Publié le 21 Jan 2026 - 19:39
COUPE D'AFRIQUE DES NATIONS 2025

Pape Thiaw, maître du jeu

 

Quand une équipe gagne au football ou dans un tout autre sport, le sélectionneur, celui qui travaille parfois en coulisses, est rarement mis en avant. C'est toujours ou presque un joueur qui prend toute la vedette, au détriment du collectif, dans celui-ci, on retrouve le coach. Le moins que l'on puisse dire, au moins pour cette Coupe d'Afrique des nations qui vient de donner son verdict, c'est que l'apport de Pape Bouna Thiaw a été déterminant du début à la fin. 

 

Sadio Mané, bien-sûr, auteur d'une Can grandiose. Mais lors de ce tournoi organisé par le royaume chérifien, impossible de ne pas s'arrêter sur les deux Pape. Pape Gueye, unique buteur face au Maroc, mais aussi Pape Bouna Thiaw, le vrai artisan derrière cette deuxième étoile.

Pourquoi Pape Thiaw peut être considéré comme un élément essentiel de ce deuxième continental? La réponse est à aller chercher dans ses choix tactiques, ses remplacements bien pensés, bien calculés ; rien à voir avec une programmation à l'avance. À l'ère de Cissé, par exemple, on pouvait deviner qui allait faire son entrée et à la place de qui. On était rarement surpris, l'opinion ne manquait pas d'ailleurs de rouspéter par rapport à ce manque d'imprévisibilité du coach d'alors. 

Mais avec Pape Bouna Thiaw, c’est une toute autre histoire. En dehors des cadres comme Sadio Mané, Gana Gueye, Kalidou Koulibaly et Édouard Mendy, personne d'autre dans la tanière n'a une place assurée d'avance. Et encore une fois, chaque pion déplacer sur le terrain doit obéir à une certaine logique, à un besoin de changement de dispositif, d'approche tactique, par rapport à l'opposition d'en face.

La leçon de football qu'on pourrait par exemple retenir est celle qu'il aura donnée contre l'Égypte. Au moment où le profane pouvait réclamer l'entrée en jeu d’Ibrahima Mbaye, le technicien avait misé sur une toute autre option pour parer aux éventuelles contre-attaques des Pharaons. Car le titi parisien a beau être percutant et véloce, il fallait se prémunir contre ses pertes de balles qu'un certain Ashour pouvait exploiter, comme ce fut le cas contre la Côte d'ivoire sur le troisième but égyptien. Rappelons que pour cette rencontre de demi-finale, le jeune Lion n'avait pas foulé la pelouse du Grand Stade de Tanger…

Ainsi, même si Pape Thiaw encourt des sanctions de la Confédération Africaine de football, il aura eu le chef de meute de la tanière.

Juste ce qu'il faut

Mais pour savoir comment Pape Thiaw a concocté sa ‘’casse’’ au Maroc, il faut commencer par le commencement, notamment au 13 décembre 2025 lors de la publication de la liste du sélectionneur sénégalais. Le choix des hommes, une vraie symbiose entre l'expérience et la jeunesse, n'avait rien d'anodin. Ce membre de la génération 2002 n'a rien fait au hasard. Il a trié sur le volet les joueurs qu'il voulait pour aller reconquérir la coupe.

Les tauliers, à savoir Kalidou Koulibaly, Sadio Mané, Idrissa Gana Guèye, Ismaïla Sarr et Édouard Mendy, étaient bien là. À ces joueurs très expérimentés, il a pris l’option de faire confiance à de jeunes loups qui avaient faim : Ilimane Ndiaye, Ibrahima Mbaye, Mamadou Sarr, El Hadji Malick Diouf, pour ne citer qu'eux. Ce casting bien cohérent a conduit inéluctablement à ce triomphe aujourd'hui. 

En déroutant ses adversaires par ses compositions changeantes et audacieuses, il a surtout marqué de son empreinte ce deuxième par son coaching, sa lecture du jeu, ses changements tactiques au sein d’un même match, mais surtout sa réactivité.

Ses compositions d’équipe, un savant mélange entre expérience, jeunesse, fougue, physique et science tactique, ont permis aux Lions de résoudre toutes les équations posées par les adversaires, lors de la CAN. D’où cette impression de force tranquille qui a frappé tous les observateurs. Jusqu’à la finale, l’équipe aura donné l’impression de gagner sans forcer, tant elle était au-dessus de ses adversaires. Son mérite est d’avoir su surfer sur la rigueur et le sérieux apportés par son prédécesseur Aliou Cissé, dans la tanière, en y ajoutant sa science tactique, son assurance, sa malice et son calme.

Mais surtout il tient son effectif. Ses choix ne sont pas contestés. Iliman Ndiaye, Ismaëla Sarr, Ismail Jakobs, Nicolas Jackson, Pape Matar Sarr sont allés sur le banc, mais le coach ne les a pas perdus. Ils sont restés investis et ont répondu présent, à chaque fois qu’il a eu besoin d’eux. Ceci témoigne du bon esprit qui règne dans la tanière. Les égos sont au service de l’objectif commun : la gagne.

Pape Thiaw est dès lors l’homme de la Can.

Le rappel qui a tout changé 

Au-delà de son approche tactique, de l'utilisation de son banc, si Pape Thiaw marque davantage cette CAN, c'est par ce geste frénétique de la main qui change tout, dans le temps additionnel de la finale. La décision de Pape Thiaw de rappeler tous ses hommes aux vestiaires pour protester contre l'arbitrage est plus que décisive, car inattendue, donc déroutante pour l'adversaire.

Le technicien a réussi son coup, parce qu'au moment où les 22 acteurs sont revenus sur le rectangle vert, une toute autre rencontre a débuté. Avec un arbitre, moins partial et plus professionnel, qui devait remercier le ciel de n’avoir été l’acteur principal du plus grand scandale du football africain. Samuel Eto'o dira sur les antennes de France 24 : "Pape Thiaw a eu le courage de défendre son équipe".

Chaque joueur compte 

La méthode Pape Thiaw aura été un succès lors de cette Coupe d'Afrique des Nations, parce qu'il a réussi à fédérer autour de lui, en impliquant tout le monde. La preuve: parmi les 28 joueurs convoqués, seuls 4 n'ont pas disputé la moindre minute. Il s'agit des gardiens Mory Diaw et Yehvann Diouf, de Mamadou Lamine Camara et Ousseynou Niang.

Au-delà de ce sacre, Pape Thiaw pourrait peut-être déjà se tourner vers la prochaine Coupe du Monde. Dans un temps relativement court, il ne devrait pas changer grand-chose dans son groupe actuel. Mais le football va vite avec les méformes et autres imprévisibles pépins physiques.

Là aussi, il dispose de tout un vivier susceptible de boucher les trous. Toujours est-il qu'il faut plus que jamais faire confiance à ce sélectionneur. Il aura suffisamment prouvé, lors de ce tournoi marocain, qu'il est l'homme de la situation. En attendant ce que Motsepe et Infantino vont décider.

MAMADOU DIOP 

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