Publié le 9 Dec 2022 - 15:37
PROXÉNÉTISME ET DÉTENTION DE DROGUE

Le réseau d’une Libanaise démantelé à Ngaparou

 

Samira Zafoor, Hajar Mssyeh, Myriem Migrou, Zahra Apidi et Douha El Faleh ont comparu à la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar. De nationalité libanaise, elles sont poursuivies pour proxénétisme, défaut de carnet sanitaire et détention de drogue.

 

Si elles savaient ce qui les attendait, Samira Zafoor, Hajar Mssyeh, Myriem Migrou, Zahra Apidi et Douha El Faleh n’allaient jamais prendre part à cette fête dont elles avaient été invitées. Pour s’y être rendues en croyant qu’elles avaient affaire à un homme d’affaires libanais, elles sont tombées dans les filets des éléments de la Section de recherches.

En effet, ces derniers ont reçu une information anonyme selon laquelle il y a un réseau de prostitution et de proxénétisme alimenté par des Maghrébines. À la réception de cette information, une enquête a été diligentée. Ils ont ainsi appris que pour accéder dans ce réseau, il faut être au préalable un homme aisé ou une autorité. C’est sur ces entrefaites que l’un d’eux a contacté la dame Samira Zafoor en se présentant comme un homme d’affaires libanais du nom de Fadel. Il lui a fait croire qu’il avait prévu d’organiser une fête à Ngaparou et voudrait avoir de la bonne compagnie.

Ainsi, Samira s’en est ouverte à ses amies qui ont accepté de participer à cette fête. Pour la rémunération, elle a fixé le montant à 250 000 F pour chacune. Connaissant la corrélation entre le sexe et la drogue, le supposé homme d’affaires l’a plus tard rappelée pour lui dire qu’il souhaiterait qu’elle lui apporte de la drogue. Samira s’est rapprochée alors de sa copine Zahra qui lui a proposé Abdou Aziz Ndiaye qui, selon elle, vend de la drogue dans les boites de nuit. Elles ont passé une commande 3 g de drogue moyennant 50 000 F.

Embarquées dans une voiture avec au volant un chauffeur envoyé par ‘’l’homme d’affaires’’, elles ont été déposées dans une belle villa à Ngaparou. Dès leur arrivée, les filles ont réclamé leur dû, avant d’aller se poser devant la piscine. Le chauffeur a ainsi remis à Samira une enveloppe et elle a procédé au partage. Comme convenu, chacune d’elle, y compris Samira, a reçu 250 000 F.

C’est dans ces circonstances que les éléments de la Section de recherches ont débarqué avant de procéder à leur arrestation. Après une fouille, ils ont trouvé la drogue que Samira avait gardée sous son soutien-gorge.

Placées sous mandat de dépôt le 29 novembre dernier, elles ont fait face aux juges du tribunal des flagrants délits de Dakar. Chargé de recruter des filles d’origine maghrébine pour agrémenter la soirée, Samira Zafoor a été la première à prendre la parole. Plus âgée que le reste de la bande, elle est poursuivie pour proxénétisme et complicité d’offre et de cession de cocaïne.

Selon elle, elle ne connaît pas Fadel, mais celui-ci l’a juste contactée, afin qu’elle le mette en rapport avec des filles qui viendront assister à la fête de l’inauguration de ses deux nouveaux restaurants. Mais, précise-t-elle, le Libanais ne lui a pas dit qu’il engageait des prostituées. S’agissant de la drogue, elle reconnaît qu’elle a été trouvée par-devers elle, mais, refuse la paternité.

Prévenu pour offre et cession de cocaïne, Abdou Aziz Ndiaye a été alpagué grâce à Zahra qui l’a appelé sur ordre des enquêteurs pour lui demander de venir le voir. Au prétoire, il a contesté avoir remis la drogue à Samira pour le compte du Libanais. À l’en croire, il a connu les filles en boîte de nuit et que celles-ci lui louent sa voiture, quand elles doivent sortir.

Quant aux autres prévenues pour non-inscription au fichier sanitaire, Hajar Mssyeh, Myriem Migrou, Zahra Apidi et Douha El Faleh, elles ont plaidé non coupables. Selon elles, elles étaient allées à la fête juste pour y prendre part, mais pas pour des prestations sexuelles rémunérées. Interrogées sur l’argent qu’elles ont reçu, Zahra rétorque qu’il le leur a offert en guise de remerciement pour s’être déplacées de Dakar à Ngaparou. Douha, étudiante née en 1995, a ajouté qu’elle a même demandé si on leur a donné l’argent en contrepartie de quelque chose et qu’on lui a répondu par la négative. ‘’Nous sommes arrivées vers 17 h. Nous avons demandé à voir le Libanais, parce qu’on ne l’a pas vu. Tout de même, avant de quitter Dakar, on savait que la fête n’allait pas se passer dans le restau, mais dans une villa à Ngaparou’’, a déclaré Douha.

La défense veut que ses clients soient renvoyés des fins de la poursuite

Les dénégations des prévenus n’ont guère convaincu le représentant du ministère public. Pour le cas de Samira, il soutient que rien que le fait de recruter des filles pour profiter du fruit de leur prostitution établit le délit de proxénétisme qui lui est reproché. Pour le chef de complicité d’offre et de cession de cocaïne, il a demandé qu’il soit disqualifié en facilitation en vue de vendre la drogue. S’agissant des autres filles, le parquetier estime que le fait que Samira a pensé à elles et qu’elles ont réclamé leur dû, dès leur arrivée à Ngaparou, corrobore qu’elles s’activent dans la prostitution. Par voie de conséquence, il a demandé qu’elles soient toutes déclarées coupables.

Pour la répression, le maître des poursuites a requis une peine de 2 ans ferme contre Abdou Aziz Ndiaye et une peine ferme de 2 mois contre Samira Zafoor. Quant à Hajar Mssyeh, Myriem Migrou, Zahra Apidi et Douha El Faleh, il a requis à leur encontre une peine assortie du sursis d’un mois.

Les conseils des prévenus, qui estiment que les éléments techniques devant permettre d’assoir l’inculpation ne sont pas réunis, ont sollicité que leurs clients soient renvoyés des fins de la poursuite. L’un d’eux, Me Abdy Nar Ndiaye, considère même que cette procédure devait être déclarée irrecevable.

À l’issue des débats, le juge a mis l’affaire en délibéré au 15 décembre prochain.

MAGUETTE NDAO

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