Publié le 27 Jul 2016 - 09:10
MOTS CHOISIS

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina KHADRA

 

Prix Roman en 2008 Editions Julliard

« Oran retenait son souffle en ce printemps 1962.

La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Émilie. J'avais peur pour elle. Je l'aimais et je revenais le lui prouver. »

Tout le roman est résumé par ces mots.  D’emblée, il est à dire que l’'auteur a voulu cet ouvrage comme une véritable aventure littéraire,  écrit non pas comme un récit linéaire, mais avec des ouvertures à chaque chapitre…

« Ce que le jour doit à la nuit » relate l'histoire d'un jeune Algérien des années 1930, Younes, paysan, fils d'un propriétaire terrien‎ et qui, avec la déchéance consécutive à l’incendie de leur récolte,  est obligé de s'exiler en ville, à Oran, cet espace qui avale tout, aussi bien les hommes que leur foi...

Cet enfant est confronté à la misère et le père, ne pouvant plus assurer l'avenir de son fils, le confia à son frère, pharmacien marié à une Française et établi dans le quartier européen de la ville. L'enfant passe ainsi d'un cercle où la pauvreté s'était érigée en règle à un environnement opulent si on peut dire.

Il va évoluer ainsi dans cet univers jusqu’au jour où le nationalisme éclate…

Il sera alors obligé de quitter Oran pour aller s'installer dans le village de Rio Salado avec sa famille d’accueil. Là, il va vivre au milieu des Européens, des camarades de classe, grandir harmonieusement et se faisant des amis dans la communauté française se prénommant Jean Christophe, Fabrice et Simon. Lui-même devenant ainsi Jonas par la magie de Madeleine sa tante, se liant d'amour avec Émilie, « une jeune fille raffinée au port noble qui, quand elle marchait, cadençait la foulée du temps »….

Hélas, la guerre d’indépendance  vient déstabiliser la belle harmonie qui y régnait. ....

Le déclenchement de la guerre d'Algérie va briser ce bel élan de fraternité entre des communautés différentes mais toutes attachées à cette Algérie et qui ne pouvaient pas concevoir leur vie ailleurs que sur cette terre.

Au travers de ce roman émouvant  de plus de 440 pages, Yasmina Khadra revient sur une des pages les plus importantes de l'histoire de son pays et par là même, cherche à l'humaniser en décrivant des amitiés fortes, un fol amour, une communauté de destin, tout ce qui unissait  ces jeunes qui avaient de la simplicité dans leur rapport, de la fluidité dans leur communion, une tendresse, une profondeur, une authenticité  sanctifiant presque leurs relations…

« Ce que le jour doit à la nuit » est un formidable témoignage d'une fraternité. Autant l’on est révolté à la lecture  de « L’Amour, la Fantasia » d’Assia Djebar, autant l’on est attendri à la fin de « Ce que le jour doit à la nuit. »

Une écriture merveilleuse conférant aux mots toute leur musicalité avec un Jonas se racontant, donnant aux détails un relief réel pour nous décrire cette Algérie française où toutes les nationalités et confessions vivaient harmonieusement.

Roman nostalgique d’une époque que portent dans leur cœur tous ces hommes déchirés par les guerres et l’on se rend compte ici que cette guerre était fratricide et a dénoué des liens qui ne devaient jamais être distendus, comme cette histoire d’amour tragique…

Aussi, notons-nous comme l’auteur  au travers de ce récit, que Femme ou Pays, l’homme ne peut jamais oublier un amour d’enfance.  
Ce roman est un coup de cœur….. A lire absolument !!!

« Ce que le jour doit à la nuit » a été élu meilleur livre en 2008 par Lire

Il a été porté à l’écran en 2012 par le réalisateur français Alexandre Arcady

Yasmina Khadra est un des plus grands écrivains de notre continent avec une publication très riche de plus d’une trentaine d’ouvrages tels « Les hirondelles de Kaboul », « L’Olympe des infortunes », « L’Ecrivain », « Les Agneaux du Seigneur »…etc.

Ameth GUISSE

 

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