujours dans des bâtiments loués à des particuliers. Même la préfecture, pourtant principale représentation de l'État dans le département, est installée dans un bâtiment conventionné. Pour le collectif, cette situation illustre le manque d'investissements publics dans une localité qui attend toujours la construction d'une véritable cité administrative, sur le modèle de celle réalisée à Kaffrine.

Le déficit d'infrastructures ne se limite pas aux services administratifs. Les populations déplorent également l'absence d'un commissariat de police, alors que le département ne dispose que d'une brigade de gendarmerie dont les effectifs sont jugés insuffisants pour couvrir un territoire aussi vaste. Pour lever les obstacles liés au foncier, souvent évoqués par les autorités, les habitants affirment avoir trouvé une solution. Le propriétaire d'une maison inoccupée se serait engagé à mettre gratuitement son bâtiment à la disposition de l'État afin d'y installer un commissariat. « Ce sera une location sous forme de prêt », précisent les responsables du collectif. Malgré cette proposition, aucune suite favorable n'aurait été donnée par les pouvoirs publics. Même constat concernant la justice.

Guinguinéo ne dispose toujours pas de tribunal départemental. Les habitants sont ainsi contraints de se rendre à Kaolack pour accomplir la moindre formalité judiciaire. Le collectif rappelle que l'ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye avait proposé de mettre l'une de ses villas à la disposition de l'État pour accueillir un tribunal, mais cette offre serait, elle aussi, restée sans réponse. Les doléances concernent également les services financiers. Le département ne dispose toujours pas de perception. Pour percevoir une pension ou effectuer certaines démarches administratives, les populations doivent se rendre à Gossas, chef-lieu de département avant le redécoupage administratif. Selon les habitants, cette situation pénalise particulièrement les personnes âgées et les veuves, contraintes d'effectuer de longs déplacements pour accéder à des services essentiels.

Le collectif affirme avoir nourri beaucoup d'espoirs avec le Programme de modernisation des villes (Promovilles). Plusieurs projets avaient été annoncés pour Guinguinéo, mais aucun n'aurait finalement vu le jour. « Toutes les questions procédurales avaient pourtant été réglées », soutient Cheikh Tidiane Diop, qui estime que le programme est aujourd'hui à l'arrêt. La seule réalisation majeure demeure, selon lui, la route reliant Kahone à Gniby via Guinguinéo, construite sous le régime de Macky Sall.

Une infrastructure qui a permis de réduire l'enclavement de la localité. Au-delà des infrastructures administratives, les populations plaident également pour la reprise du trafic ferroviaire. Elles rappellent que Guinguinéo a longtemps été un important carrefour du chemin de fer et que l'arrêt de cette activité a fortement contribué à la montée du chômage. Pour les habitants, la relance du transport ferroviaire favoriserait la circulation des personnes et des marchandises tout en redynamisant l'économie locale.

Les membres du collectif disent ne pas comprendre ce qu'ils qualifient d'immobilisme des autorités. Ils assurent que la municipalité est disposée à mettre gratuitement à la disposition de l'État les terrains nécessaires à la construction d'un commissariat de police et d'un tribunal départemental. « Le ciblage des terrains est déjà fait », affirment-ils. Pour les populations, les difficultés foncières longtemps avancées ne constituent donc plus un obstacle. Elles dénoncent désormais un manque de volonté politique et appellent l'État à doter enfin Guinguinéo des infrastructures correspondant à son statut de département.

Fatou Ba

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