Publié le 24 Apr 2024 - 10:19

« Le 24 mars 2024 : toujours des questions à se poser »

 

En conclusion de ma contribution du 18 avril dernier, j’avais précisé que, concernant la brillante victoire du peuple du 24 mars 2024, j’avais encore des questions qui me préoccupent et que je continuerai d’exprimer par les mêmes canaux. Une de ces questions des plus urgentes de mon point de vue, est relative à la nécessité d’assainir, de réhabiliter le palais de la présidence de la République. Il a été tellement malmené pendant les vingt-quatre longues années de cette famille dite libérale, que des compatriotes se permettaient de l’appeler le « poulailler de la république », et il n’en était pas loin. Dans ma contribution du 18 avril, j’ai expliqué comment, de mon maigre point de vue, il fallait  s’employer à lui redonner rapidement son lustre d’antan, notamment en le libérant de nombre d’agences et de projets qui y étaient logés et directement gérés.

Déjà, le Conseil des ministres du 17 avril a fait état d’une de ses décisions qui n’a pas attendu pour faire l’objet de beaucoup de commentaires, dont certains ne lui sont guère favorables : la création d’une Direction des Affaires religieuses et de l’insertion des diplômés de l’enseignement arabe logée à la présidence de la République. J’ai suivi un débat organisé par une télévision de la place autour de cette direction. J’ai parfois frissonné quand le débat prenait une certaine tournure. Un des débateurs qui a monopolisé la parole pendant de longues minutes donnait l’impression de résumer le long et pénible combat du Projet de Pastef à la réhabilitation de la langue arabe. Langue qui serait, selon lui, au-dessus de toutes les autres, même s’il ne l’a pas dit exactement comme cela.

Évidemment, en donnant mon avis sur cette question, un simple avis, je cours le risque d’être traité de tous les noms d’oiseaux, peut-être même d’athée. Pourtant, je ne suis rien de tout cela. Je suis musulman. Du moins, je me prends pour tel. Je connais la valeur de l’arabe, langue dans laquelle le saint Coran est écrit. L’enseignement dans cette langue et l’insertion des diplômés qui en sortent méritent donc de retenir l’attention des nouveaux gouvernants. Je pense surtout aux grands diplômés (ingénieurs, médecins, professeurs et autres) qui ont fait toutes leurs études dans les pays arabes. Leur insertion dans un pays où le français est la langue officielle, celle de l’administration comme de l’enseignement pourrait ne pas être très facile. Donc, si une direction peut y aider, il faut la créer. Ma seule réserve, c’est qu’elle soit logée à la présidence de la République, pour les raisons que j’ai expliquées plus haut.  Cette famille dite libérale dont nous venons de nous débarrasser, nous a habitués à surcharger la présidence de la République de directions et de projets dont les budgets, pour une bonne partie, enrichissaient les responsables. Ce qui ne risque certainement pas d’arriver avec les nouveaux gouvernants, mais que d’énormes tâches attendent ailleurs.

Il existe, au sein du nouveau gouvernement, un ministère de la formation professionnelle qui peut aider notablement à la création d’emplois. Ce ministère pourrait abriter une grosse direction dite de formation technique et professionnelle en langue arabe, une direction dotée de suffisamment de moyens techniques, financiers et humains. Une agence, ayant la même vocation et dotée des mêmes moyens et en plus autonome, pourrait jouer le même rôle. Peut-être même, un rôle bien plus important. L’une ou l’autre de ces deux structures devrait être créée d’abord dans les quatorze régions, en particulier dans celles abritant des cités dites religieuses. Dans cette perspective, il ne devrait pas être difficile de convaincre les guides religieux. Une commission nationale restreinte pourrait même être créée pour suivre régulièrement le fonctionnement des deux structures, commission au sein de laquelle siègeraient un représentant de la présidence de la république et  un autre de la primature, qui rendraient régulièrement compte de leurs missions à qui de droit. Les diplômés de ces établissements qui, en plus de leur maîtrise de la langue arabe et éventuellement du Coran, devraient être un peu plus faciles à insérer dans la Fonction publique comme dans le secteur privé.

Cette direction, certes importante, me fait penser à ce que Macky Sall et son entourage immédiat appelaient « la modernisation des cités religieuses », et qui était logée à la présidence de la République, avec un « cabinet d’architecture » dirigé par une dame épouse, disait-on, d’un ami (architecte) du président-politicien. Dans ce cadre, l’État construisait dans certaines de ces cités des mosquées, des résidences pour hôtes étrangers et d’autres infrastructures   pour abriter des cérémonies dites officielles. Le budget était naturellement géré par la présidence et ne faisait l’objet d’aucun contrôle et donnait lieu à de nombreux commentaires et suscitait beaucoup de questions.

Si je me suis étendu sur cette question, c’est que les éternels adversaires d’Ousmane Sonko veulent profiter des débats qu’elle suscite, pour jeter du sable dans le plan de couscous auquel ils ne sont plus invités. Ils veulent prêter des idées au Projet de Pastef qui ne sont sûrement pas exactement les siennes. Et ils vont continuer leurs sales besognes, en usant de toutes les basses manœuvres auxquelles ils nous ont habitués depuis vingt-quatre longues années, trop longues années.

Ils vont interpréter à leur manière toutes décisions du nouveau gouvernement. Aussi, sont-ils nombreux à s’attarder sur le nombre de femmes que compte ce gouvernement qu’ils considèrent comme une violation de la loi sur la parité, oubliant ou faisant semblant d’oublier qu’ils ont appartenu à des gouvernements du président Wade comme à ceux de son successeur et sosie qui se sont rarement souciés de cette question. Ils se comportent comme si toute la nouvelle administration ne comptait que des postes de ministres. Ne reste-t-il pas nombreux autres postes à pourvoir, des postes infiniment plus nombreux que ceux de ministres ? Le nouveau gouvernement vient quand même à peine de démarrer ses activités ! Dans les pays sérieux, on parle souvent des cent premiers jours. Et encore ! Chez nous, le nouveau gouvernement fait à peine un mois. Et puis, la qualité ne devrait pas être facilement sacrifiée au profit de la parité. Je ne veux point affirmer que la qualité n’est pas aussi incarnée par les femmes. Pas du tout. En tout cas moi, si je devais choisir entre qualité et parité, je donnerais la faveur à la première. Si je devais choisir entre trois femmes et trois hommes pour trois postes, et qu’il s’avère que les premières ont le meilleur profil, je les choisirais sans hésiter, et vice versa.

Les adversaires de Diomaye/Sonko veulent aussi leur faire perdure leur temps en s’attardant sur le nombre de ministres par région. Telle Région a plus de ministres que d’autres, les entend-on dire, comme si les ministres ne l’étaient que pour leurs régions. Un ministre est celui de la République, et de la République seule. Ce sont des qualités comme la compétence, l’expérience, l’intégrité morale et autres qualités qui déterminent davantage son choix que son appartenance à une région, à une religion, à une confrérie, à une ethnie, etc.

Et c’est comme si des membres et alliés de Pastef leur facilitaient la tâche en ajoutant aux problèmes par leurs revendications, leurs prétentions à des postes. Combien d’hommes et de femmes, de l’intérieur comme de l’extérieur, ont-ils travaillé, et souvent travaillé dur pour faire connaître au Projet de Pastef la belle victoire du 24 avril 2024 ? Tout ce monde peut-il avoir et tout de suite un poste ? Et, puis, était-ce pour un poste, et pour un poste seulement qu’ils avaient choisi le Projet de Pastef parmi de très nombreux autres ? Quelle serait alors leur différence avec ce système qu’ils ont combattu et battu de façon remarquable le 24 mars 2024 ? Un poste ne s’attribue pas seulement sur la base de la qualité de membre du parti, ni de la proximité des plus responsables, ni d’aucune autre raison subjective.

Et puis, pourquoi faire montre d’autant d’impatience déjà, alors que les ministres viennent à peine de démarrer leurs activités, parfois n’ont même pas encore terminé de former leurs cabinets, à plus forte raison de maîtriser tous les services que constituent leurs ministères ? Il reste donc énormément de postes, mais qui ne seront pas forcément attribués aux seuls membres du parti ou des alliés. Ousmane Sonko avait bien été inspiré de faire savoir nettement, lors du dernier meeting à Mbour, que si son candidat était élu et qu’il le sera sûrement, il ne s’agira pas de partages de gâteaux et que partout où il existe un compatriote bien connu pour sa compétence et son sérieux, le gouvernement, et plus tard les ministres, n’hésiteront pas à faire appel à lui. Tant mieux, cet engagement est jusqu’ici tenu et ne doit pas faire peur aux membres et alliés de Pastef qui, pour nombre d’entre eux, ont le profil de l’emploi.

Une déclaration du ministre Birame Soulèye Diop, que je partage intégralement, a fait aussi l’objet d’énormément de commentaires, surtout des perdants du 24 mars. Le ministre a parfaitement raison. Les nouveaux gouvernants ont d’autres chats à fouetter que de parrainer des soirées dansantes ou je ne sais quelles autres cérémonies organisées pour de l’argent. Combien de fois entendait-on, pendant plusieurs minutes de publicité, crier : « Sous le haut patronage du président de la République ou du Premier ministre, sous la présence effective de tel ou tel autre ministre, de tel ou de tel autre directeur général, etc. » ? Et ceux ou celles qui acceptaient « l’honneur » n’y allaient pas les poches vides. Combien de fois entendait-on que tel ou tel autre a donné un, deux, trois millions voire plus ? C’était acceptable ou laissait indifférent du temps de l’ancien président-politicien, mais c’est impensable depuis le 2 avril 2024 ou, en tout cas, devrait l’être. Cette famille dite libérale nous a laissé un pays mal en point qui a besoin d’être rapidement pris en main. Quel ministre, quel directeur général, quel responsable parmi ceux et celles qui nous gouvernent oserait-il/elle accepter de parrainer une de ces cérémonies, s’y rendre et donner une somme importante d’argent, et publiquement ? Où trouverait-il/elle cet argent ? Que deviendrait alors cette nécessaire rupture ? Il faut quand même être très sérieux. Le Sénégal que nous vivons doit être bien différent de celui que nous ont fait subir le président Wade et son successeur et sosie pendant vingt-quatre longues années.

L’heure est donc au travail, au travail sans relâche. Et celui que les Sénégalaises et les Sénégalais attendent avec le plus d’impatience, c’est incontestablement la reddition des comptes, qui sera d’ailleurs le sujet de ma prochaine contribution.

Dakar, le 22 avril 2024

 

Mody Niang

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