Publié le 24 Oct 2020 - 17:32
LUTTE CONTRE LE TABAGISME

L’Afrique doit relever la tête

 

Le continent africain confronté très longtemps  aux maladies infectieuses est en train de vivre fatalement une transition épidémiologique avec l’apparition et la propagation des maladies non transmissibles (MNT) dont le tabagisme est un facteur de risque causal  de 30% des cancers.

Dans le cadre de sa série d’Africa Tobacco Control Talks du fait de la COVID19, ce 7 octobre 2020, l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) a organisé un webinaire modéré par Suzie Mbouangouare Limbepe de la Fondation pour le Renforcement de Capacités en  Afrique (ACBF)  sur les  pratiques, la collaboration entre les partenaires de la lutte antitabac, et la mobilisation des ressources  domestiques pour financer la lutte antitabac et les ingérences de l'industrie du tabac.

L’éthiopien Wondu Bekele  et le Kenyan Peter Enekwu-ojo,  deux lauréats du prix OMS de lutte antitabac de la Journée mondiale Sans Tabac (JMST) 2020 pour le travail accompli ont fait chacun en ce qui le concerne, un bref résumé de la situation du tabagisme dans son pays.

En Afrique, la mie en œuvre de la Convention Cadre de l’OMS pour la Lutte Antitabac (CCLAT), est ralentie malgré l’existence de preuves de l’impact négatif du tabagisme sur la santé, l’économie et l’environnement. Selon Wondu Bekele  « L’Afrique est comme un  NO LANDS MAN ».  En substance, «  15 pays ont interdit la publicité en faveur du tabac et 8 pays, l’usage du tabac dans les lieux publics »  remarque  Peter Enekwu-ojo. Puis, il ajoute «   de réelles difficultés  existent dans  le partage de l’information et des données de recherche surtout entre africains». Or l’Afrique doit faire un front uni pour lutter efficacement contre l’industrie du tabac et le tabagisme.

Dans certains pays, l’industrie du tabac a réussi à influencer la définition des politiques publiques de santé  soit en retardant le processus d’adoption de loi soit en participant à la rédaction de projet de loi antitabac, soit en écrivant elle-même un projet de loi antitabac qu’elle propose aux gouvernements.

En effet, tellement les législations nationales sont faibles parfois inexistantes que l’industrie du tabac se trouve comme en pays conquis en Afrique.  Elle fait ce que bon lui semble et n’a de compte à rendre à personne.  « Les engagements politiques limités des Etats empêchent les pays Parties à l’OMS de lutter efficacement contre le tabagisme» déclare Wondu Bekele. Ce qui constitue pour le continent un handicap à surmonter.

Dans la lutte antitabac beaucoup de choses ont été réalisées en Afrique avec des résultats appréciables. Cependant,  «  les mécanismes de suivi et évaluation font crucialement défaut ainsi que les mécanismes de coordination »  constate  Peter Enekwu-ojo.

Le Nigéria et le Sénégal ont enregistré de bons résultats. Mais « les bonnes pratiques issues des leçons apprises ne sont malheureusement pas  partagées avec le reste des pays du continent» regrette Wondu Bekele Et l’absence de mécanismes de coordination aggrave la situation malgré l’excellent travail abattu par ACTA accompagné par son partenaire technique et financier, la Fondation pour le Renforcement de Capacités en Afrique (ACBF).

L’Afrique est en train de traverser une période de transformation économique qui n’est pas sans conséquence sur ses relations avec ses partenaires techniques et financiers. De plus en plus se pose la question  de la durabilité des projets au niveau des instances de partenariat international.

Dans le sens  d’accélérer la mise en œuvre de la Convention Cadre de l’OMS (CCLAT) et juguler les effets de manipulation de l’industrie du tabac sur les jeunes et les politiques, les pays Parties à l’OMS « doivent faire des efforts pour conscientiser par le truchement de la sensibilisation les  gouvernements en  vue de changer leurs  attitudes »  déclare  Wondu Bekele.

Les enjeux de la lutte antitabac en Afrique sont énormes. Pour protéger les générations africaines présentes et futures du tabagisme,  l’Afrique doit changer de paradigme. Selon Peter Enekwu-ojo « L’Afrique doit raconter sa propre histoire » Pour ce faire, elle doit tirer les leçons de son passé et de son présent  pour surmonter ses faiblesses dans le sens d’ouvrir d’heureuses perspectives pour sa jeunesse.

Pour changer la situation difficile dans laquelle se trouve actuellement l’Afrique, « la mise en place de politiques audacieuses de lutte contre le tabagisme  semble indispensable» pour éviter de compromettre l’avenir économique, social et culturel des jeunes africains. En dé-normalisant le tabagisme, « on doit mettre en place des politiques de prise en charge de la dépendance tabagique.  déclare  Wondu Bekele «  L’Afrique doit relever ce défi important  ». conclut-il ?

Et relativement au défi de la disponibilité des ressources domestiques, la taxation est non seulement un moyen efficace pour réduire la consommation du tabac mais une source de financement innovante pour financer la Santé, en particulier,  la lutte antitabac.

La lutte contre l’industrie du tabac est un combat inégal. « C’est David contre Goliath » souligne Peter Enekwu-ojo. Au finish, selon les deux lauréats du prix OMS de lutte antitabac de l’Ethiopie et du Kenya. En définitive, pour que l’Afrique sorte victorieuse de sa lutte contre l’industrie du tabac,  il faut  que les acteurs se mobilisent au niveau des pays Parties à l’OMS pour mettre en place des ressources domestiques, des mécanismes de suivi-évaluation et de coordination, des programmes de sensibilisation et des plans de diffusion des bonnes pratiques.

La conférence de Berlin de 1885 qui a décidé du morcellement de l’Afrique en lopins de terre continue d’impacter négativement les politiques publiques y compris les politiques de Santé publique. On ne le dira jamais assez, les dirigeants africains doivent céder une partie de leur souveraineté nationale pour construire une Afrique forte debout contre vents et marées et contre l’industrie du tabac.

Par Baba Gallé DIALLO

Email : babadediana@gmail.com

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