Trois fois plus d’hectares brûlés qu’en 2019
La multiplicité des feux de brousse s’accentue dans les régions de Louga, Matam, Saint-Louis, Tambacounda et Kaffrine. Face aux dégâts causés, le ministre Abdou Karim Sall annonce le renouvellement du matériel de lutte.
Le Sénégal a connu un hivernage bien arrosé. D’où la richesse actuelle de son tapis herbacé. Toutefois, en ce début de période sèche, cette verdure accentue le phénomène des feux de brousse. A ce jour, 229 cas ont été recensés pour un total de 16 406 hectares de surface brûlés. Des chiffres alarmants, si l’on sait qu’à la même période de l’année dernière, le pays comptait 59 cas de feux de brousse qui ont brûlé 5 488 hectares de forêts, soit près de 12 000 hectares de différence. En 2018, on parlait également, à la même période, d’un peu plus de 5 200 hectares partis en fumée.
La zone Nord se trouve être la plus touchée, particulièrement le département de Linguère. ‘’Aujourd’hui, dans le département de Linguère, les feux se déplacent vers Téssékéré. Alors nous, sur le terrain avec les populations, on s’est demandé pourquoi, chaque année, ce même phénomène se reproduit. N’est-il pas aujourd’hui pertinent de revoir les mesures de lutte à faire, en ouvrant les pare-feu dans toute cette zone d’élevage par excellence ? On a eu la chance d’avoir des pluies abondantes avec un pâturage qui va jusque dans les maisons. Si on ne prend pas garde, on va vers le pire, parce qu’au-delà du cheptel qui est décimé, c’est la population qui est en danger, car on peut enregistrer des pertes en vies humaines. Si on ne préserve pas ce pâturage, ce sera un motif de transhumance et de déperdition scolaire. En tant que maires, on a choisi de rencontrer les autorités en charge de la question environnementale, pour voir les stratégies à mettre en place.’’, explique l’édile de la commune de Téssékéré.
Selon Idrissa Diop, la population a eu à contribuer financièrement à l’ouverture de pare-feu sur 3 km, en partenariat avec l’Agence de la reforestation. Il estime que les habitants des zones touchées doivent participer à la recherche de solutions et ne pas tout attendre de l’Etat. L’environnement est une compétence transférée aux collectivités territoriales. Mais ce transfert ne bénéficie pas de l’accompagnement nécessaire. ‘’Ce sont les problèmes qui nous sont transférés, mais les moyens qui devraient suivre sont absents. Il n’y a pas une seule collectivité locale livrée à elle-même qui pourrait résoudre le problème. Donc, l’appel que nous lançons au ministère de l’Environnement et aux acteurs, c’est qu’ensemble, on puisse trouver les moyens techniques et financiers, afin que cette question soit réglée une bonne fois pour toutes. Il importe qu’il y ait une collaboration et des échanges entre tous les acteurs de l’environnement, pour que des mesures puissent être mises en place pour une résolution définitive’’, pense pour sa part le maire de Mboula, Gory Ba.
‘’Les feux de brousse sont d’origine anthropique’’
La problématique est, selon le ministre de l’Environnement et du Développement durable, suivie au quotidien. Abdou Karim Sall a annoncé hier, sur Radio-Sénégal, un total de 925 km de pare-feu mis en place cette année, en plus des 1 835 km de pare-feu entretenus. ‘’Il existe des zones où la matière sèche à l’hectare s’élève à 5 000 kg. Ce qui fait du Sénégal un pays très riche en fourrage. Alors, dès la fin de l’hivernage, nos équipes ont été mises en état d’alerte. Tous les moyens de lutte ont été prépositionnés dans les endroits vulnérables tels que la zone de Linguère, les régions de Matam, Saint-Louis, Tambacounda et Kaffrine. Et à chaque fois, on mutualise les forces pour maîtriser les feux’’, a-t-il déclaré.
Le ministre insiste, en outre, sur la sensibilisation : ‘’Les feux de brousse sont d’origine anthropique. Il faut que les gens sachent qu’un mégot de cigarette jeté sur de l’herbe sèche peut faire d’énormes dégâts. Il en est de même pour ceux qui préparent du thé dans la forêt et les chasseurs qui allument du feu pour capturer leur proie. Donc, très tôt, nous avons orienté nos forces sur la sensibilisation. Sept cent treize sessions de sensibilisation et d’éducation ont eu lieu cette année. Je salue au passage les efforts des populations pour limiter les dégâts, notamment les comités villageois de lutte.’’
L’état d’alerte sera maintenu, poursuit-il, jusqu’au mois de février. Et, il est prévu un programme de renouvellement du matériel de lutte contre les feux de brousse d’environ 4 milliards F CFA. Selon Abdou Karim Sall, les feux précoces périodiques constituent un excellent moyen de lutte contre les feux de brousse.
D’après les textes réglementaires, seul le président de conseil départemental a le droit de fixer la date des feux précoces. Il s’agit de brûler une partie du tapis herbacé pour diminuer le potentiel en fourrage. Cela se fait soit dans les axes routiers ou autour des villages de manière organisée. Mais bien souvent, les populations elles-mêmes provoquent ces feux. ‘’La législation, même si elle est extrêmement répressive, ne peut empêcher les feux de brousse. En fait, il est maintenant bien admis que dans les zones caractérisées par une longue saison sèche, il est impossible de mettre en œuvre efficacement une politique de prévention des feux de brousse. Par ailleurs, dans les zones en question, les mesures pourraient être efficaces, tant que les herbacées et les broussailles restent clairsemées’’, fait savoir l’ancien directeur des Eaux et forêts Abdoulaye Kane.
En plus de détruire des périmètres maraîchers, les feux de brousse brûlent progressivement l'écorce des arbres et endommagent leurs troncs, allant jusqu'à entraîner leur mort ou leur chute. Ils provoquent aussi la diminution de la biodiversité des zones brûlées, accélèrent le processus de la déforestation et aboutissent à la destruction des habitats de la faune sauvage. La régénération naturelle est aussi bien souvent perturbée.
EMMANUELLA MARAME FAYE