L’OMS contrainte de revoir ses priorités

Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait face à un déficit de 660 millions de dollars, consécutif à la réduction de ses contributions volontaires, l’agence sanitaire mondiale se retrouve dans un « contexte très difficile ».
À l’ouverture de la 43e réunion du Conseil exécutif de l’OMS, le chef de l’agence onusienne, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un appel urgent aux donateurs, les exhortant à garantir non seulement des financements suffisants, mais aussi des financements de qualité, afin de soutenir les priorités essentielles de son programme général de travail. Le déficit de financement compromet gravement la capacité de l’OMS à répondre aux enjeux mondiaux de santé. Dans le même temps, la majorité des contributions volontaires restant affectées à des usages spécifiques, plusieurs domaines d’activité demeurent sous-financés.
Il s’agit notamment de la préparation aux situations d’urgence, de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, du financement des systèmes de santé, de la résilience climatique, ainsi que des déterminants de la santé et des facteurs de risque. Cette alerte intervient alors que les États-Unis ont annoncé avoir formellement quitté l’agence onusienne depuis jeudi dernier. Toutefois, cette situation de sous-financement s’inscrit dans un contexte globalement difficile pour l’OMS, dans ce qui constitue l’une des années les plus éprouvantes de son histoire.
« Comme vous le savez, l’année écoulée a été l’une des plus difficiles de l’histoire de l’OMS. Au cours des douze derniers mois, nous avons mené un processus douloureux mais nécessaire de hiérarchisation des priorités et de réorientation », a déclaré le directeur général. Selon lui, ces coupes budgétaires ont conduit à « un déficit de financement important pour l’exercice biennal 2024-2025 ». Il y a un an, le Conseil exécutif avait examiné un budget prévisionnel de 5,3 milliards de dollars pour la période biennale 2026-2027. Cette proposition avait ensuite été ajustée à 4,9 milliards de dollars. Bien que cet ajustement ait semblé réaliste à l’époque, les perspectives en matière d’aide internationale ont continué de se détériorer.
En mars, face à cette situation, une nouvelle réduction à 4,2 milliards de dollars a été proposée, puis validée par l’Assemblée mondiale de la Santé en mai. Pour l’agence, cette contraction budgétaire a conduit à une vaste hiérarchisation des priorités. Des départements et des divisions ont fusionné, et certaines fonctions ont été délocalisées. « Comme vous pouvez l’imaginer, ce processus a été difficile et douloureux », a ajouté le Dr Tedros. Selon l’OMS, sans cette stratégie, près de 3 000 employés auraient été licenciés. En réalité, l’organisation a réussi à limiter les suppressions de postes à 1 241. Parmi eux, 1 162 membres du personnel ont quitté ou quitteront l’institution dans le cadre de départs à la retraite, de retraites anticipées volontaires ou de départs naturels. Par ailleurs, environ 600 postes ont été préservés grâce à l’augmentation des contributions obligatoires.
Se réinventer pour faire face aux défis de demain
Cette gestion rigoureuse des ressources humaines s’inscrit dans un contexte plus large, où l’OMS doit continuellement s’adapter aux besoins évolutifs des pays qu’elle soutient. Face à des défis croissants, l’organisation doit non seulement répondre aux urgences actuelles, mais également anticiper les enjeux émergents. Les défis et opportunités auxquels les États sont confrontés aujourd’hui (du changement climatique à l’intelligence artificielle) diffèrent profondément de ceux de 1948 ou même de 1998.
Dans ce contexte de transformations rapides, l’agence sanitaire mondiale de l’ONU entend se réinventer afin de devenir plus agile et mieux préparée. « Je vois l’OMS du futur comme une organisation plus légère, plus ciblée, plus efficace et mieux adaptée à sa mission : une organisation dont l’indépendance est protégée et le financement assuré, moins vulnérable aux chocs géopolitiques », a souligné son directeur général. Pour atteindre cet objectif, l’OMS a engagé des discussions sur des réformes structurelles destinées à faciliter la transition vers un écosystème mondial de la santé plus léger, plus collaboratif et plus efficace.
CHEIKH THIAM






