Publié le 25 May 2021 - 16:52
CRIMES PRESUMES

L’ex Président gambien accusé d’avoir ‘’tué’’ des Sénégalais et Ghanéens 

 

L’ancien président République gambien, Yahya Jammeh, aurait ‘’tué’’ des Sénégalais et des Ghanéens dont les corps ont été jetés dans un puits en Casamance. C’est ce qu’a révélé, hier, Human Rights Watch, dans une note transmise à EnQuête.

 

La Commission de vérité de l’Ong Human Rights Watch a révélé les ‘’crimes présumés’’ de l’ex-président Yahya Jammeh. D’après un communiqué transmis hier, à EnQuête, des Sénégalais ont ‘’été tués ; les corps des victimes ont été jetés dans un puits en Casamance’’. ‘’Les témoignages devant une commission de vérité gambienne sur l’implication de l’ancien président Yahya Jammeh dans de nombreux crimes graves perpétrés au cours de ses 22 années au pouvoir devraient être suivis d’une enquête pénale, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, parallèlement à la diffusion d’une vidéo intitulée ‘Vérité et justice en Gambie’. Le 27 mai 2021, la Commission vérité, réconciliation et réparations de la Gambie (TRRC) devrait conclure ses auditions télévisées publiques, qui ont duré plus de deux ans’’, renseigne le texte.

D’après l’Ong de défense des droits humains, les victimes et d’anciens responsables gouvernementaux ayant témoigné lors des audiences, qui ont débuté en janvier 2019, ont ‘’accusé Jammeh de meurtres et de tortures d’opposants politiques et du massacre d’environ 59 migrants ouest-africains’’. Et aussi, de ‘’chasses aux sorcières’’ au cours desquelles des centaines de personnes ont été placées en détention arbitraire. Il y a, aussi, eu ‘les meurtres, en 2005, d’environ 59 migrants ouest-africains, dont environ 44 Ghanéens et trois Sénégalais’’. ‘’Selon Jallow, le lieutenant-colonel Solo Bojang, chef présumé de l’opération, a déclaré à ses hommes que ‘l’ordre de… Jammeh est qu’ils doivent tous être exécutés’. Plusieurs victimes ont été exécutées en Casamance au Sénégal, à proximité de Kanilai, le village natal de Jammeh en Gambie. Leur corps ont ensuite, été jetés dans un puits. Des témoins, y compris d’anciens ministres, ont décrit une vaste opération de dissimulation du massacre pour empêcher les enquêteurs internationaux de découvrir la vérité. Les témoignages ont corroboré un rapport publié en mai 2018 par Human Rights Watch et TRIAL International’’, détaille le document.

Selon eux également, Jammeh a ‘’violé et agressé sexuellement des femmes qui lui avaient été présentées et dirigeait personnellement un programme médical trompeur, dans le cadre duquel des Gambiens séropositifs ont dû renoncer à leur traitement contre le VIH pour être soignés par Jammeh lui-même’’. ‘’Des témoins directs ont impliqué Yahya Jammeh dans des meurtres, des actes de torture, des viols et d’autres crimes terribles. Il appartient maintenant au gouvernement gambien de veiller à ce que Jammeh et ses complices soient tenus responsables de leurs actes. La vérité est importante, mais il faut aussi rendre justice’’, a indiqué le conseiller juridique senior auprès de Human Rights Watch, Reed Brody, qui travaille avec les victimes de l’ancien chef d’État.

‘’Plus de 370 témoins entendus’’

Il ressort également du communiqué que la vidéo de Human Rights Watch présente des témoignages ‘’cruciaux’’ recueillis lors des auditions et des entretiens avec les victimes. Les auditions de la Commission ont mis en évidence la nécessité d’ouvrir une enquête pénale sur les agissements de Jammeh, qui s’est exilé en Guinée équatoriale en janvier 2017. ‘’Plus de 370 témoins ont été entendus, dont d’anciens membres du gouvernement tels que des ministres et des chefs de la police et du renseignement, outre de nombreuses victimes. D’anciens membres des ‘Junglers’, l’escadron de la mort d’élite à la solde de Jammeh, ont accusé l’ancien président d’une série de crimes qu’ils affirment avoir commis sur ses ordres, notamment : Le meurtre en 2004 d’un rédacteur en chef, Deyda Hydara. Le lieutenant Malick Jatta a déclaré à la Commission que le chef des Junglers, Tumbul Tamba, avait donné à chacun de ses membres l’équivalent de 1 250 dollars de l’époque, en guise de récompense personnelle de la part de Jammeh’’, renchérit le texte.

D’après le texte, les meurtres ont été commis en 2013, parmi lesquels celui de deux hommes d’affaires américano-gambiens Alhajie Ceesay et Ebou Jobe, dont les corps ont été ‘’décapités et mutilés’’. Selon les sergents Omar Jallow et Amadou Badjie, cités par l’Ong, Jammeh a ordonné ‘’qu’ils soient coupés en morceaux’’. ‘’Quatre anciens hauts fonctionnaires ‘Sanna Sabally’, premier vice-président de la junte militaire de Jammeh de 1994 à 1996 ; Edward Singhateh, ancien vice-président de la junte et ministre de la Défense ; Demba Njie, ancien chef d’état-major de l’armée ; et Alagie Martin, l’ancien commandant du bataillon des gardes d’État – ont déclaré que Jammeh avait ordonné l’exécution des responsables présumés d’une tentative de coup d’État en novembre 1994’’, rapporte Human Rigths Watch.

L’Ong plaide pour la poursuite de l’enquête. Car, elle estime que la manière dont le gouvernement répondra aux recommandations de la commission devrait être une ‘’question clé’’, lors des élections gambiennes prévues en décembre 2021. ‘’Je veux voir Yahya Jammeh jugé, non seulement pour ce qu’il aurait fait à mon père, mais pour tous les meurtres, viols et tortures qui lui sont prêtés. Nous, victimes, avons besoin de justice, avant de pouvoir nous réconcilier et tourner la page’’, affirme la porte-parole de la ‘’Campagne pour traduire Yahya Jammeh et ses complices en justice’’ (#Jammeh2Justice), et fille du chef de l’opposition Solo Sandeng, assassiné en détention en 2016, Fatoumatta Sandeng.

MARIAMA DIEME

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