De Jololi à Prince Arts, une histoire de transmission

Avec « Le Contrat », Prince Arts revisite son héritage musical tout en mettant en lumière cinq jeunes artistes appelés à incarner la relève.
Le cinéma Pathé a accueilli, samedi 5 septembre, la projection du film documentaire « Le Contrat », produit par Prince Arts, sous la direction de sa directrice, Ngoné Ndour. Une soirée placée sous le signe de la mémoire, de la transmission et de la nouvelle génération musicale sénégalaise, en présence notamment de Youssou Ndour. D'une durée d'environ 1 h 30, le documentaire revient sur plusieurs années de production musicale et audiovisuelle, en retraçant le parcours qui mène de Jololi à Prince Arts. Plus qu'un simple retour sur l'histoire d'une structure de production, le film cherche à raconter un héritage familial et artistique, tout en ouvrant une fenêtre sur l'avenir.
À l'origine, « Le Contrat » était une télé-réalité musicale diffusée en 2025 sur la TFM. Le concept réunissait cinq jeunes artistes : Aïssatou, Mya Diaker, Nafi Mbaye, Néné Gallé et Oumar Fouta. La fiction les plaçait dans un univers marqué par les plateformes numériques, le streaming et les vues. Mais le projet ne s'est pas arrêté à la télévision. Après la production de cinq clips, l'équipe de Prince Arts a choisi d'élargir son ambition. Plutôt que de diffuser uniquement les vidéos, elle a décidé d'en faire la matière d'un long métrage documentaire consacré également à l'histoire de Prince Arts. « Pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour faire un long métrage et parler carrément de l'histoire de Prince Arts ? », explique Ngoné Ndour.
De Jololi à Prince Arts
Dans « Le Contrat », l'histoire de Prince Arts se raconte nécessairement avec celle de Jololi. Pour Ngoné Ndour, les deux aventures constituent une continuité. Jololi a marqué une période importante de la production musicale sénégalaise. Plusieurs artistes ayant évolué dans cet univers ont ensuite rejoint Prince Arts.
La chanteuse Titi, notamment, symbolise cette passerelle entre les deux générations. Le documentaire rend également hommage à Youssou Ndour, présenté comme une figure centrale de cette histoire. Son parcours de musicien et de producteur constitue l'un des fils conducteurs du récit. Pour Ngoné Ndour, impossible donc de raconter Prince Arts sans revenir sur cette période. Elle-même ayant dirigé Jololi avant de participer à la création et au développement de Prince Arts, la réalisatrice du projet assume cette continuité.
Le film revient ainsi sur différentes productions musicales, télévisuelles et culturelles portées au fil des années : productions audiovisuelles, grands concerts, Sen Petit Gallé, Petit Bal et plusieurs autres initiatives. L'objectif est clair : conserver la mémoire d'une aventure culturelle tout en montrant qu'elle continue de se réinventer.
Cinq visages pour une nouvelle génération
Au cœur de cette histoire se trouvent cinq jeunes artistes. Quatre d'entre eux sont issus de Sen Petit Gallé, tandis que Mya Diaker a été choisie directement par Ngoné Ndour. Aïssatou de Rufisque et Nafi Mbaye ont notamment remporté une édition de Sen Petit Gallé. Néné Gallé et Oumar Fouta ont, eux, atteint la finale. Mya Diaker a intégré le projet sur choix de la directrice de Prince Arts. Pour la production musicale, chacun a bénéficié d'un univers différent. Les cinq morceaux ont été confiés à plusieurs producteurs, une démarche destinée à montrer l'ouverture de Prince Arts à différents talents de la production sénégalaise.
Les cinq clips issus du projet sont « Amour toxique » d'Aïssatou, « Thitt Roog » de Mya Diaker, « May Ma Ci » de Nafi Mbaye, « Ari » de Néné Gallé et « Longuel » d'Oumar Fouta. Cette diversité constitue l'une des particularités du projet. Ngoné Ndour explique avoir volontairement évité que toutes les productions soient réalisées par la même équipe, afin de permettre aux artistes de travailler avec différents producteurs.
Derrière la fiction de « Le Contrat », un autre enjeu apparaît : celui de la rémunération des artistes à l'ère numérique. Le projet entend sensibiliser le public sénégalais à l'utilisation des plateformes légales de streaming. Pour Ngoné Ndour, soutenir un artiste ne consiste plus uniquement à écouter ou télécharger gratuitement sa musique. Le streaming légal peut également participer directement à sa rémunération grâce aux royalties. Cette question donne au documentaire une dimension pédagogique.
La musique sénégalaise évolue dans un environnement où les habitudes de consommation ont profondément changé. Le téléphone portable et les plateformes numériques sont devenus des espaces essentiels de découverte et de diffusion. « Si on veut vraiment aider l'artiste, on cherche à streamer pour qu'au moins derrière elle puisse gagner un terme de royalties », insiste Ngoné Ndour.
Le message accompagne donc la présentation des cinq jeunes artistes, leur donner une visibilité, mais aussi rappeler au public que cette visibilité doit pouvoir se transformer en revenus. Pour Aïssatou, l'aventure a également été humaine. La jeune artiste raconte avoir découvert certains de ses partenaires artistiques autrement que par leurs apparitions médiatiques. Mya Diaker, qu'elle connaissait essentiellement à travers la télévision, a notamment été une découverte au cours de cette expérience. La vie collective et le travail partagé ont progressivement créé une forme de complicité entre les cinq participants. « Ça fait du bien d'être ensemble parce que c'est presque une famille », confie-t-elle.
Cette dimension collective complète le discours sur la transmission. Le Contrat ne présente pas seulement cinq artistes en devenir. Il montre aussi des jeunes issus de parcours différents réunis autour d'une même aventure musicale.
Avec « Le Contrat », Prince Arts fait finalement le choix de regarder dans deux directions à la fois. Derrière les images des cinq jeunes artistes se dessine une histoire plus ancienne, celle de Jololi et de Youssou Ndour. Devant eux se profile une nouvelle génération appelée à prendre progressivement sa place.
En transformant une téléréalité musicale en documentaire, Ngoné Ndour et Prince Arts ont voulu inscrire le projet dans une histoire plus large, celle d'une industrie musicale en mutation, où la mémoire des pionniers doit désormais dialoguer avec les nouvelles pratiques numériques. De Jololi à Prince Arts, « Le Contrat » raconte donc moins la fin d'une histoire que sa continuité. Cinq jeunes artistes en sont aujourd'hui les nouveaux visages.
FATOU BA






