Publié le 14 May 2014 - 12:09
COMMUNICATION TOUS AZIMUTS

Wade vs Seck, la bataille de leadership

 

Le statut de chef de l'opposition n'existant pas encore, il est pourtant comme recherché par les deux anciens complices du pouvoir des années 2000 à travers leurs guerres parallèles contre Macky Sall. 
 
 
Depuis leur retour synchronisé ( ?) au pays, Abdoulaye Wade et Idrissa Seck occupent une bonne partie de l’espace médiatique sénégalais. Épiés dans les moindres faits et gestes, l’ex-président de la République et son ancien Premier ministre semblent même avoir radicalisé leurs discours contre le chef de l'Etat, Macky Sall, leur ancien compagnon de route.
 
Si Wade a dénoncé le week-end passé les interdictions de manifestations prises par l’Etat, en rappelant à son successeur qu'«être président ne veut pas dire être roi», Seck, quant à lui, a critiqué les «promesses non tenues» du locataire du Palais. «Aujourd’hui, dit-il, Macky Sall fait le tour du pays. Il promet où il passe des milliards alors qu’il ne les a pas.» 
 
Un «ennemi commun»
 
Au-delà de leur volonté «commune» d’abattre un «ennemi commun», Wade et Seck, sans en donner l’air, semblent eux-mêmes en compétition pour s'adjuger un rôle hypothétique et symbolique de «chef de l’opposition». Face au régime, l'un et l'autre tentent d’avoir l’opinion de son côté en déroulant une communication à la séquence temporelle apparemment bien choisie. Le premier duel feutré entre l’ancien président et le maire de Thiès a été le buzz provoqué par l’annonce du ‘’retour ‘’hautement politique’’ au Sénégal de Wade après deux ans d’absence.
 
Alors que le Pds prévoit de réserver un accueil populaire à son chef, Idrissa Seck, lui aussi hors du territoire depuis plusieurs mois, choisit de rentrer plutôt que prévu. Donc avant son ex-mentor. Le risque était en effet grand pour lui de se faire «écraser» par la tourbillon médiatique d'un Wade revenant au pays natal à grand renfort de communication.
 
Les pieds hors du tarmac de l'aéroport, Seck ouvre vite les hostilités contre Macky Sall dont il relève les ‘’carences’’. Le branle-bas médiatique est lancé, mais il sera de courte durée. Car, deux jours après, Wade est annoncé à Dakar avant que son retour ne soit reporté au surlendemain, pour cause de ‘’procédure administrative’’. C'est la quasi mobilisation au niveau de plusieurs médias privés, avec un public tenu en haleine malgré lui. 
 
Accueilli par une foule immense en liesse, il profite d'un contexte globalement favorable pour emprunter les habits du «messie» populiste. «Comment peut-on ignorer la volonté d’un peuple aussi mobilisé ? (…) Macky Sall doit répondre, sinon le réveil sera brutal», déclare-t-il à la permanence Oumar Lamine Badji.
 
Le ton radical de Me Wade a certes baissé en intensité depuis que les chefs religieux, musulmans et chrétiens, qu'il est allé voir l'ont rappelé à l'ordre tout en magnifiant une partie de son œuvre à la tête de l'Etat. Mais à la faveur d'un entretien accordé à Jeune Afrique cette semaine, il semble avoir repris sa «liberté» de ton avec cette petite tirade sur ses capacités à diligenter un coup d'Etat contre Macky Sall. 
 
Karim Wade, en toile de fond
 
Si le retour de Wade a le don de sceller «l’unité» de son parti à quelques semaines des élections locales, il est en parti motivé par l'emprisonnement de son Karim Wade, détenu depuis un an dans le cadre de la traque des biens mal acquis. A ce niveau également, la communication du «vieux» est précisément ciblée. A l'opinion étrangère en gros, à celle locale un peu moins, l'ex-président est allé droit au but. «Si Macky Sall a mis mon fils en prison, c'est parce qu'il voyait en lui le seul rival capable de l'affronter», avait-il confié à nos confrères de France 2.
 
Puis dans une interview accordée à RFI, il évoque un ou des «sondages» (qui) placeraient au «2e tour de la présidentielle de 2017 Karim et Macky. De ce sondage, il faut rappeler que Me Wade n'a donné aucun détail : ni commanditaire, ni date, ni échantillons, etc. «Aujourd’hui, si Karim était populaire, disons à 40%, Macky l’a propulsé à 80%», ajoute-t-il. En présentant son fils comme une victime, il neutralise ses potentiels adversaires à l'intérieur du Pds, avec peut-être l'objectif de lui confier le parti. 
 
Idrissa Seck a peut-être perçu le «danger» de cette mise en scène qui ferait de lui un leader quelconque dans l'opposition. D'où la multiplication de ses déclarations politiques pour ne pas laisser l'initiative à son ex-chef. Mais il lui reste sûrement du temps perdu à rattraper, en même temps qu'il devra rassurer ses partisans tentés par le grand saut ailleurs... 
 
DAOUDA GBAYA

 

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