Publié le 14 Jul 2025 - 13:52

La diplomatie : l'efficacité par l'imprévu ?

 

Face à l'enlisement des processus diplomatiques traditionnels, la question mérite d'être posée : et si l'efficacité ne passait pas par la conformité aux conventions, mais par la transgression réfléchie des codes établis ? Cette hypothèse, que certains jugeront provocatrice, trouve une résonance singulière dans le style de Donald Trump. Au-delà des polémiques, des clivages partisans et du tumulte médiatique, son approche « transactionnelle » (brutale pour les uns, pragmatique pour les autres) offre en effet un terrain de réflexion sur les ressorts possibles d'une diplomatie du choc constructif.

Durant son mandat, Trump a surpris l’ordre international par des gestes inhabituels :

- une rencontre directe avec Kim Jong-un, sans condition préalable, alors que plusieurs décennies de diplomatie prudente avaient échoué ;
- les Accords d'Abraham entre Israël et plusieurs États arabes, négociés dans une logique de contrepartie économique.
- un repositionnement abrupt face à l’OTAN et à la Chine, révélateur d’un rapport de force assumé.

Ces exemples, inégaux dans leurs résultats, illustrent une constante : le choix de l'imprévu comme levier diplomatique. Cette approche rappelle des précédents historiques marquants :

En 1972, par exemple, Richard Nixon se rend à Pékin, mettant fin à deux décennies de guerre froide sino-américaine. Cet événement a redéfini les équilibres mondiaux ;
- en 1977, Anouar el-Sadate, président égyptien, prend la parole devant la Knesset israélienne : un geste audacieux qui amorce la paix entre Israël et l’Égypte ;
- en 1973, la conférence de l'avenue Kléber à Paris voit s'affronter Henry Kissinger et Lê Đức Thọ pour mettre fin à la guerre du Vietnam ;
- en 1989, Mikhaïl Gorbatchev fait tomber le Rideau de Fer, bouleversant la structure du monde bipolaire.

L’histoire montre que certaines ruptures, parfois initiées par des personnalités controversées, peuvent déboucher sur des avancées significatives. Ces moments ne naissent pas de la prudence, mais de l’audace diplomatique, voire de l’inconvenance stratégique.

Quelles implications pour l’Afrique ?
Dans le contexte africain, où les tensions persistent (du conflit entre la RDC et le Rwanda à la crise multidimensionnelle au Soudan), la diplomatie conventionnelle peine à provoquer des changements.
Or, Trump a récemment reçu plusieurs chefs d’État africains pour discuter de la sécurité et des minerais stratégiques.

Certains y voient une diplomatie de deals, d'autres une tentative de repositionnement américain face aux puissances concurrentes (Chine, Russie, Turquie). Cette initiative pourrait créer des opportunités, notamment si l’approche transactionnelle permet de dépasser les blocages classiques.

Mais attention, l'audace ne garantit pas la durabilité. Elle exige des garde-fous, une compréhension fine des dynamiques locales et surtout le respect des souverainetés.

L’imprévu ne peut produire d’effets féconds que s’il est suivi d’un travail rigoureux, inclusif et adapté.

Je formule ici une hypothèse stratégique. Cette analyse ne découle ni d'une sympathie ni d'une antipathie pour Donald Trump. Elle part du constat que certaines méthodes, même atypiques ou controversées, peuvent provoquer des ruptures diplomatiques salutaires. Dans un monde en quête de solutions, l’imprévu mérite qu’on l’interroge avec lucidité, sans complaisance ni dogmatisme.

Chérif Salif Sy,

Économiste, politiste,

analyste des politiques publiques et des stratégies internationales

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