Publié le 21 Apr 2016 - 16:02
LIVRE DE BABACAR MBAYE DIOP

Quand Omar Pène nous est conté

 

Leader de l’une des plus vieilles formations musicales sénégalaises et contemporaines, Omar Pène est une virtuose de la scène artistique sénégalaise. Pourtant, beaucoup ne savent que très peu du parcours de cet homme dont on connaît plus les chansons. Babacar Mbaye Diop donne l’opportunité au grand public de découvrir l’homme Omar Pène à travers un ouvrage présenté hier dans un hôtel de Dakar.

 

‘’Il est temps qu’on écrive sur nos héros.’’ Ainsi pense le Dr Massamba Guèye, mais ainsi a agi le professeur et chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar Babacar Mbaye Diop. Il a publié, le 5 avril passé, un ouvrage sur la vie et l’œuvre du chanteur Omar Pène. Un livre qu’il a présenté hier dans un hôtel de Dakar devant un parterre d’invités. Intitulé ‘’Omar Pène, un destin en musique’’, l’ouvrage est une œuvre qui donne ‘’une nouvelle vie aux chansons’’ de cet artiste talentueux. Car ‘’elles sortent du domaine de la parole pour entrer dans celui de l’écrit, c’est-à-dire une nouvelle forme de consommation et de réception’’, juge le professeur de Lettres et chercheur aussi à l’Ucad, Ibrahima Wane.

On y retrouve toute la discographie du leader du Super Diamono avec les ‘’bonne dates’’ de sortie de ses créations. Et l’auteur va plus loin en interrogeant les textes et en les exposant pour illustrer la vision de l’artiste. ‘’Il y a énormément d’extraits de textes connus d’Omar Pène qui permettent de voir un peu son projet, sa vision de la société et d’illustrer son engagement’’, dit le Pr Wane. Seulement, regrette-t-il, ces titres retranscrits dans cet ouvrage édité par la maison ‘’Fikira’’ sont en français. ‘’Le chanteur, ce qu’il  dit, c’est cela qui est essentiel. Il l’a dit en wolof, il faut l’écrire en wolof. C’est cela qui nous permet d’apprécier la parole du chanteur en premier’’, estime-t-il. En sus, ‘’cela nous permet d’avoir les sonorités. Qu’est-ce qu’il dit et comment il le dit, c’est dans la langue du chanteur qu’on peut l’apprécier. Une traduction, c’est toujours une trahison’’, ajoute-t-il. Ce qu’il a démontré en lisant un passage de la page 117 du livre, une traduction d’une partie de la chanson ‘’Chômeur’’, de celui que ses aficionados appellent affectueusement Baye Pène. Une preuve qui démontre que traduire peut induire à l’omission de choses importantes et ne permet pas de percevoir certaines émotions et situations décrites dans des morceaux.

 Dans la même optique, le journaliste culturel Aboubacar Demba Cissokho trouve que retranscrire les textes en wolof seraient une belle opportunité pour ceux qui n’arrivent pas à capter les parole d’Omar Pène, de les décrypter et de  pouvoir les comprendre.

Aussi, de l’avis du Pr Wane, ce qui donne un cachet particulier à ce livre, c’est le fait de mettre en parallèle la production discographique avec l’évolution de l’homme Pène. Des anecdotes sur la jeunesse d’Omar Pène, racontées dans le livre, permettent de comprendre, par exemple, pourquoi il est devenu un mythe. Mais, l’auteur ne fait pas de son sujet qu’un héros. Il parle de ses périodes difficiles. En somme, ce travail de recherches dans lequel le lecteur ne trouve que de la ‘’science dans le texte’’, ‘’est un travail essentiel’’ pour M. Wane. Parce que, considère-t-il, ‘’il nous met en rapport avec certaines facettes d’une figure fondamentale dans la création artistique au Sénégal d’une part ; d’autre part, il montre ce que la trajectoire est au répertoire. On comprend pourquoi Omar Pène a cette sensibilité, cette audience, cet aura et finalement pourquoi il est ce mythe-là’’.

Babacar Mbaye Diop ne s’est pas uniquement fondé sur les textes de l’auteur de ‘’ndaanaan’’. Il a interviewé l’entourage de l’artiste, allant de celui qui l’a amené sur la scène, Baïlo Diagne, à ses premiers compagnons ainsi que ses collègues chanteurs comme Youssou Ndour et Ismaïla Lô. C’est pourquoi d’ailleurs Pène lui-même avise : ‘’Ceux qui vont lire ce livre ne seront pas déçus. Je suis sûr que certains y trouveront des choses qui les feront rire et d’autres vont pleurer. Nous sommes des acteurs et travaillons en toute modestie. Il nous faut des gens comme Babacar pour expliquer aux autres ce que nous faisons. C’est important.’’

OMAR PENE

‘’Youssou Ndour et moi avons toujours été des amis…’’

‘’Je suis très content que Babacar ait pu recueillir les témoignages d’Ismaïla Lô avec qui j’ai partagé la scène pendant 5 ans et Youssou Ndour. Vous savez, entre Omar Pène et Youssou Ndour, on a toujours cru qu’ils étaient les pires ennemis au Sénégal alors qu’on cachait nous-mêmes les relations qui nous liaient. Nous avons toujours été des amis, pendant plus de 40 ans’’. Cette précision est faite par Omar Pène lui-même hier lors de la cérémonie de dédicace du livre que lui a consacré le Pr Babacar Mbaye Diop.

‘’Comme You le dit si bien lui-même dans son témoignage, on s’est connus quand il avait 14 ans alors que moi j’avais 17 ou 18 ans. Nous étions très jeunes’’, poursuit le lead vocal du Super Diamono. Avant d’ajouter : ‘’Nous avons su garder de bonnes  relations et ce, malgré l’adversité qu’il existait entre le Super Diamono et le Super Etoile. Mais nous avons pris de la hauteur pour laisser cela aux fans. C’est pour cela que nous nous sommes toujours compris.’’

Mais à travers cette précision, le modérateur de la cérémonie, le Dr Massamba Guèye, trouve une belle leçon de vie que doit apprendre la jeune génération. ‘’Un artiste doit avoir un jardin secret’’, estime-t-il.

BIGUE BOB

 

Section: 
LITTÉRATURE – AMOUR, TRANSPARENCE, CONFIANCE, CONTRÔLE… « L’Équilibre du cœur » suscite réflexion
20 ANS D’AFRICULTURBAN Le hip-hop sénégalais sur le piédestal
FESTIVAL REKK Le Sénégal s'enrichit d'un nouveau festival
RESTITUTION ARTISTIQUE AU GRAND-THÉÂTRE : Théâtre-forum et playback à l’honneur
TRANSPOSER L’HOSPITALITÉ SÉNÉGALAISE EN MILIEU PROFESSIONNEL... Sokhna Diaw développe le concept Teranga esprit
FEMMES INVISIBILISEES - RECITS OUBLIES : Le pari de PluriElles
16E EDITION DAK’ART : Enfin la date connue !
DISPARITION D’UNE ICONE : Seni Awa Camara, la sculptrice de la terre s’en est allée
TANIT D’OR JCC 2025 : Liti-Liti, une déclaration d’amour à l’humain
EXPOSITION ‘’TES VUES / MA VIE’’- FOLIE SUR LES RESEAUX SOCIAUX L’artiste Boubacar Diallo invite à l’introspection
COPIE PRIVÉE ET DROITS D’AUTEUR : L’État donne le signal, les artistes attendent les actes
CULTURE : Thiès accueille les trésors retrouvés du champ de bataille de Samba Sadio (1875)
Dalifort Hip Hop
50 ANS DE CARRIÈRE DE SOULEYMANE FAYE : Célébration d’un demi-siècle d’art et de sagesse sur scène
RENTRÉE SCOLAIRE 2025/2026 : L’U2PF mise sur l’égalité des chances
LIVRE – DJEMBERÉ, CELLE QUI CHANGE TOUT : Une résiliente face au chaos institutionnel et social
PROLIFÉRATION DES MÉDIAS ÉTRANGERS : Péril sur la souveraineté
ACCES 2025 : Le musique africaine rencontre le monde à Pretoria
TROISIEME EDITION FESTIVAL JOTAAY JI : Dakar a vibré aux voix du féminisme 
BARRIÈRES À L’AUTONOMISATION DES FEMMES : La plaidoirie de l’AJS