Le Sénégal face au casse-tête du financement

L’OMS milite pour une synergie entre la santé et la science pour obtenir plus de résultats. Au Sénégal, il y a des acquis certes, mais reste des défis à relever.
Afin d'appeler à une mobilisation collective en faveur d'investissements durables dans la science, l'Organisation mondiale de la santé a choisi comme thème cette année : "Soutenons la science", pour la Journée mondiale de la santé 2026 célébrée à Dakar. Elle considère que cet engagement est indispensable pour accélérer les progrès vers la Couverture maladie universelle (CMU), renforcer la sécurité sanitaire, anticiper les menaces émergentes et soutenir durablement le développement socio-économique.
Mais en ce qui concerne le Sénégal, les priorités s'inscrivent dans les orientations de la stratégie nationale de transformation du système de santé et du plan national CMU. « Le pays a enregistré des avancées notables à travers l'amélioration de la couverture vaccinale, le renforcement des capacités de surveillance épidémiologique et de laboratoire, le dynamisme de la recherche, la digitalisation progressive des systèmes d'information et l'urgence d'initiatives structurantes en matière de production locale de produits de santé », renseigne l’organisation.
Cependant, ces acquis mettent également en lumière des défis structurels persistants. Il s'agit de la nécessité de renforcer les investissements dans la production et l'exploitation des données probantes, d'accélérer la traduction des innovations scientifiques en politiques publiques efficaces, de renforcer les capacités nationales pour réduire les dépendances critiques, et d'améliorer la coordination et l'allocation optimale des ressources fondées sur l'évidence.
« Ainsi, investie collectivement dans la science, renseigne l’OMS, l'innovation et les politiques fondées sur les preuves constituent un impératif pour accélérer la CMU, garantir l'équité dans l'accès aux soins et construire un système de santé résilient. La problématique centrale se pose en ces termes : comment mobiliser durablement les investissements, renforcer la production nationale de connaissances, structurer l'utilisation des données probantes et accélérer l'intégration des innovations afin d'accélérer les progrès vers la CMU et de bâtir un système de santé véritablement résilient et autonome ? Cette problématique soulève des enjeux stratégiques que sont la priorisation des investissements dans un contexte de ressources limitées, l'efficacité de l'allocation des ressources basée sur les évidences, la transformation des innovations en solutions accessibles à grande échelle, le renforcement des capacités nationales en recherche et en production, et l'adhésion des populations aux interventions fondées sur la science ».
Pr Ibrahima Seck et les progrès sanitaires des 10 dernières années (2015-2025)
Venu faire une communication sur le thème : "Comment la science transforme-t-elle concrètement les systèmes de santé et les résultats sanitaires au Sénégal ?", le médecin colonel, directeur de l'Institut de santé et développement, Pr Ibrahima Seck, a confié qu'entre 2015 et 2025, des résultats montrent une amélioration globale de la santé des populations grâce notamment à une meilleure couverture médicale, aux campagnes de vaccination, au développement des infrastructures sanitaires, mais aussi à l'utilisation de la science et des innovations technologiques.
Selon lui, pour une transformation durable et inclusive, il y a des défis à relever.
Pour que la science transforme pleinement la santé au Sénégal, plusieurs conditions doivent être réunies. Il est d'abord essentiel pour Pr Seck de renforcer les infrastructures et l'accès numérique, d'améliorer la couverture Internet, surtout dans les zones rurales, et de réduire le coût des technologies, car cela permettrait de rendre les innovations accessibles à un plus grand nombre de citoyens.
Il faut aussi former et accompagner les acteurs de la santé à travers une formation des professionnels dans l'utilisation des outils numériques ; la sensibilisation des populations sur les avantages de l'utilisation des outils numériques pour une meilleure appropriation de ces technologies favoriserait leur adoption à grande échelle.
A ses yeux, la science transforme déjà de manière concrète la santé au Sénégal en améliorant l'accès aux soins, en rendant la médecine plus efficace et en proposant des solutions adaptées aux réalités locales. "Toutefois, cette transformation reste incomplète en raison de plusieurs limites, notamment la fracture numérique, le manque de formation et les difficultés de coordination. L'enjeu majeur réside désormais dans la capacité à surmonter ces obstacles afin de construire un système de santé moderne, inclusif et durable, au service de l'ensemble de la population sénégalaise. Comme le souligne l'Organisation mondiale de la santé, l'innovation en santé ne peut être pleinement efficace que si elle est accessible à tous", rappelle le médecin colonel Pr Ibrahima Seck.
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LUTTE CONTRE LES MALADIES TRANSMISSIBLES AU SÉNÉGAL L’OMS liste ses bons points Hier, lors de la célébration de la Journée mondiale de la santé, l'Organisation mondiale de la santé est revenue sur son bilan au Sénégal entre 2025 et 2026. Depuis 1962, l'OMS accompagne le Sénégal dans la définition et la mise en œuvre de politiques de santé fondées sur les données probantes. Aux côtés du Ministère de la Santé et de l'Hygiène Publique (MSHP), l'OMS souligne apporter un appui technique stratégique, notamment dans la définition des priorités conformément aux standards internationaux, renforcer les capacités nationales et soutenir des interventions à fort impact au plus près des populations. L’organisation souligne que son action contribue à améliorer durablement l'état de santé, en particulier pour les plus vulnérables. Qu’elle joue un rôle clé dans la préparation et la réponse aux urgences sanitaires, le renforcement du système de santé et l'accélération de la couverture sanitaire universelle. Ainsi, en mobilisant des partenariats et des ressources, l'OMS dit agir comme catalyseur de transformation du système de santé. C’est le cas dans le cadre de la lutte contre les maladies transmissibles où, aux côtés des autorités nationales et des partenaires, l'OMS a soutenu la planification, la coordination et la mise en œuvre d'interventions d'envergure nationale contre les maladies évitables. Également, en 2024, l'OMS et ses partenaires ont mené une campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole, avec plus de 7 millions d'enfants protégés, 5 000 équipes mobilisées, et une flambée épidémique endiguée sur 41 % du territoire. Concernant la vaccination, avec le soutien de l'OMS, de l'UNICEF et de Gavi, le Sénégal a introduit le vaccin hexavalent dans le programme de vaccination de routine. Ce vaccin protège contre six maladies : la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite, l'hépatite B et les infections à Haemophilus influenzae type B (Hib), tout en réduisant le nombre d'injections administrées aux enfants. L'OMS souligne aussi avoir apporté un appui technique et opérationnel à la mise en œuvre de la campagne, notamment à travers 6 000 agents de santé formés à la gestion de la chaîne du froid, aux techniques d'administration des vaccins et à la surveillance des effets secondaires, des outils de suivi et des supports de communication fournis pour informer et rassurer les parents. "Notre vision pour 2026-2027, l'OMS poursuivra son engagement pour renforcer l'impact sur la santé des populations au Sénégal, en ligne avec les priorités nationales. L'Organisation accompagnera le développement de la recherche opérationnelle et le déploiement de projets pilotes innovants, afin d'identifier et de mettre à l'échelle des solutions adaptées aux réalités nationales. Elle soutiendra l'utilisation systématique des données probantes dans la prise de décision, tout en identifiant les zones à risque et en documentant et valorisant les interventions à fort impact, notamment au niveau des structures de soins. À travers cette approche, l'OMS contribuera à bâtir un système de santé plus performant, résilient et équitable, au service de la couverture sanitaire universelle", a conclu le document. |
CHEIKH THIAM







