Publié le 2 Jul 2021 - 22:46
LISTE UNIQUE OPPOSITION

Un pari vital, mais périlleux

 

Alors que Khalifa Sall semble mettre une bonne partie du FRN dans sa botte, pendant que le M2D parait entièrement acquis à Ousmane Sonko, le Parti démocratique sénégalais se dit partie prenante des négociations au sein du FRN, mais semble donner licence à ses responsables qui prennent des initiatives à la base.

 

S’unir ou périr. Face à cette alternative, les partis de l’opposition n’ont pas tergiversé pour choisir. La plupart sont entrés de plain-pied dans les discussions pour mettre tous les atouts de leur côté. Sauf qu’ils sont rares à vouloir dévoiler leur stratégie dans ce cadre. Quand ils acceptent d’en parler, c’est de façon très laconique.

Courtois comme à son habitude, le conseiller politique de Khalifa Ababacar Sall, Moussa Taye, se borne à cette déclaration, qu’il n’a eu de cesse de répéter : ‘’Taxawu Senegaal va participer aux Locales partout au Sénégal, dans le cadre d’une large coalition regroupant des partis de l’opposition, et en tenant compte des spécificités de chaque localité. En cette veille des élections, c’est tout à fait normal que les partis se rencontrent, échangent et discutent, afin de mettre en place des coalitions. Et sur ce registre, je puis vous assurer que nous ne sommes pas en reste. Mais vous comprendrez que nous ne pouvons pas trop nous avancer là-dessus. C’est aussi une question de stratégie.’’

Malgré les nombreuses relances, le politique s’est limité à répéter cette posture de principe. Sauf quand il est interpellé sur un possible accueil des éventuels dissidents de la majorité présidentielle. A ce propos, il est formel : ‘’Il faut savoir que nous, nous sommes dans l’opposition. La majorité, c’est le pôle antagonique. Quelles que soient les difficultés qu’ils ont en leur sein, on ne peut recevoir des gens issus de la majorité. Le principe, comme je vous l’ai dit, c’est que l’alliance, c’est uniquement avec des gens de l’opposition. Sur cette question, je le répète : le pouvoir, c’est BBY et tous ses alliés : les contents comme les mécontents. Aucun dissident de BBY ne trouvera refuge au niveau de l’opposition, de Taxawu Senegaal.’’

Sonko-Khalifa, le mystère !

Cela dit, plusieurs questions essentielles restent en suspens. Avec qui Taxawu est en discussion ? Sur quelles modalités les alliances vont se nouer ? Pour l’heure, c’est l’omerta. Chez Khalifa Ababacar Sall, on semble surtout miser sur le cheval FRN (Front de résistance nationale), une structure qui regroupe essentiellement des partis politiques de l’opposition.

Pendant ce temps, Pastef et les sonkoiste, eux, ont jeté leur dévolu sur le M2D (Mouvement pour la défense de la démocratie), entité regroupant aussi bien des partis politiques que des mouvements citoyens.

Des deux côtés, ça manœuvre ferme pour avoir le contrôle de l’opposition. Même si le bruit court que les leaders de fait des deux blocs se parlent, d’autres voix relativisent et parlent plutôt de rumeurs. A Pastef, l’entourage ne semble guère au même niveau d’information sur ce qui se trame au sommet.

Selon ce responsable, les deux leaders ne sont pas en contact formel. Il insiste : ‘’La dernière fois qu’ils se sont vus, c’est Ousmane qui était allé le voir, mais pour lui présenter ses condoléances. Les gens ne font qu’inventer des choses. A Pastef, ce que je puis vous dire, c’est qu’à ce jour, il n’y a pas eu de réunion pour parler de ça. Nous étions occupés par autre chose.’’

Malgré ces assurances, d’autres voix du Pastef soutiennent qu’il y a effectivement contact direct entre les deux hommes qui se parlent. Parmi les possibles écueils, il y a la mairie de Dakar, convoitée par Barthélémy Dias, mais dont le procès en appel contre la famille de Ndiaga Diouf n’est toujours pas vidé.

Pas loin de cette dualité entre le FRN dont une bonne partie est sous la coupe réglée de Khalifa et le M2D entièrement acquis à Sonko, le Parti démocratique sénégalais (PDS) semble un peu en retard dans la guerre pour les alliances. Aussi, les libéraux ne se font pas d’illusions. Le FRN d’aujourd’hui est loin de celui qu’ils avaient eux-mêmes porté sur les fonts baptismaux. Le cordon ombilical, formé par Oumar Sarr, Me El Hadj Amadou Sall et Mamadou Diop Decroix s’étant coupé depuis belle lurette.

Mais en politiques aguerris, les partisans de Wade ont pris les devants, en misant sur un travail à la base, même s’ils continuent de garder un œil sur les tractations au sein du FRN. Une chose est sûre, selon ce responsable libéral, une entente au sommet sera très difficile à mettre en œuvre.

‘’Chacun veut diriger, incarner le leadership de l’opposition. Or, il n’y a pas eu d’élections valables pour déterminer le leader de cette opposition. Il y a des choses que le PDS n’acceptera jamais. Certaines localités, on ne les laissera à personne. Et je pense qu’il doit en être comme ça dans toutes les localités. On met en avant le candidat de l’opposition le mieux placé. Autrement, nous allons droit vers le mur’’, souligne-t-il non sans préciser que ceci reste son avis.

Au PDS, il y a des tractations à la base

Dans la même veine, d’autres sources tiennent à informer des tractations à la base. ‘’Au niveau local, il y a des initiatives sur lesquelles nos responsables nous font part. De façon libre et spontanée, certains responsables mènent des discussions avec d’autres forces de l’opposition et en informent le parti. Au niveau national, rien n’est retenu, pour le moment’’, renchérit-il, avant de préciser : ‘’Le parti est aussi dans des cadres : notamment le FRN où nous sommes en train de discuter des modalités pour aller à ces élections. Mais ces discussions ne sont pas achevées.’’

Dans cette dynamique, les libéraux de Dakar ne sont pas en reste. Du moins dans certaines communes, souligne notre source sans plus de précision.           

Membre de la commission électorale mise en place par le secrétaire général Abdoulaye Wade, Assane Ba préfère, lui, parler des actes officiels que déroule sa formation en direction des élections locales. Interpellé sur les démarches visant à nouer des alliances, voici sa réponse : ‘’Il est évident que le PDS est le premier parti à travailler autour des alliances, depuis la CA 2000, Fal 2000 à nos jours, nous avons toujours travaillé dans ce sens. Nous avons cette culture. D’ailleurs, notre programme nous l’exige et nous travaillons avec nos amis de l’opposition pour avoir une large coalition, si c’est possible’’.

Cela dit, cette négociation ne semble pas être une fin en soi chez les libéraux déjà à pied d’œuvre pour maximiser leurs chances aux prochaines élections. Sans bruit, ni trompette, les partisans de Wade déroulent leur plan d’action. Depuis janvier 2020, rappelle Assane Ba, le PDS est sur le terrain, grâce à une décision du SG instruisant le parti de mettre en place les comités électoraux dans toutes les collectivités territoriales.

‘’Nous avons donc pris les devants et c’est dans ce cadre que nous avons fait tous les départements du Sénégal pour la remobilisation des troupes. Cela veut dire qu’au niveau des différentes circonscriptions territoriales, les représentants du parti sont désignés. Nous attendons simplement les textes réglementaires pour tout mettre en œuvre. C’est le plus important, pour le moment’’, signale le responsable libéral.

Pour lui, la priorité de son parti, c’est de conserver au moins les collectivités dans leur besace depuis 2014. ‘’Nous avons fini de rencontrer les maires libéraux. En 2014, nous avions engrangé 114 collectivités territoriales que nous dirigeons. Certains, une vingtaine environ, ont certes rejoint la majorité, mais le reste est là, fort et très dévoué. Pour nous, il est hors de question de perdre les localités sous notre contrôle. Et nous nous donnons les moyens de les conserver’’, souligne le libéral, non sans relativiser les départs. ‘’Ils sont partis seuls. Et dans le même temps, d’autres sont venus. Parmi ces derniers, il y a même des adjoints aux maires. Le PDS est donc prêt pour aller à l’assaut de ces élections’’.  

Ouverts à toutes les forces de l’opposition et du mouvement citoyen, les libéraux sont catégoriques quant à une éventuelle alliance avec des dissidents du pouvoir. Assane Ba : ‘’Nous ne pouvons pas avoir une alliance avec l’APR ou une quelconque entité de Benno Bokk Yaakaar. Cela a toujours été la ligne du PDS. Comme lors de la dernière Présidentielle, le président Wade avait clairement dit que les électeurs peuvent voter pour le candidat de l’opposition de leur choix. Cela est toujours d’actualité.’’

Jotna et CRD, pour le meilleur comme pour le pire

Aux côtés des mastodontes de l’opposition, certains partis considérés comme moins représentatifs tentent de s’organiser pour ne pas subir le diktat des plus forts. Il en est ainsi de la coalition Jotna, qui réunit plusieurs partis dont Teranga Senegaal de Dr Abdoulaye Niane, celui-là même qui était le directeur de campagne d’Ousmane Sonko à la dernière Présidentielle.

Pour lui, sa coalition est déjà en discussions très avancées avec le CRD d’Abdoul Mbaye, Thierno Alassane Sall, Mamadou Lamine Diallo, entre autres. Pour sa part, Dr Niane précise : ‘’Nous sommes ouverts à l'unité de l'opposition. Nous y travaillons même. Aucune élection ne peut se gagner dans la séparation. Nous sommes déjà avec le CRD. Nous sommes liés par des principes communs et sommes en train d'établir les modalités d'une participation électorale ensemble. Un cadre actif, depuis plusieurs mois, est en place.’’

Selon l’ancien directeur de campagne d’Ousmane Sonko, Jotna est prêt à travailler avec tous les Sénégalais qui sont d'accord avec ses valeurs de démocratie, de transparence et de patriotisme. Et d’ajouter : ‘’Le Sénégal est indivisible. Personne n'a intérêt à briser la corde qui nous lie en tant que nation. Face aux périls multiples, nous avons l'obligation de faire bloc’’, souligne le président de la coalition Jotna.

MOR AMAR

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