Publié le 27 Jan 2013 - 08:22
MALI

La France pompier pyromane

 

On ne répétera jamais assez que le chaos qui s’est instauré au Sahel est le produit direct de l’intervention militaire de la France en Libye. Décidée à renverser Kadhafi coûte que coûte, la France a encouragé l’arrivée de combattants islamistes étrangers, le plus souvent recrutés et armés par le Qatar, afin que ceux-ci se substituent aux pseudo-révolutionnaires de Benghazi incapables par leurs propres forces de parvenir jusqu’à Tripoli.

 

Le régime de Kadhafi ayant finalement ployé, sous les bombes et les missiles de l'OTAN (principalement français), ces islamistes, puissamment armés et équipés, ont essaimé vers le Sahel où déjà sévissait un groupe de leur mouvance, l’AQMI.

 

La ''talibanisation'' du Nord Mali ne doit donc rien au hasard. Elle apparaît, au contraire, comme une stratégie délibérée qui consiste à instrumentaliser l’islamisme politique pour se donner le prétexte d’intervenir militairement et de s’implanter durablement dans les pays africains. La France de Sarkozy-Hollande a choisi d’occuper un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de cette stratégie africaine mais celle-ci concerne en fait l’ensemble des puissances impérialistes, notamment les États-Unis et l’Union européenne.

 

Pour les besoins de leurs industries, ces puissances sont, plus que jamais, avides des précieux minerais dont l’Afrique est un dépositaire important, voire exclusif. Mais, elles ne peuvent en disposer aussi facilement qu’autrefois, avant que des pays comme la Chine [1] et l’Inde soient devenus les premiers partenaires économiques du continent. En même temps, leur lourd contentieux colonial et/ou néocolonial ne leur permet pas d’espérer surmonter cette concurrence par des moyens spécifiquement politiques et économiques.

 

L’impérialisme a donc choisi l’option militaire comme moyen de rétablir sa suprématie sur l'Afrique. C’est en alléguant la ''lutte contre le terrorisme'' qu'il lui sera possible d’intervenir militairement, d’implanter des bases, de maintenir des troupes et d’encadrer, entraîner et équiper les armées locales.

Mais pour cela, il doit auparavant faire en sorte que les pays visés soient suffisamment affaiblis économiquement et déstabilisés politiquement pour qu'ils ne puissent prétendre assurer leur sécurité par eux-mêmes. De ce point de vue, ce qui s’est passé et continue de se passer au Mali est exemplaire : une économie contrainte de se spécialiser dans le coton sous les injonctions de la Banque mondiale ; un État en déliquescence soumis aux interférences de la France ; un coup d’État et un président inconstitutionnel ; une armée désorganisée...

 

Pour l'impérialisme, l'islamisme politique est devenu un instrument commode et efficace.

Il peut servir d’épouvantail et permette de justifier ses aventures bellicistes, comme celle qui se déroule actuellement au Mali. [2] Dans le même temps, il peut être un partenaire apprécié, comme en Syrie, quand il combat le gouvernement de Bachar al-Assad en semant la terreur parmi la population.

 

 

 

[1] Depuis 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique.

[2] Un rapport de l’OCDE sur le Sahel note que ''la menace terroriste est amplifiée, voire nourrie, permettant aux États en rivalités de prendre le contrôle des richesses''. http://www.oecd.org/fr/csao/publications/45830147.pdf

(lepetitblanquiste.hautetfort.com)

Jean-Pierre Dubois

 

Section: 
De la nécessité d’une réforme de l’enseignement à la nécessaire rééducation de l’intelligentsia au Sénégal
MES CONSEILS AU DUO DIOMAYE-SONKO : Tout est possible !
Lettre ouverte à Monsieur Bacary Sarr, Ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement
CONCERTATIONS NATIONALES : L’économie ne peut plus attendre
AU-DELÀ DES RÉFORMES : Refonder l’éducation sénégalaise pour bâtir le capital humain du XXIe siècle
SÉNÉGAL : Quand gouverner sans la majorité devient le défi démocratique
Petite reflexion sur la figure messianique au Sénégal
Au fond des pensées d’un homme
Abdoulaye Wade, ou la grandeur d’un destin sénégalais
De l’exigence de résultats et les raisons de douter
Observations*
Hommage au Professeur Mouhamadou Moustapha Kassé
Le sort des femmes, une préoccupation saillante dans le bilan du Président Wade
EROSION CÔTIÈRE : Extraction frauduleuse de sable marin, inaction locale de protection des plages et propositions
Le Président Wade à cent ans
DU SALOUM AUX MARCHES INTERNATIONAUX : Et si le prochain champion sénégalais était aujourd’hui un paysan ?
Requiem pour le Sahel ou le dernier voyage de Maurice Freund
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE. Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne
LE CHEMIN DE L’ESPOIR : Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée
TURBO-RÉVOLUTION FINANCIÈRE AU SÉNÉGAL Entre orthodoxie du FMI, défi de la dette et explosion des alternatives endogènes