Publié le 24 Feb 2026 - 14:59
RETROUVAILLES SONKO-OPPOSITION

Le moment de vérité ?

 

Près d’un an après leur dernier face-à-face au mois d’avril 2025, l’opposition va retrouver son ‘’meilleur ami’’ à l’Assemblée nationale aujourd’hui.

 

« Demain est une date importante. Je vous invite à nous suivre à l’Assemblée nationale à partir de 10h, pour un moment d’échanges et de vérité, dans la pure tradition de Pastef. » Ainsi s’est exprimé le président de Pastef hier sur ses comptes officiels. Face aux députés aujourd’hui, Ousmane Sonko est attendu sur plusieurs questions brûlantes de l’actualité. Comme lors de la première édition, on parlera encore et sûrement du fonctionnement de la Justice et de la reddition des comptes.

À ce propos, le président de la République avait déjà annoncé, lors de son discours de fin d’année, d’importantes réformes à présenter à l’Assemblée nationale dès le premier trimestre, c’est-à-dire au plus tard d’ici un mois. Diomaye avait ainsi annoncé les projets de textes relatifs à la révision de la Constitution, à la Cour constitutionnelle, au Conseil supérieur de la Magistrature, à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), ainsi que le projet de Code électoral. Le Premier ministre peut-être nous en dira un peu plus, mais surtout sur la date exacte de passage de ces textes.

S’il y a une question sur laquelle Ousmane Sonko et son opposition ont l’habitude de tenir le même langage, c’est par rapport à l’indépendance de la justice et à la séparation des pouvoirs. Pour le Premier ministre comme pour l’opposition, la Justice n’est pas impartiale. Alors que le PM la trouve laxiste dans le traitement des affaires judiciaires concernant les dignitaires de l’ancien régime, l’opposition la juge complaisante et trop répressive envers les voix de l’opposition. Parmi les affaires en cours qui risquent de polluer l’atmosphère, il y a les procédures de levée de l’immunité d’anciens ministres de Macky Sall ; les affaires Abdou Nguer, Azoura, etc. La question de l’homosexualité risque aussi de s’inviter à l’hémicycle, avec la polémique autour de sa criminalisation. Depuis quelque temps, le discours de Pastef et de ses alliés semble avoir considérablement changé sur cette question. On est passé de la criminalisation à l’appel au durcissement, et le gouvernement a déjà engagé des réformes dans ce sens.

Homosexualité, crise estudiantine, dette publique : les sujets brûlants de l’actualité

Au-delà des querelles de politique politicienne, l’on s’attend surtout à avoir des réponses concrètes sur le contenu et le calendrier des réformes institutionnelles ; l’inclusion demandée par plusieurs organisations de la société civile ; mais aussi sur la réforme de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et du Code électoral. Outre la justice, la dette publique revient aussi très souvent lors des face-à-face entre Ousmane Sonko et les députés, chaque camp accusant l’autre d’être à l’origine des difficultés auxquelles le pays est confronté.

Cette fois, le gouvernement est attendu sur une question précise : a-t-il effectivement sécurisé les échéances de mars et comment a-t-il pu mobiliser les ressources ? Dans ses dernières livraisons, Afrique Intelligence nous apprenait qu’en réalité, le gouvernement semble avoir sacrifié certains créanciers publics pour privilégier le paiement des eurobonds, qui attirent le plus l’attention et la curiosité. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il toujours pas accepté de rendre public le rapport Mazars ? La question reste encore en suspens et ce n’est certainement pas aujourd’hui qu’elle trouvera réponse auprès du PM.

Par ailleurs, le Premier ministre et son gouvernement devront aussi revenir sur la lancinante crise qui secoue l’université depuis plusieurs semaines. Lors de la journée des martyrs, il s’était signalé par un discours guerrier, marqué par des menaces qui ont été mal accueillies par les étudiants. D’ailleurs, beaucoup n’avaient pas manqué de lui rappeler ses déclarations au temps de l’opposition, quand il jugeait inacceptable que les étudiants descendent dans la rue pour des questions de bourses.

Aujourd’hui, Ousmane Sonko estime presque que Macky Sall en faisait trop par peur de la pression estudiantine, ce qui aurait précipité le pays dans le gouffre. Depuis son discours du 7 décembre, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. La répression policière s’est durcie à l’université jusqu’à ce que mort s’ensuive le 9 février dernier. Sonko saisira sans doute l’occasion pour essayer de se réconcilier avec cette composante qui a joué un rôle fondamental dans la vie de Pastef. Quelles mesures pour apaiser la colère des étudiants sans renoncer aux réformes présentées comme indispensables ? C’est toute l’équation à laquelle le PM devra trouver des solutions adéquates.

Le sort des 18 supporters

Par ailleurs, ce rendez-vous de questions d’actualité intervient aussi dans un contexte marqué par la question sensible de l’homosexualité ; les interrogations sur la détention des supporters sénégalais au Maroc ; la mort trouble du compatriote Cheikh Charles Diouf dans ledit royaume… Il faut noter que le gouvernement de Sonko fait jusque-là profil bas sur cette question avec le Maroc, alors qu’il nous avait habitués à être plus spontané, notamment quand il s’est agi de réagir à une décision prise par la justice française sur l’affaire Madiambal Diagne.

Dans le même sillage, on note le ralentissement des investissements dans certains grands projets depuis plusieurs mois, la multiplication des cas de négligence dans les hôpitaux qui continuent de coûter des vies, etc. Avec la présence de l’opposition, il pourrait aussi être interpellé sur le maintien dans son gouvernement de ministres qu’il a pourtant accusés de faits graves de malversations. Depuis l’installation de la nouvelle législature avec une majorité très confortable de Pastef, Ousmane Sonko a fait des efforts importants pour se conformer aux exigences du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, qui lui enjoint de s’acquitter de cette formalité tous les trois mois. La porte-parole du gouvernement n’a d’ailleurs pas manqué de magnifier cette performance.

« Saviez-vous, s’interroge-t-elle, que Monsieur Ousmane Sonko est le seul Premier ministre du Sénégal à respecter l’article 104 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale ? Cette démarche traduit une volonté claire de renforcer la transparence, le dialogue institutionnel et la redevabilité devant la représentation nationale, dans un esprit conforme aux exigences de l’État de droit », a souligné Marie Louise Khady Fatou Faye. Aux termes de l’article 104 précité, les questions d’actualité doivent se tenir au moins une fois par trimestre, pendant la session ordinaire unique.

Ces séances permettent aux députés d’interroger le Premier ministre et les membres du gouvernement sur des sujets d’actualité de leur choix. Alors que l’opposition avait boycotté la dernière session, cette fois, elle compte aller à l’Assemblée nationale pour faire face au PM. La dernière session d’actualité a eu lieu le vendredi 28 novembre 2025 sans la présence de l’opposition. Auparavant, Ousmane Sonko était resté plus de trois mois sans mettre les pieds à l’Assemblée nationale. Les premières questions d’actualité ont eu lieu respectivement le 21 février et le 14 avril 2025.

Par Mor Amar

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