Publié le 12 Feb 2026 - 16:05
VIOLENCES POLICIÈRES  

Un avocat porte plainte contre des agents du commissariat central 

 

Alors qu’on n’a pas fini de parler de la violence contre les étudiants à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, d’autres agents du Commissariat central font l’objet d’une plainte de la part d’un avocat qui s’estime victime de violence, voies de fait et entrave à l’exercice de sa profession. Il s’était présenté au commissariat pour la défense de deux étudiants interpellés.

 

L’affaire des étudiants arrêtés dans le cadre de l’intervention policière du 09 février prend une autre tournure. Selon nos informations, un jeune avocat a déposé une plainte au parquet général contre des agents du Commissariat central de Dakar. Ces derniers sont accusés “de violences, voies de fait, injures et entraves à l’exercice des fonctions d’avocat”.

Les faits se sont déroulés la nuit du 09 février 2026. Constitué pour assister certains étudiants, il s’est présenté au Commissariat vers les coups de 23H30. Après les présentations d’usage devant l’agent chef de poste, il demande à s’entretenir avec ses clients. L’agent fait sortir les deux étudiants concernés mais dans l’espace dédié au public, où il y avait les parents.

D’après nos sources, l’avocat a alors demandé un lieu plus tranquille pour pouvoir échanger avec ses clients en toute confidentialité, conformément aux dispositions de la réglementation en vigueur. Laquelle demande a été rejetée en des termes peu courtois. Finalement, le commissaire s’en mêle et ordonne de “dégager” l’avocat. Nos sources rapportent que dans sa plainte, ce dernier soutient avoir bousculé par les agents vers la sortie, devant témoins.

Cette attitude envers le jeune avocat a fait très mal à certains de ses confrères, qui ont d’ailleurs envisagé faire un communiqué, avant d’en être dissuadé par le Bâtonnier, qui a souhaité jouer les bons offices. “Ce qui s’est passé est inacceptable. C’est une atteinte grave à l’honneur et à la dignité d’un confrère, ainsi qu’aux droits de la défense”, dénonce un de nos interlocuteurs.

Les agents de police, selon lui, doivent comprendre que les avocats ne sont pas leurs adversaires. “Nous sommes des collaborateurs de justice, chacun exerçant une mission clairement définie par la loi. À ce titre, il est totalement inadmissible qu’un avocat, dans l’exercice de ses fonctions, soit victime de violences ou de traitements humiliants de la part des agents de police”, soutient la robe noire, qui estime que ceci est d’autant plus regrettable que le patron du ministère de l’Intérieur est un des leurs. Ce qui devrait renforcer et non fragiliser le lien institutionnel entre les deux professions.

Ordre de libération de tous les étudiants interpellés, à l’exception de 3 dirigeants

Nos sources ont par ailleurs renseigné que des instructions ont été données pour la libération de tous les étudiants interpellés dans le cadre des opérations du 09 février, à l’exception de trois d’entre eux qui dirigent des amicales.

Pour rappel, l’Association des jeunes avocats du Sénégal (Ajas) s’était mobilisée dès les premières heures pour porter assistance à toutes les personnes interpellées. Vingt avocats, membres de l’organisation, ont ainsi été mobilisés pour la défense des étudiants interpellés et en position de garde à vue, estimés à 108.

L’AJAS avait, en effet, déploré fermement les incidents survenus dans l’université, qui ont coûté la vie au jeune Abdoulaye Ba. “Fidèle à son profond engagement citoyen en vue de l’amélioration du service public de la justice”, l’AJAS annonce se tenir pleinement à la disposition des étudiants interpellés afin de leur offrir une assistance juridique gratuite. Elle appelait au strict respect des leurs droits et des garanties prévues par la loi

MORT DE L’ÉTUDIANT

Ce que révèle l’autopsie

La mort du jeune Abdoulaye Ba continue d’alimenter la polémique. Alors que certains continuent de soutenir que le jeune étudiant a été tabassé a mort par les forces de l’ordre, d’autres soutiennent qu’en fait il est mort des suites d’une chute de grande hauteur.

A en croire des sources qui ont joint EnQuête, l’autopsie fait plutôt ressortir les constats suivants : “un traumat du bassin ; des traumats de l’abdomen avec rupture de la rate ; une hémorragie interne”. Nos sources soutiennent que l’autopsie réalisée à l’hôpital général de Grand Yoff a également révélé  un hématome sous-diral, c’est à dire un traumatisme crânien encéphalique.

Alors que le Commissariat u Point E avait entamé la procédure en faisant la réquisition pour les besoins de l’autopsie, il a été dessaisi au profit de la Division des investigations criminelles, qui a procédé aux premières auditions avec les proches. La famille qui n’a pas jugé utile de faire une contre-expertise a inhumé son enfant hier aux cimetières musulmans de Yoff à Dakar.

En Conseil des ministres, le Premier ministre a surtout insisté sur la nécessité de mener une enquête indépendante afin de situer toutes les responsabilités. Ousmane Sonko a déploré l’usage de la violence et invité le Ministre de la Justice à veiller aux suites judiciaires y afférentes. Encourageant le ministre de l’Enseignement supérieur, il a jugé nécessaire “de poursuivre les réformes engagées des universités”.


ENQUETE  

La responsabilité du donneur d’ordre

Depuis l’éclatement de cette affaire, des spécialistes du maintien de l’ordre invitent à s’intéresser d’abord et avant tout à celui qui a donné l’ordre d’aller dans les pavillons, et à partir de quel moment il a donné un tel ordre pour voir s’il y a eu préméditation. “Si on veut vraiment faire la lumière, c’est par là qu’il faut commencer. Les agents n’ont pas décidé par eux-mêmes d’aller dans les pavillons….”, analyse un spécialiste.

Pour lui, le fait de déployer la police dans un pavillon est extrêmement grave. Quand les agents ont été préparés à le faire, c’est encore plus dangereux. “Déployer des éléments dans un pavillon c’est comme déployer une force dans une prison. Il faut des dispositions particulières, des techniques particulières, avec des procédures spécifiques”, ajoute notre interlocuteur, convaincu que le campus social fait bien partie de l’espace protégé par les franchises, de par la pratique et les usages.

“Il peut arriver que la police entre dans cet espace, mais c’est dans des situations de violence exceptionnelle…”, souligne-t-il, insistant que l’enquête doit avant tout déterminer qui a donné l’ordre de faire cette irruption jusque dans les pavillons.

“Quelle que soit la situation, on n’envahit pas un lieu fermé comme ça, avec des équipements de maintien de l'ordre comme dans une opération classique. Il y a des préalables pour mener ce genre d’intervention. Que faire pour évacuer les lieux ? On doit aussi faire des sommations pour demander de quitter les lieux…”, a mis en garde le spécialiste.

MOR AMA

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