Publié le 31 Mar 2012 - 14:14
RELATION AVEC LES CONFRERIES

Tivaouane invite Macky Sall à la neutralité

 

Durant tout son magistère, Me Abdoulaye Wade a revendiqué son appartenance à la confrérie mouride. Une attitude que des populations lui auront fait payer cher. Comme à Tivaouane où l'on demande à Macky Sall de suivre l'exemple d'Abdou Diouf.

 

A l’image des autres localités du Sénégal, le président Wade a été sévèrement battu dans la cité religieuse de Tivaouane. Son adversaire Macky Sall a obtenu 63,56% des suffrages dans le département. Une défaite que beaucoup expliquent ici par un besoin de sanctionner celui qui a toujours affirmé son appartenance mouride. Au détriment des autres confréries religieuses du pays. Le président sortant est même allé jusqu’à attribuer sa victoire en 2000 aux mourides. Pire, il a même confié qu’il ne traitera pas la ville de Touba sur un pied d'égalité par rapport aux autres cités religieuses.

 

Au lendemain de cette débâcle, et à l'intention du nouveau président de la République, Tivaouane demande de suivre l’exemple du président Abdou Diouf, «un président qui, pendant son magistère, est resté à équidistance des cités religieuses du pays.» C’est le conseil donné à Macky Sall par certaines personnes rencontrées dans la capitale du Tidianisme, après le second tour de l'élection présidentielle. Assis sur une natte installée devant la Zawiya El Hadj Malick Sy, des fidèles interrogés nous renvoient ailleurs dans un premier temps. «Il faut interroger les politiciens, ils peuvent vous expliquer les raisons de la défaite de Wade dans cette ville», nous lancent ces vieux fidèles. Subitement, l’un d’eux consent à répondre à nos questions. Vêtu d’un boubou «wax» jaune et noir, ce quinquagénaire ressuscite l’affaire des grenades lacrymogènes balancées dans la Zawiya El Hadj Malick Sy à Dakar. «Il a touché ce qui est le plus profond en nous», soutient notre interlocuteur pour qui cette profanation est la seule explication de la défaite de Wade. En revanche, il estime que le président sortant est libre d’appartenir à une confrérie. Encore que, ajoute un de ses vis-à-vis, « un président n’a pas le droit d’afficher ses convictions religieuses.» «Il n’a qu’a être neutre», assène le vieil homme qui poursuit : «quand on dirige un pays, il faut être impartial, mais Wade a commis une erreur monumentale en affichant son appartenance.»

 

Mieux, notre interlocuteur invite le 4ème président sénégalais à éviter le compagnonnage de certains guides religieux. «Si Macky veut rester longtemps au pouvoir, il n’a qu’à se méfier d'un type comme Bethio Thioune qui peut lui causer des ennuis», martèle-t-il. Moustapha, sans arrêter d’égrener son chapelet, exhorte également le nouveau Chef de l’Etat à la neutralité. «Il est maintenant le président de tous les Sénégalais et non le chef d’une quelconque confrérie.» «Il a la chance d’éviter les erreurs de Wade car il sait pourquoi il a été sanctionné», met-il en garde. Dans le même registre, il renvoie Macky Sall cette mise en garde que Senghor aurait adressée à Diouf : «si tu veux être en paix avec tout le monde, que les Sénégalais ne sachent pas ce que tu es», a raconté ce responsable de la zawiya. Partant de cela, il en tire conclusion : «regardez Abdou Diouf : jusqu’à son départ du pouvoir, les gens avaient des supputations sur son appartenance confrérique’’.

 

FATOU SY

(Envoyée spéciale)

 

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