Publié le 21 Aug 2026 - 20:33
DR MAVELOUT DIENG - SEMAINE DE L’AMICALE SÉNÉGAL-MAURITANIE

« Dieu nous a condamnés à vivre ensemble en nous donnant du pétrole… »

 

À quelques mois de la première édition de la Semaine de l’Amicale Sénégal-Mauritanie, prévue du 13 au 20 novembre à Nouakchott, le Dr Mavelout Dieng, président de l’Union des Maures du Sénégal et de l’Amicale Sénégal-Mauritanie, revient sur les ambitions de cette initiative. Créée pour renforcer les liens entre les deux peuples, l’Amicale entend s’appuyer sur l’histoire, la culture et les relations humaines qui les unissent pour promouvoir une « diplomatie citoyenne ». Culture, religion, jeunesse, économie, pêche, entrepreneuriat : autant de secteurs qui seront au cœur de cette première édition.

 

Quelle est l’ambition principale de cette Semaine de l’Amicale Sénégal-Mauritanie à Nouakchott ?

C’est de regrouper les peuples sénégalais et mauritanien, parce qu'ils sont unis par l'histoire, la géographie, l'économie, la culture, même le pétrole, la religion. Si les diplomates font ce qu'ils font, nous aussi, on veut jouer notre partition en faisant ce qu'on appelle la diplomatie citoyenne. C'est la raison pour laquelle nous voulons organiser la première édition de la Semaine de l'Amicale Sénégal-Mauritanie, qui aura beaucoup d'activités durant une semaine, sportives, culturelles, économiques, des échanges B2B et beaucoup d'autres activités sont prévues durant cette semaine-là.

L'objectif, c'est vraiment de refermer les bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie. Et vous savez, sans doute, la première sortie du Président Bassirou Diomaye Diakher Faye fut la Mauritanie. Et ça, c'était symbolique, parce qu'il faisait la promotion de la diplomatie, de la proximité. Donc, la Mauritanie est assez importante, vraiment, aux yeux des autorités sénégalaises et du Sénégal, à plusieurs égards.

Pourquoi avoir choisi le thème « Jeunesse, Paix et Développement » pour cette première édition ?

Vous savez, on ne peut pas prospérer sans la paix. Et qui dit le futur et le présent dit également la jeunesse. Et il faut miser sur la jeunesse, il faut compter sur sa jeunesse. Il faut les conscientiser, il faut les éduquer, il faut les mettre au parfum des bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie. Et s'ils sont assez conscientisés, c'est eux-mêmes qui vont prendre le taureau par les cornes et faire le développement eux-mêmes. La paix, c'est fondamental dans le monde. Vous savez, la morosité économique qu'on est en train de vivre présentement, c'est parce qu'il y a une guerre là-bas entre l'Iran et les États-Unis.

Et ça nous bloque, l'inflation, le pétrole, tout ça. Oui, donc, on ne peut pas prospérer sans la paix. Et l'histoire entre le Sénégal et la Mauritanie, il y a eu vraiment une zone d'ombre qui s'est passée quelque part en 89. Et heureusement que, depuis lors, les autorités, les populations ont dit : plus jamais ça. Nous voulons effectivement concrétiser à travers cette semaine, pour choisir en tout cas un des sous-thèmes, la paix. Donc, le développement, s'il n'y a pas de paix, il ne peut pas y avoir de développement. Et le soubassement même du développement, c'est à travers la jeunesse. Donc, c'est une critique qui est assez importante pour pouvoir poser les jalons. Peut-être, les prochaines éditions, vous verrez, l'ossature va prendre forme pour vraiment poser les jalons de l'Amicale Sénégal-Mauritanie.

En quoi cette initiative peut-elle renforcer les liens historiques, culturels et humains entre les deux peuples ?

Vous savez, le format de la rencontre d'une semaine, il y aura des aspects culturels. On va choisir un quartier général où vont se dérouler toutes les activités. Le matin, ce sont des panels sur des thèmes bien déterminés, comme l'islam comme facteur d'intégration entre le Sénégal et la Mauritanie. Et je rappelle que nous, avant d'initier cette activité, nous avons fait le tour de toutes les familles religieuses au Sénégal. Ils nous ont tous reçus et ont prié pour les bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie. Et vous savez, l'islam est fondamental entre les deux pays. Le Sénégal a 95 % de musulmans et l'islam est rentré au Sénégal à partir de la Mauritanie.

Et toutes nos grandes figures islamiques ont déjà vécu en Mauritanie. Ils ont des relations tellement proches avec la Mauritanie que deux khalifes généraux ont tous prié vraiment pour cette semaine de l'Amicale Sénégal-Mauritanie. Ça, c'est un aspect. Il y a également la culture, la présence des Maures. Vous savez, dans l'esprit de beaucoup de Sénégalais, quand on dit Maures, ils pensent tous à la Mauritanie. Mais le peuplement du Sénégal s'est fait avec la Mauritanie. Vous savez, avec l'islamisation, bien avant, il y avait les échanges commerciaux. Tout ce dont le Sénégal avait besoin à l'époque, ça passait à dos de chameau, à dos de cheval ou à dos d'âne.

Ça a été transporté par des hommes. Ça venait du nord du Sénégal à travers le commerce transsaharien. À l'époque, il n'y avait pas de notion de nationalité sénégalaise ou mauritanienne. C'est ça qui a fait que le peuplement du Sénégal s'est fait à partir de la Mauritanie, du nord particulièrement. Actuellement, le Maure sénégalais est celui qui a été suffisamment wolofisé et fondu dans l'homo senegalensis pour ne plus vraiment avoir ses racines. Nous, peut-être, nous sommes le bastion résistant au niveau du Sénégal pour conserver, ne serait-ce que le peu de culture qui reste de la communauté maure au niveau du Sénégal.

Mais tous les noms que vous voyez au Sénégal, que ce soit Dieng, Diakoumpo, Fall, Amar, Diagne, etc., tous ces noms-là sont d'origine maure. Donc, les historiens vont parler de ça, des bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie sur le plan économique, sur le plan culturel. Il y aura vraiment une randonnée pédestre pour vulgariser effectivement cette paix, ce développement et la présence des jeunes, aussi bien sénégalais, pour une randonnée pédestre qui va regrouper autour de 10 000 personnes.

Donc, il y a pas mal d'activités, vraiment, qui, au lendemain, nous pensons effectivement que ça va renforcer davantage les bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie et que les populations sénégalaises et mauritaniennes vont aussi prendre leurs destins en main et travailler ensemble pour le développement.

Quel rôle la culture et les artistes des deux pays joueront-ils durant cette semaine ?

Durant une semaine, les matins, ce sont des panels sur des thèmes, comme entre autres, l'islam comme facteur d'intégration entre le Sénégal et la Mauritanie. Ou bien, l'économie. Il y aura un thème également sur l'immigration clandestine, parce que beaucoup de jeunes Africains pensent que la Mauritanie, c'est la porte de l'Europe. Et souvent, ils viennent là-bas, ils s'embourbent, certains attaquent le désert ou finissent dans le ventre de l'Atlantique. Mais les après-midi, on va installer un grand podium, son et lumière, parce qu'on part avec le symbole même de la culture sénégalaise, le Sorano chez vous, l'Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano, qui vont partir avec nous.

On va partir avec d'autres artistes sénégalais qui vont communier avec d'autres artistes mauritaniens pour que chaque après-midi, à partir de 18 h jusqu'à 23 h, ce soient des concerts gratuits, pour les Mauritaniens et les Sénégalais. Ce sera une bonne animation. Cette ambiance, ce brassage culturel qu'on veut faire vivre, et il s'y ajoute également une journée culturelle et sportive qu'on fera à la plage de Nouakchott, où il y aura des séances de courses de pirogues entre les différentes écuries sénégalaises et mauritaniennes. Vous savez, nos pêcheurs sénégalais, ils sont très nombreux là-bas à Nouakchott.

Les pêcheurs de Nouadhibou vont consulter des équipes pour cette séance de courses de pirogues. Et ce sera également l'après-midi, un grand concert animé par Baaba Maal, qu'on est en train de démarcher.

Quels sont les principaux objectifs de la foire des affaires et de l’entrepreneuriat ?

Vous savez, durant cette semaine, l'aspect économique est fondamental, parce qu'on a constaté qu'il y a une vraie augmentation du volume d'échanges entre le Sénégal et la Mauritanie. Et ce sera l'occasion, à l'issue du premier conseil d'affaires sénégalo-mauritanien qu'on avait installé en 2004 ici à l'Hôtel Azalaï, ce sera l'occasion pour les entrepreneurs sénégalais d'échanger avec leurs homologues mauritaniens.

Ce sera l'occasion également pour le patronat sénégalais et mauritanien d'échanger. Ce sera l'occasion également pour les deux chambres de commerce. Et pour les particuliers qui aimeraient investir aussi bien au Sénégal qu'en Mauritanie, on leur offre un plateau spécifique pour échanger, pour voir les possibilités, pour nouer des affaires et prospérer en quelque sorte. Donc, on est en train de travailler avec beaucoup d'entreprises sénégalaises et mauritaniennes à travers le Conseil d'affaires sénégalo-mauritanien qui est en train de les gérer.

Et je rappelle également qu'il y a des ressortissants sénégalais à travers deux grandes fédérations. Ils sont membres du comité de pilotage, du comité d'organisation de la Semaine de l'Amicale Sénégal-Mauritanie. Ce sont des Sénégalais qui sont établis en Mauritanie. Ce sera l'occasion pour les structures d'encadrement du Sénégal de les aider un tout petit peu à améliorer leur activité ou, pourquoi pas, préparer le retour au Sénégal, surtout sur le plan de l'habitat, sur le plan de l'entrepreneuriat. Il y a toutes ces choses-là qui vont se discuter durant cette semaine.

Quelles opportunités économiques cette rencontre peut-elle créer dans des secteurs comme la pêche, l’agriculture, le commerce et le gaz ?

Il y a beaucoup d'opportunités. Comme vous le savez déjà, Dieu nous a condamnés à vivre ensemble en nous donnant du pétrole au niveau de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie. Ça aurait été découvert dans d'autres frontières, les fusils et disputes et autres, mais nos gouvernements ont fait preuve de diplomatie et de compréhension pour exploiter ensemble, et tout bénéfique pour les peuples sénégalais et mauritaniens.

Et nous, notre façade maritime était très poissonneuse. Qu'est-ce qui s'est passé pour que vraiment le poisson ait fui un tout petit peu les côtes sénégalaises pour se réfugier au niveau des côtes mauritaniennes ? Et forcément, nos pêcheurs également vont à la recherche de cette abondance. C'est pourquoi on voit beaucoup de pêcheurs sénégalais qui vont en Mauritanie pour mener leur activité. Et ça a vraiment permis aux autorités mauritaniennes de nous donner des licences de pêche. Chaque année, ce sont des centaines, voire des milliers de licences de pêche qu'on délivre à nos pêcheurs pour leur permettre de pêcher dans les eaux maritimes mauritaniennes.

Parce qu'eux, en réalité, ils sont très regardants par rapport à la gestion des ressources halieutiques. Chaque année, il y a pratiquement deux mois où l'on ferme la mer pour ne plus autoriser, pour permettre effectivement aux poissons de régénérer, de se reproduire, et pour conserver les ressources halieutiques. Ce qui a fait que, de leur côté, avec les changements climatiques, ils ont une côte très poissonneuse. Il y a cet aspect. Il y a également l'élevage, par exemple.

Vous savez, les grandes fêtes que nous avons ici, que ce soit la Tabaski, que ce soit le Magal de Touba, l'essentiel de ce que nous égorgeons, de nos besoins, ça vient de la Mauritanie. Donc ça, c'est des liens qu'il faut encore davantage renforcer. Il y a également la vallée du fleuve Sénégal. Nous partageons le fleuve Sénégal. On est ensemble dans le cadre de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. On est dans d'autres cadres bilatéraux qui nous permettent effectivement d'échanger, d'exploiter ensemble les recherches, les richesses et les ressources. Ce sera l'occasion, en tout cas, de faire la revue avec nos partenaires de toutes ces coopérations entre les deux pays.

Quelle place sera accordée à la jeunesse dans les échanges et les activités de la semaine ?

La jeunesse est fondamentale. On leur permet de participer à toutes les activités.

Ils s'inscrivent, ils auront leur badge, ils auront accès vraiment aux panels qui vont être développés. Ce sera l'occasion pour un jeune averti de venir s'enquérir des bonnes relations entre le Sénégal et la Mauritanie. Ce sera également l'occasion pour les jeunes porteurs de projets de venir présenter leurs projets avec des partenaires qu'on mettra à leur disposition pour les encadrer, pour fructifier leurs affaires. Ce sera également pour les jeunes artistes sénégalais et mauritaniens de communier ensemble et de produire, de se produire ensemble. En tout cas, durant cette semaine, on va rallier l'utile à l'agréable.

La marche pour la paix prévoit de réunir des milliers de participants : quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette mobilisation ?

Ce sera l'occasion de communier, les peuples sénégalais et mauritanien, aussi nos partenaires, pour que les choses, l'histoire, les événements de 89 ou bien les frontières, que l'on puisse vraiment éveiller les autorités pour que la fluidité, le passage des hommes et des marchandises puisse se faire convenablement. Ce sera l'occasion en tout cas de faire un peu de sport. Le départ, c'est devant l'ambassade du Sénégal pour venir effectivement au niveau du quartier général qu'on appelle le stade olympique.

C'est là-bas où on va finir la marche. Mais on va l'encadrer parce qu'on ne le voit pas aussi. On prendra toutes les dispositions nécessaires, ce sera avec les autorités mauritaniennes qui vont nous accompagner. On va prendre les dispositions pour qu'on ait des encadrements au niveau de la police, de la sécurité, du point de vue médical également. Il y aura des ambulances médicalisées qui vont suivre la caravane, les sapeurs-pompiers, la Croix-Rouge, les partenaires au développement aussi bien régional, sous-régional et international. Ils seront tous invités vraiment pour la bonne marche.

Comment trouvez-vous les moyens pour organiser cette semaine ?

Si je l'avais, j'allais l'injecter moi personnellement. Mais dans ce genre d'organisation, on tend la main d'abord aux États parce que ce que nous faisons, c'est la continuité des actions de l'État. Heureusement que nous, on ne pouvait pas entamer cette semaine sans pour autant avoir l'appui institutionnel des deux États aussi bien sénégalais que mauritaniens.

Nous avons reçu des correspondances des autorités du Sénégal et de la Mauritanie pour nous accompagner. Nous accompagner, c'est de l'ordre institutionnel. Mais vous savez, les États, c'est un peu difficile de sortir de l'argent comme ça. Mais on a ciblé des partenaires. Je vais citer le PRDC, par exemple, on compte sur eux, la Société Mauritanienne des Hydrocarbures, la Sonatel. Nous faisons également appel à tout partenaire pouvant nous accompagner.

Avez-vous rencontré les autorités sénégalaises et mauritaniennes ?

Effectivement, nous avons rencontré les autorités sénégalaises et on a reçu également leurs correspondances. Le Premier ministre nous a envoyé une correspondance d'encouragement et de félicitations. Il a aussi instruit son ministre des Affaires étrangères, qui nous a envoyé également une correspondance d'encouragement.

Il a aussi instruit son ambassadeur du Sénégal à Nouakchott, qui est le point focal, parce que l'activité va se dérouler à Nouakchott. C'est évident que l'ambassadeur du Sénégal puisse être le point focal du gouvernement sénégalais concernant l'activité. Nous, quand on vient là-bas en Mauritanie, la première chose, c'est qu'on rencontre l'ambassadeur, on discute avec lui et il nous oriente.

On a rencontré également les autorités mauritaniennes à travers le président de l'Assemblée nationale, le ministre de la Défense et surtout le ministre des Affaires étrangères de la Mauritanie, qui nous a reçus. Le Premier ministre de la Mauritanie nous a également envoyé une correspondance pour nous dire que le point focal du gouvernement mauritanien reste le ministre des Affaires étrangères. Une commission interministérielle mauritanienne est en train de travailler avec le comité d'organisation de la semaine et l'ambassadeur du Sénégal pour former une commission, un comité de pilotage de l'organisation va nous accompagner du 13 novembre au 20 novembre à Nouakchott.

Si vous deviez résumer en une phrase l’esprit de cette Semaine Sénégal-Mauritanie, que diriez-vous ?

Je dirais la diplomatie citoyenne, parce que ce que les autorités font, ils le font à leur niveau, ils le font bien. Nous, en tant que représentants du peuple sénégalais et mauritanien, nous voulons vraiment créer un cadre pour s'exprimer, pour valoriser la diplomatie citoyenne. Tout ce qu'ils font, ils le font pour nous, donc nous aussi, nous devons également jouer notre partition. Et je ne pouvais pas finir sans pour autant remercier tous les partenaires et personnalités qui ont cru au projet.

FATOU BA

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