Publié le 19 Nov 2013 - 17:00
CINÉMA - ''LA NOIRE DE…'' DE SEMBÈNE OUSMANE

''Tant que les blancs continuent à fabriquer des armes, ils les vendent''

 

Cinquante ans après, «La noire de...» de Sembène Ousmane polarise plus que jamais des maladies d'Afrique dont la très meurtrière immigration clandestine et les fixations sur l'eldorado européen. Un drame en filigrane dans ce film du plus célèbre des cinéastes sénégalais que le Goethe Institut a projeté...

 

Vieux de plus d'un demi-siècle, le film de Sembène Ousmane est encore d'actualité. Plus que jamais. Premier long métrage réalisé par un cinéaste africain, «La noire de …» est une production franco-sénégalaise née en 1966. Près de 50 ans plus tard, elle s'actualise de jour en jour, corroborant le passé au présent, le meurtrier phénomène migratoire récemment survenu à Lampedusa, dans les côtes italiennes, en fait foi. Savant ou protectionniste, ce film prédisait cette tendance commune des Africains à vouloir rallier coûte que coûte le France.

Il est 19h30 à Goethe Institut, dans la salle de cinéma. Sur l'écran, une fille d'une quinzaine d'années, noire d'ébène, apparaît dans une belle et courte robe faite de tissu en petit pois noirs et blancs, un foulard blanc assorti de boucles d'oreilles et parures en perles blanches, surprise en train de faire la vaisselle dans la cuisine de sa patronne.

La fille est dans tous les coups du ménage de la maison. Tantôt en colère contre son statut de domestique et esclave, tantôt contente à l'idée de retrouver un jour son amant laissé à Dakar. A travers elle, Sembène a essayé de mettre en valeur la beauté africaine noire en la peignant de belles tenues avec des chaussures de classe comme s'il voulait montrer l'existence d'une différence sur les moyens et non sur les personnes.

«Ne mettez pas tout sur le dos des étrangers !»

Le film est tragique avec, une heure plus tard, le suicide dans la baignoire de la jeune Mbissine Thérèse Diop, l'actrice principale présentée sous le nom de Diouana. Elle a finalement préféré la mort à la domination, l'honneur à l'argent, la fierté à la vie.

Ce suicide dans la baignoire met en relief toute la vision de Sembène. Il refait surface avec l'émigration clandestine organisée autour d'embarcations de fortune qui ne font qu'une promesse : la mort dans l'océan, dans l'indifférence totale.

Les débats qui ont suivi la projection ont donné l'occasion au Pr Maguèye Kassé, de procéder à une fine analyse de la situation coloniale à celle post-coloniale. Expliquant le «choc des cultures» qui a suivi le geste du masque offert par la jeune Diouna à ses patrons français dès son embauche comme domestique, M. Kassé a indiqué que ce présent renferme toute l'histoire africaine, en particulier sa culture.

A propos du sous-développement de l'Afrique, le Pr Maguèye Kassé a mis en exergue la grande part de responsabilité des dirigeants du continent eux-mêmes, notamment dans l'entretien des guerres et des conflits de toutes sortes, ce que Sembène avait combattu du reste. «Tant que les Blancs fabriquent des armes, ils vont trouver acheteurs», s'est désolé ce spécialiste des études germaniques. Son appréciation a vite croisé celle du directeur de Goethe Institut. «Ne mettez pas tout sur le dos des étrangers, vous avez une grande part de responsabilité aussi. Qu'avez-vous fait de l'héritage de Sembène ? Et vos gouvernants, qu'ont-ils fait pour dépanner le secteur (du cinéma)?», s'est-il interrogé.

MARIÉTOU KANE

 

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