Publié le 29 Sep 2022 - 12:26
MAGNIFIQUE HOMMAGE DE OUSMANE NDIAYE À SORO

Deux ou trois choses de Soro Diop

 

Dakar, début des années 2000. Le vent et la fureur de l’alternance soufflent fort. A sens unique. La vague bleue emporte tout. Enfin, presque…

Dans une quelconque maison de Derklé, un vent contraire se lève. Aliou Ndiaye, Mamoudou Ibra Kane, Mohamed Elimane Lô, une bande d’amis journalistes en quête de liberté, entrent dans une double « dissidence » : avec l’air de l’époque et leur rédaction de l’époque, Walf.  Ils sont rejoints par les regrettés Issouf Osiris Sawadogo (remarquable disciple de Cheikh Anta Diop), le juriste Modou Kama, mon ami Abraham Ehemba, le philosophe Soro Diop etc.

La Nouvelle est née. Un projet éditorial aussi intense et puissant que fragile et brève. Un quotidien exigeant dans le fond et la forme, amoureux du texte et de l’info.

J’étais jeune, et la dissidence m’attirait. Ils m’accueillirent avec une générosité et un humanisme qui me bouleverse encore.  C’est dans ce rêve de jeunesse, mon rêve, que la providence me fît rencontrer Soro Diop.

Rencontre majeure et fondatrice, alors que mes camarades revenaient de leurs illusions et rêves de journalisme, j’ai eu l’incroyable chance de rencontrer, la figure du journalisme que je me projetais. En chair et os.

Soro Diop était comme un personnage de roman, dernier avatar d’une époque qui n’existait plus, celle du journaliste littéraire du 19e : un intellectuel et esthète de la plume. Journaliste parce qu’engagé, journaliste parce que témoin actif. Chez Soro, la lutte (au sens de combat politique) et (le journalisme) faisaient corps, avec comme socle : une vaste culture et une exigence éthique. Un journalisme de combat, comme je rêvais.  La « plume dans la plaie », Soro était mon Albert Londres.

Son âme de professeur l’habitait. Infatigable passeur dans cette brève et intense aventure, je le revois venir tant de matins, le sourire rayonnant, les yeux pétillants parce qu’en invétéré chineur de textes, il m’avait décelé une pépite. Sa générosité intellectuelle m’a nourri ces années-là. Passion et plaisir communs du texte, nous on rapprochait.

La Nouvelle meurt vite de sa belle mort, non sans panache. Je retrouvais Soro, quelques années, plus tard dans une nouvelle aventure éditoriale Le Quotidien.

Je me souviens à avoir été si heureux de retrouver un matin son rire taquin dans les couloirs de la Sodida. Son tandem, au service politique, avec le regretté Ibrahima Sakho a écrit les plus belles pages du journal naissant.

Au fil des années, malgré la distance et le temps qui passent, Soro veillait : souvent par une marque d’attention, un texte, une remarque, une anecdote, un conseil.

J’ai tant appris, avec lui : de la mémoire des luttes des aînés aux choses plus prosaïques de la vie qu’à 20 ans on ne comprend pas…

Que son âme repose en paix !

Ousmane Ndiaye red-chef a tv5 Afrique

 

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