Ce n’est pas gagné !

L’idée d’une candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies fait couler beaucoup d’encre. Alors qu’une motion de soutien est lancée, mettant en avant ses mérites, l'analyste politique Famara Sané note que le profil recherché est celui d’un régulateur institutionnel, parfois volontairement affaibli. Il s’interroge sur le profil du candidat.
La Convergence des Cadres Républicains (CCR), à l’instar du Comité de liaison et de soutien du Secrétariat exécutif national du parti (SEN), appuie la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies. Elle est convaincue que l’élection de ce dernier à la tête de l’ONU constituera "un gage de stabilité dans le monde, de développement accéléré des pays et de cohésion entre les peuples".
Elle dit être consciente de l’atout majeur que constitue Macky Sall. Elle voit en lui un porte-voix "crédible" et respecté du continent, qui a su faire la différence par sa connaissance des dossiers, la pertinence de ses discours et son franc-parler. "La CCR croit fermement que le Président Macky Sall demeure l’homme de la situation pour garantir la paix, la sécurité et la solidarité entre les peuples", déclare-t-elle.
"Durant son mandat à la tête de l’Union africaine, poursuit la CCR, Macky Sall a pleinement joué son rôle et fait entendre et respecter la voix de l’Afrique à travers le monde, amenant ainsi les grands pollueurs à assumer leurs responsabilités et permettant à l’Afrique de bénéficier de financements afin de consentir les efforts nécessaires sans hypothéquer ses objectifs de croissance économique."
Les Cadres Républicains saluent aussi les efforts de l’ex-président pour consolider la paix, garantir la sécurité, promouvoir la concorde nationale et continentale, et renforcer l’unité du pays ainsi que celle de tous les Africains. Son engagement en faveur de la création d’un environnement économique assaini est également évoqué.
"Le Président Macky Sall, grâce à son travail acharné et à son leadership exceptionnel, a hissé le Sénégal à un niveau de développement remarquable, faisant de notre pays un modèle de croissance et de stabilité en Afrique", souligne la CCR.
"L’audace politique et la capacité de transformation du système sont moins recherchées…"
Pour sa part, l’analyste politique Dr Famara Sané estime que cette hypothèse de la candidature de Macky Sall, souvent portée par un discours de reconnaissance symbolique de l’Afrique et par la trajectoire internationale de l’ancien président sénégalais, mérite d’être examinée avec rigueur, au prisme des réalités institutionnelles et des rapports de force géopolitiques contemporains.
D’abord, il rappelle que le SG de l’ONU n’est pas choisi par un vote libre et ouvert des États membres, mais par un mécanisme verrouillé. "En dépit de la validation formelle par l’Assemblée générale, la décision réelle appartient au Conseil de sécurité, et plus précisément à ses cinq membres permanents. Aucun candidat ne peut accéder à cette fonction sans être jugé acceptable, simultanément, par les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni", assure Dr Famara Sané.
À l’en croire, ce cadre structurel transforme la désignation du SG en un exercice de compromis minimal. D’après lui, l’audace politique et la capacité de transformation du système sont moins recherchées que la prévisibilité, la neutralité et la capacité à gérer les crises sans remettre en cause l’architecture du pouvoir mondial.
Dans ce contexte, dit-il, "le profil recherché aujourd’hui n’est plus celui d’un leader politique affirmé, porteur d’un projet de réforme du multilatéralisme, mais celui d’un régulateur institutionnel, parfois volontairement affaibli, dont la fonction première est de maintenir un équilibre instable entre puissances rivales".
Selon l’analyste politique, cette réalité constitue le premier obstacle majeur pour la candidature de tout ancien chef d’État, en particulier lorsqu’il a exercé le pouvoir dans un contexte politique intérieur clivant.
L’analyse des positions des grandes puissances confirme ce verrou, selon M. Sané. Il relève que les États-Unis et leurs alliés européens privilégient traditionnellement des profils issus de l’appareil onusien ou de grandes institutions multilatérales, maîtrisant les codes diplomatiques et peu exposés à des controverses politiques récentes. La Chine, de son côté, se montre extrêmement prudente : elle recherche un Secrétaire général discret, non interventionniste, évitant toute politisation excessive des questions de gouvernance et de droits humains, selon l'analyste politique.
Quant à la Russie, elle utilise avant tout le processus de sélection comme un instrument de blocage stratégique, se méfiant des personnalités capables d’incarner une dynamique politique autonome susceptible de fragiliser le droit de veto.
Dans une telle configuration, souligne Dr Famara Sané, un ancien président africain, même doté d’une réelle visibilité internationale, apparaît moins comme un compromis rassurant que comme un facteur d’incertitude. "Le cas de Macky Sall illustre pleinement cette ambivalence : trop politique pour répondre aux attentes de neutralité des grandes puissances, mais insuffisamment institutionnalisé dans l’appareil onusien pour s’imposer comme un gestionnaire consensuel", analyse-t-il.
À cela, dit-il, s’ajoute la question, centrale mais souvent idéalisée, du Sud global. Si celui-ci constitue la majorité numérique à l’Assemblée générale et concentre l’essentiel des enjeux traités par l’ONU, pour M. Sané, il reste profondément fragmenté, "sans stratégie collective cohérente ni capacité réelle d’imposition" dans le processus de désignation du Secrétaire général.
L’Afrique, en particulier, note-t-il, souffre d’un double handicap : l’absence d’unité diplomatique et l’absence de levier décisionnel au Conseil de sécurité. "Une candidature africaine non portée par un consensus continental fort relève davantage du symbole que d’une stratégie efficace", indique l’analyste politique.
"Macky Sall n’est ni le candidat officiel de l’Afrique ni… »
Les BRICS, souvent présentés comme un contrepoids à l’ordre occidental, n’offrent pas davantage un soutien décisif, selon Dr Famara Sané. Il explique que leur dynamique est avant tout géoéconomique et financière. Et que la Chine et la Russie, membres influents des BRICS, demeurent paradoxalement parmi les plus conservatrices lorsqu’il s’agit de préserver l’équilibre institutionnel de l’ONU.
M. Sané note que l’Inde et le Brésil, quant à eux, concentrent leurs efforts sur la revendication de sièges permanents plutôt que sur la promotion d’un Secrétaire général issu du Sud. "Dans ce jeu complexe, Macky Sall se retrouve pris en étau. Il n’est ni le candidat officiel de l’Afrique, faute de parrainage clair et unifié, ni le candidat stratégique des BRICS, qui n’ont aucun intérêt direct à porter son ambition, ni le candidat naturel du compromis occidental", souligne Dr Famara Sané. Pour qui, sa trajectoire internationale, bien que réelle, ne suffit pas à compenser ces limites structurelles. "Le problème n’est donc pas tant la valeur individuelle du candidat que la logique du système lui-même", dit-il.
BABACAR SY SEYE







