Publié le 17 Sep 2012 - 20:26
REPORTAGE

Ouakam, un village malade de saleté

 

C'est l'un des villages de la capitale. Habité en majorité par les Lébous, Ouakam est devenu un melting-pot où se chevauchent problèmes environnementaux, d'assainissement, et «où les populations ne respectent aucune règle», selon le mot d'un conseiller municipal. EnQuête est allé faire un tour, par ces temps où les inondations font leur loi.

 

 

Un samedi matin, après une pluie abondante, les rues de Ouakam sont inondées. Difficile d'avoir où mettre le pied. Les rues sont étroites et sales, certains commerçants occupent la chaussée d'une façon manifestement illégale. Non loin de la mairie habite un conseiller municipal. Sa maison très belle contraste nettement d'avec celles des environs. «Le problème majeur de l'assainissement à Ouakam, c'est le sable, ce serait vraiment bien si on avait fait un pavage, il paraît que c'est en vue. Mais avec le sable, rien n'est possible dans ce village», dit-il.

 

«Avec les ruelles qui convergent vers la route, le sable est omniprésent. Il bouche tout. C'est à cause de cela que les maisons sont parfois inondées quand il y a forte pluie. Et personnellement, c'est une situation que je vis», indique ce conseiller municipal. Qui poursuit son diagnostic et tape sur ses cohabitants. «Je ne sais si c'est un manque d'encadrement ou autre chose, mais c'est la population qui aggrave les choses, en déversant des ordures dans des endroits prévus pour l'évacuation des eaux pluviales ; cela crée le bouchage, se plaint-il. Pendant la nuit, on voit clairement que ce sont les femmes qui déposent leurs ordures dans les canalisations.» La solution ? «Que la mairie cherche des vigiles qui empêchent ces écarts», propose-t-il, ajoutant, dépité : «Dans ce quartier, les gens me dénigrent en disant que je parle trop, parce que je n'accepterai jamais qu'une femme vienne déverser ses déchets devant ma maison ou aux alentours.»

 

«Jour de pluie, journée morte»

 

S'agissant de l'environnement, le conseiller municipal reconnaît qu'il y a beaucoup de choses à faire, surtout par rapport au reboisement et aux ordures. «Je plante des arbres dans ma maison et dehors, vous pouvez le constater vous-même, mais ce sont les voitures qui, en faisant marche arrière souvent, les font tomber, ainsi que les grillages de protection...»

 

Plus loin, le quartier Tally américain se profile à l'horizon. Là, même scénario ! Saletés et eaux mélangées, odeur nauséabonde... Ce qui n'empêche pas les habitants de circuler comme si tout était normal. Question d'habitude peut-être. Le marché est bondé. A quelques mètres de là, assis sur un tronc d'arbre, un journal à la main, le jeune Abdoulaye Sall, chauffeur, est contraint au chômage technique. Sa voiture est en panne. «Pendant l'hivernage, nous sommes très fatigués, nous les chauffeurs, dit-il. Je survis et fait vivre ma famille avec mon clando, mais à cause de la petite pluie qu'il y a eu en début de semaine, elle a eu des problèmes et est actuellement chez le mécanicien. Alors, je suis au repos forcé. Jour de pluie est journée morte pour moi, il y a un vrai problème de canalisation dans ce village», peste-t-il.

 

Cap vers la cité Comico. Notre chemin croise celui de Matar Mbodj, un technicien vendeur de cuisinières. Naturellement, la conversation se noue avec lui. «Le principal problème de Ouakam, c'est la dureté de la conjoncture, parce qu'il n'y a pas d'argent dans ce village, et les trois-quarts des jeunes de Ouakam sont au chômage», souligne-t-il en guise de diagnostic. En plus, «il y a un nombre pléthorique de ruraux qui viennent y vivre», complète le technicien pour qui «l’État doit mettre un terme à l’exode rural qui étouffe le village».

 

 

«Les populations manquent d'éducation»

 

Interpellé sur les problèmes d'assainissement, Matar Mbodj révèle que «vers les années 2000, la construction de canaux avait été entamée, mais il n'y a pas eu de suivi». Pire, «le ciment avait été volé par les ouvriers qui étaient chargés d'installer ces canaux.» A cela, s'ajoute l'absence de lotissement. «Ici, les gens construisent où il veulent et comme ils veulent, ils ne respectent aucune règle», s'indigne-t-il. Pour lui, il est évident que les populations souffrent «d'un manque d'éducation».

 

Pour donner raison à Matar Mbodj, il faut aller au quartier Comico. Au bord de la route goudronnée, une femme tient un restaurant, en baraque. L'intérieur est humide à cause de la pluie et d'autres femmes s'activent autour d'une grosse marmite pour préparer le repas. «Je suis obligée de tenir ce restaurant pour faire vivre ma famille, je n'ai aucune autorisation, c'est difficile, s'excuse presque la propriétaire des lieux.» Et comme pour se faire pardonner, elle ajoute : «Aujourd'hui, je suis partie au marché avec 25 mille francs, j'y ai tout laissé à cause de la cherté des denrées. Je ne suis même pas sûre de m'en sortir...» Néanmoins, tout le monde s'accorde sur un point. Ouakam est «un bon cadre de vie, où l’hospitalité, la solidarité et l'entraide entre habitants est une vraie réalité».

 

KHADY FAYE

 

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