Les acteurs de proximité en premier rempart

Face aux dérives de la désinformation et à la vulnérabilité croissante des citoyens en ligne, la capitale du Nord a abrité un atelier régional de 48 heures. Porté par le Forum Civil et Oxfam à travers le projet Recentrer le Civisme numérique grâce à l'Engagement des Partenaires (ReCIPE), ce cadre d'échanges a dévoilé une radiographie alarmante des compétences numériques au Sénégal.
La rencontre a réuni des organisations de la société civile (OSC), des leaders communautaires et des professionnels des médias. Pour les initiateurs, l’objectif de l’atelier est d’armer ces acteurs de proximité contre les pièges du cyberespace à l'heure où l'État accélère son « New Deal Technologique ». Les chiffres partagés par Ibrahim Ndao, chargé du projet au Forum Civil et coordonnateur du projet ReCIPE, qui est déployé dans 10 pays à travers le monde, font froid dans le dos. Issus d'une cartographie rigoureuse des capacités numériques des OSC de défense des droits humains, ils révèlent un fossé abyssal entre la perception du risque et la capacité de riposte.
Si 87 % des personnes interrogées se disent conscientes des menaces pesant sur leur vie privée en ligne, seules 47 % s'estiment capables de débusquer les fausses informations. En clair, la vigilance individuelle est réelle, mais la capacité critique face à la désinformation reste largement en deçà des enjeux actuels. Plus grave encore, le déficit de formation est généralisé : 65 % des enquêtés n'ont aucune expérience professionnelle en droits numériques, 71 % n'ont bénéficié d'aucune formation spécifique et 68 % ignorent tout des rudiments de la sécurité numérique. Cette fragilité technique se traduit par des dégâts bien réels sur le terrain.
Selon l’étude, 40 % des répondants déclarent avoir été victimes d'au moins un incident de sécurité numérique majeur, allant du vol de compte au piratage, en passant par le vol d’identité et les escroqueries financières. Le plus inquiétant réside dans la loi du silence qui entoure ces cyberattaques. Parmi les victimes, 68 % n'ont jamais signalé l'incident à une autorité officielle comme la police ou la brigade de cybercriminalité. Pire, 84 % n'ont jamais osé solliciter le soutien d'une organisation de la société civile.
Ce taux de non-signalement met en lumière une méconnaissance profonde des voies de recours judiciaires, un manque de confiance flagrant envers les institutions, mais aussi la peur de la stigmatisation sociale. « C'est ainsi que nous avons partagé avec les journalistes des modules sur le fact-checking, sur la désinformation, la protection des sources dans l'espace numérique, etc. Avec les OSC, on a partagé sur les mécanismes officiels de prise en charge des victimes de violences numériques parce que le Sénégal est confronté à beaucoup de cas de violences numériques de toutes sortes. D’ailleurs, nous saluons le travail exceptionnel de la division spéciale de la cybersécurité de Dakar », a soutenu M. Ndao.
Face à ce diagnostic sans complaisance, les acteurs de proximité, dont les OSC, leaders communautaires et journalistes, s'imposent désormais comme le premier rempart pour vulgariser les droits numériques et briser la culture de l'impunité sur la toile.
IBRAHIMA BOCAR SENE SAINT LOUIS






