Publié le 15 Sep 2025 - 18:37
DE LA CONSOMMATION À L’INVESTISSEMENT

FAIRE DE LA DIASPORA LE MOTEUR DE LA CROISSANCE SÉNÉGALAISE

 

Note de recommandation au Premier Ministre

La diaspora sénégalaise constitue un pilier stratégique de l’économie nationale. Selon la Banque mondiale, elle transfère chaque année entre 2,5 et 3 milliards de dollars, soit près de 10 % du PIB et plus du double de l’aide publique au développement reçue par le pays. Ces transferts représentent une source essentielle de devises, mais près de 80 % de ces ressources sont destinées à la consommation (dépenses courantes, santé, éducation, immobilier résidentiel), avec un impact limité sur la création d’emplois et la transformation économique. Le défi est donc de convertir cette manne en investissements productifs capables de stimuler la croissance et de renforcer l’autonomie économique du Sénégal.

Pour y parvenir, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes financiers attractifs et sécurisés. Le Sénégal pourrait, à l’image de pays comme l’Éthiopie ou l’Inde, lancer des obligations diaspora ciblant les infrastructures, l’énergie et l’éducation. Des fonds d’investissement dédiés pourraient être créés pour canaliser une partie des transferts vers les PME locales, l’agro-industrie, les start-ups numériques et les énergies renouvelables. Les fintech doivent également être mobilisées afin de réduire les coûts de transfert (actuellement supérieurs à 8 % en moyenne pour l’Afrique) et faciliter l’investissement direct dans des projets locaux.

Le foncier reste un frein majeur pour la diaspora qui souhaite investir dans l’agriculture ou l’immobilier productif. Il est urgent de sécuriser les titres de propriété et de simplifier les procédures d’accès, notamment par la digitalisation des registres fonciers. De plus, la titrisation des biens immobiliers permettrait aux membres de la diaspora d’utiliser leurs actifs comme garanties pour accéder à des crédits bancaires et investir davantage dans l’économie nationale.

Au-delà du capital financier, la diaspora est aussi un réservoir de compétences et d’innovations. On estime que plus de 600 000 Sénégalais vivent à l’étranger, dont une part importante de cadres, chercheurs et entrepreneurs. Leur implication à travers des programmes de mentorat, d’incubation de start-ups, de transfert technologique et de missions de compétences temporaires peut contribuer à renforcer l’écosystème entrepreneurial et accélérer la modernisation de secteurs stratégiques tels que la santé, l’éducation et l’industrie. Les collectivités territoriales doivent également être associées pour identifier les projets prioritaires et assurer un développement participatif et inclusif.

Enfin, pour bâtir la confiance, il est indispensable de mettre en place un cadre institutionnel fiable. Un guichet unique pour la diaspora, des incitations fiscales ciblées et une transparence totale dans la gestion des fonds sont des conditions nécessaires pour attirer et sécuriser les investissements. Si le Sénégal parvient à convertir ne serait-ce que 20 % des transferts annuels en investissements productifs, cela représenterait près de 500 millions de dollars par an, soit l’équivalent du budget annuel de plusieurs ministères stratégiques. Une telle orientation ferait de la diaspora non seulement un soutien social, mais le véritable moteur de la croissance et de l’émergence du Sénégal.

Dr Seydou Bocoum

Sénégalais de la diaspora, près de 20 ans d’expérience aux États-Unis

Section: 
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE. Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne
LE CHEMIN DE L’ESPOIR : Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée
TURBO-RÉVOLUTION FINANCIÈRE AU SÉNÉGAL Entre orthodoxie du FMI, défi de la dette et explosion des alternatives endogènes
LE DESTIN DU PRÉSIDENT DIOMAYE : Entre démission et cohabitation forcée
LETTRE OUVERTE : À Son Excellence le Président de la République,
PROPOSITIONS DE RÉFORME-DIVORCE : Mettez juste un trait d’union
Saisine du conseil constitutionnel et dispersion de la classe politique
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin